Après deux places de dauphin, Riley Pickrell (Modern Adventure) a enfin décroché la victoire sur la 6e étape du Tour de Langkawi. Sur un parcours court mais tranchant, de Pandan Indah à Rembau, le Canadien a su faire la différence et devancer Matteo Malucelli (XDS-Astana).
Cette fois, pas besoin d’attendre un sprint photo-finish pour célébrer : l’équipe de Pickrell a parfaitement géré l’arrivée légèrement en montée. Seppe Van Den Boer (Tudor Pro Cycling) est de nouveau monté sur le podium, en terminant troisième sur les 121,3 km d’une étape qui offrait, par la même occasion, la troisième opportunité de sprint de la course.
« Lors des deux derniers sprints, on voyait clairement que Malucelli et moi sommes super proches. Si j’ai gagné aujourd’hui, c’est parce que mes coéquipiers m’ont mis dans une meilleure position que ceux de Malucelli. Mais c’est simplement comme ça : au vélo, il faut être au bon endroit, au bon moment. Et je tiens surtout à remercier mon équipe », a expliqué Pickrell après l’arrivée, lors d’un entretien réalisé par les organisateurs.
De son côté, le leader au classement général, Lennart Jasch (Tudor Pro Cycling), a conservé son maillot. Même si la journée s’est conclue par un sprint et que l’écart au général est resté stable, la défense n’a pas été de tout repos : des attaques ont fusé tôt, obligeant le premier de la classe à rester constamment vigilant.
Déroulé
Impossible de se mettre en mode « tranquille » dès le départ. Cette étape, lancée à 9 h (heure locale), a constitué une belle occasion pour les coureurs cherchant à profiter d’une échappée… tout en compliquant la vie des équipes de sprinteurs, qui avaient jusqu’alors surtout géré l’énergie dans les étapes de montagne. L’objectif restait clair : grignoter du terrain au classement, ou au moins tenter sa chance.
Les grosses ascensions sont derrière, mais les difficultés ne sont pas totalement rangées au placard. Dès le début de journée, une première montée de catégorie 3 est arrivée à seulement 5 km, à Ampang, avant une seconde à 18 km, à Bukit Hantu.
Au sommet de la première difficulté, Petr Rikunov (Wheeltop Rotor Chengdu) a pris les choses en main, avec l’envie de marquer des points en vue de revenir en haut du classement de la KOM, qu’il avait amorcé en étant deuxième derrière Jasch. Et justement, le leader a surveillé de près : une ouverture trop nerveuse pouvait vite transformer son maillot orange en véritable question de survie.
Le peloton a d’ailleurs connu des scissions précoces. Matteo Malucelli (XDS-Astana), déjà vainqueur de deux étapes cette semaine, faisait partie des coureurs un peu en retard. Entre les deux premières difficultés, Stefan De Bod (Modern Adventure) s’est porté à l’avant, avant que la course ne se regroupe ensuite dans le groupe de tête au passage de la seconde montée.
Plus tard, Mathias Bregnhøj (Terengganu), 8e au général, et Josh Burnett (Burgos-Burpellet BH) — 7e après sa 2e place à la 5e étape — ont tenté de relancer. Mais Jasch n’a pas laissé filer un duo capable de créer un vrai risque au général : il est allé chercher lui-même la manœuvre.
Bregnhøj a tenté à nouveau avec Matthis Le Berre (TotalEnergies), sans réussir à faire la différence. Finalement, un groupe s’est stabilisé, avec Alan Jousseaume (TotalEnergies), Julien Arriola (Caja Rural-Seguros RGA) et Adne van Engelen (Terengganu). Puis, Juan Martinez (Picnic PostNL), Mikel Retegi (Equipo Kern Pharma) et Rikunov les ont rejoints : ce dernier a pris les points KOM au moment clé, à 66 km de l’arrivée.
Pendant ce temps, le peloton s’est bien reconstitué, et avec un sprinteur en forme au sein de XDS-Astana, l’équipe a pu se replacer et reprendre l’initiative pour réduire le groupe de tête. À 40 km de la ligne, l’écart n’était plus que d’environ 1 minute 20.
À mesure que les kilomètres défilaient, Jousseaume est passé à l’attaque dans le groupe de tête. À 20 km du but, ils n’étaient plus que deux à l’avant : Retegi rejoignait le coureur de TotalEnergies. Mais malgré la volonté d’éviter le retour, à 6,5 km de l’arrivée, la course a repris le dessus et le duo a été rejoint.
Ce retour a aussitôt ouvert la porte à de nouvelles offensives. Les premières attaques ont été neutralisées par Aaron Gate (XDS-Astana). Puis, pour éviter toute mauvaise surprise, l’équipe de Malucelli a préparé une séquence de relances afin de garder la main sur la situation. Riley Pickrell et son équipe ont aussi répondu présents : et, au final, le pari a payé.
À venir…
Points à retenir
- Pickrell passe de « presque » à « c’est bon » après deux deuxièmes places : sur ce genre d’étape, la position au moment du sprint compte presque autant que le sprint lui-même.
- Le parcours, malgré sa brièveté, a mis de l’intensité dès le début avec deux ascensions classées tôt dans la journée.
- Le maillot de Jasch est resté en sécurité, mais ça ne s’est pas fait en mode croisière : les attaques précoces ont régulièrement bousculé le plan.
- Quand l’écart baisse (ici autour d’1’20), la course change de vitesse : les offensives deviennent plus risquées, donc plus « intéressantes » pour ceux qui aiment vivre dangereusement.
- Le scénario final montre une fois de plus le même dilemme : contrôler jusqu’au dernier moment, ou miser sur une accélération au bon moment (parfois les deux… et tant pis pour les jambes).
En tant que journaliste, je trouve que ce genre d’étape a une saveur particulière : ce n’est pas juste une question de sprinteur au sprint final, c’est aussi une histoire d’ajustements, de relais, et de petites décisions prises quand tout le monde essaie de gagner une place en l’espace d’un battement de cœur. Et si le Tour de Langkawi continue à donner ce rythme, on devrait avoir droit à des débats… et à des discussions bien plus passionnées que de simples résultats sur une ligne d’arrivée. À nous de rester attentifs, et de demander toujours plus de courage à la course, pas seulement de la vitesse.