Sur le papier, la victoire de Lorena Wiebes (SD Worx-Protime) sur la 1ère étape du Tour of Britain Women, mercredi, n’avait rien d’une surprise. Comme souvent, la sprinteuse la plus rapide du peloton féminin a fait parler la poudre. La différence, c’est que l’équipe n’est pas entrée sur l’étape avec un plan unique : elle a multiplié les options… avant de décider, relativement tard, d’y aller franchement pour un sprint. Et forcément, ce choix a un peu tourné à l’avantage de ses propres calculs.
« Une fois qu’un groupe solide est parti à l’avant, nous avons attendu un moment pour voir si l’étape allait se jouer en échappée. Quand on s’est rendu compte que ce ne serait pas le cas, on a pris la décision de garder la course groupée et d’amener Lorena sur la ligne dans la meilleure position possible »
a expliqué Christian Kos, directeur sportif de l’équipe, à propos de la course britannique.
« Un travail d’équipe parfait aujourd’hui, et on est très contents du résultat. »
SD Worx-Protime comptait cinq coureuses dans un peloton réduit de 32 unités, et il manquait seulement Femke Gerritse. Wiebes était accompagnée de Mischa Bredewold, Lotte Kopecky, Julia Kopecký (sans lien de parenté), ainsi que de Steffi Häberlin. Bredewold, Kopecky et Häberlin sont passées à l’offensive après les attaques des autres équipes, dans les trente derniers kilomètres.
La présence de Wiebes dans le peloton avait un effet mécanique : cela rendait l’échappée moins probable. Dès qu’une coureuse de SD Worx-Protime faisait contact avec une tentative, le reste du peloton cessait de forcer, en mode “on ne va pas tirer jusqu’au bout… ils vont de toute façon gérer pour ramener leur sprinteuse”.
« À chaque fois que la course s’est scindée, on a été bien représentés dans les différents groupes. L’équipe a fait un très bon travail aujourd’hui », a déclaré Wiebes après l’arrivée.
Pendant un court moment, environ 12 km avant le finish, Häberlin et Bredewold se sont retrouvées dans un groupe de tête composé de quatre coureuses avec Aude Biannic (Movistar) et Riejanne Markus (Lidl-Trek). Mais Markus, en particulier, n’était pas très partante pour s’impliquer dans une attaque, notamment face à Bredewold, clairement plus dangereuse au sprint.
« Après le sprint intermédiaire, l’allure est repartie à la hausse, et la course est restée dure jusqu’à environ cinq kilomètres de l’arrivée. Sur les routes étroites, ce n’était pas toujours évident de se replacer vers l’avant dans le peloton réduit : donc être bien positionnées comptait énormément », a insisté Wiebes.
« Steffi Häberlin et Julia Kopecky ont d’abord maintenu un rythme élevé. Ensuite, c’est Lotte Kopecky et Mischa Bredewold qui ont pris le relais pour emmener le sprint. Lotte a placé parfaitement Mischa et moi dans le dernier virage, à environ 500 mètres de la ligne. Mischa a ensuite gardé la vitesse, et à 200 mètres de l’arrivée, j’ai pu déclencher mon sprint. C’était vraiment bien exécuté. »
Chiara Consonni (Canyon-SRAM) termine deuxième de l’étape, devançant Josie Nelson (Picnic-PostNL) pour la seconde place de seulement une demi-longueur de vélo. La sprinteuse italienne ne semble pas totalement surprise par la stratégie à plusieurs leviers de SD Worx-Protime.
« C’est une équipe très forte, et elles peuvent prévoir plusieurs choses, pas seulement le sprint avec Lorena. Je pense aussi qu’elles veulent être performantes au classement général avec Lotte et Mischa. On a essayé de se battre avec Cille [Cecilie Uttrup Ludwig], elle était aussi super forte dans la montée. Peut-être qu’on tentera quelque chose d’autre les prochains jours, par exemple une échappée partie de loin », a déclaré Consonni.
La 2e étape s’annonce longue : 110,5 km entre Clitheroe et une arrivée taillée pour un final au sprint, au côté du célèbre Mirror Ball de Blackpool.
Points à retenir
- Le scénario n’a pas été “tout sprint, tout de suite” : SD Worx-Protime a d’abord exploré, puis a choisi le sprint assez tard—et oui, ça a aidé.
- Quand l’équipe a placé des coureuses en contact dès qu’une tentative se lançait, le peloton a rapidement compris le message (et a préféré économiser ses forces).
- La gestion du placement dans les routes étroites a compté presque autant que la ligne elle-même : se mettre devant au bon moment, ce n’est pas une option décorative.
- Le travail de préparation a été clair : un tempo tenu, un relais pour l’attaque, puis la fenêtre de déclenchement à distance de sprint.
À lire le déroulé, je me dis qu’il y a une leçon assez simple dans ce sprint : le talent de Wiebes fait gagner : mais c’est l’organisation qui transforme l’opportunité en certitude. Et quand je vois des équipes capables de varier les plans tout en gardant une sprinteuse “prête à tout”, je me demande surtout une chose : est-ce que les autres formations vont apprendre à leur donner moins de réponses faciles dès les premiers kilomètres ? Dans cette course, je suis convaincu d’une chose : le jeu n’est pas seulement dans les jambes, il est aussi dans l’intelligence collective—et ça, ça mérite d’être salué, pas juste observé.