La carrière sportive de Tiago Pinto débute avec une intervention audacieuse. Simple supporter, il prend la parole lors d’une assemblée du Benfica pour partager son avis sur les aspects à améliorer et ses suggestions. Le président du club, intrigué, l’invite à un entretien. Rapidement, Tiago Pinto intègre le Benfica, en s’occupant de la stratégie et des marchés de l’ensemble des équipes, de futsal à hockey sur glace. Son ascension est fulgurante : il est promu au secteur football du Benfica, puis fait un passage en Serie A avec la Roma, avant de devenir Président des Opérations de Football à Bournemouth.
A 41 ans, ce dirigeant portugais possède déjà une expérience impressionnante dans le football. Sa capacité à naviguer sur le marché, à maintenir un équilibre délicat entre compétitivité et respect des contraintes financières, et à avoir une vision moderne de la gestion des clubs, lui ont ouvert les portes de la Premier League. Bournemouth est pour lui une réalisation personnelle et l’occasion d’imposer sa vision du football, un processus de création de valeur. Lors de sa première saison dans le sud de l’Angleterre, il a conduit le club à un record de points, atteignant la neuvième place – un simple point de départ.
Que trouves-tu en Angleterre ?
J’ai remarqué une attention particulière portée à l’académie. Contrairement à l’Italie, où les compétitions des jeunes sont régies par des mécanismes de promotion et de relégation, ici, les changements de catégorie dépendent des infrastructures et des qualités des entraîneurs. Peu importe les résultats, ce qui compte, ce sont les installations et la compétence du staff.
Combien de matchs regarde un directeur sportif ?
Il semble que nous regardions moins de matchs qu’autrefois. Avec la complexité croissante de notre rôle, il y a tellement d’aspects à gérer que, par rapport à il y a vingt ans, la plupart des directeurs sportifs passent moins de temps à regarder du football. Avec les structures modernes des clubs, le travail autour des contrats, du fair-play financier, et la gestion interne, le temps pour visionner des matchs rétrécit. Cependant, la capacité de recevoir des vidéos et des analyses de joueurs est facilitée aujourd’hui, rendant la confiance envers son équipe de travail cruciale. À Bournemouth, nous avons un excellent directeur technique et un staff de 18 personnes – des scouts et des analystes de données – qui fournissent des informations approfondies.
Quel est ton rapport avec le propriétaire, Bill Foley ?
Il est difficile de ne pas apprécier sa façon d’interagir avec nous et les joueurs. Son expérience militaire et son passé dans le hockey lui ont permis de comprendre les dynamiques des équipes, ce qui est crucial.
Comment t’a convaincu de rejoindre Bournemouth ?
Après mon départ de Rome, j’ai pris 3 à 4 mois de repos. Neill Blake, le PDG de Bournemouth, m’a contacté pour une discussion. Une phrase de Bill Foley lors de notre vidéo appel m’a marqué : « Je ne comprends pas grand-chose au football, mais je comprends les gens. » C’était si authentique que j’ai décidé de tenter l’aventure.
Parle-nous d’Andoni Iraola.
Andoni est un entraîneur moderne, conscient des dynamiques du football. Il se concentre sur le développement des joueurs et analyse comment les faire progresser. Sa motivation est claire : comment gagner les matchs ? Travailler avec lui est un réel plaisir.
Quelles différences observes-tu dans ton travail à travers ces pays ?
Mon expérience au Benfica a été décisive, surtout en travaillant au plus près du président. En comparaison, la démarche en Italie et en Angleterre repose davantage sur la planification stratégique à moyen terme.
La stratégie est cruciale.
Les clubs couronnés de succès partagent souvent deux éléments essentiels : une stratégie solide et une stabilité. Même avec des investissements, la stratégie du Manchester City est ce qui les a propulsés. En Italie, un club comme l’Inter a su maintenir sa ligne de conduite, ce qui est tout aussi fondamental.
A Rome, as-tu eu le temps d’appliquer ta stratégie ?
À Rome, la pression pour gagner rapidement est forte. Cependant, en trois ans, nous avons accompli de belles choses. On a développé de jeunes talents et, bien que nous ayons fait face à des limites financières, nous avons trouvé des solutions intelligentes.
La pression, un avantage ou désavantage ?
Pour moi, la pression n’est pas un inconvénient. Les supporters restent fidèles, même dans les moments difficiles. Le vrai défi réside dans l’instabilité ; deux victoires peuvent faire croire à une possible victoire en Champions League, alors que deux défaites peuvent plonger le club dans la tourmente.
Quelle est ta recette du succès ?
Pour moi, cela reste la capacité à travailler dur. Je suis convaincu qu’il existe des directeurs sportifs plus compétents, mais aucun ne travaillera plus que moi. Je suis constant, j’arrive chaque jour à 7h45, peu importe les circonstances.
Un homme en mission.
Il ne suffit pas d’avoir des motivations externes, il faut aussi de la discipline. Je dois montrer un leadership, peu importe l’état d’esprit dans lequel je me trouve. Chaque jour, je m’assure d’incarner la stabilité et la sérénité.
Points à retenir
- La gestion des jeunes talents mérite une attention particulière en Angleterre.
- Les directeurs sportifs passent moins de temps sur le terrain qu’auparavant, s’appuyant davantage sur leurs équipes.
- La communication avec les propriétaires est essentielle pour maintenir une bonne dynamique.
- Une stratégie bien établie peut l’emporter même sur des investissements massifs.
- Le rôle de l’entraîneur dépasse souvent le terrain et influence la gestion globale du club.
En observant le parcours de Tiago Pinto, je ne peux m’empêcher de réfléchir à l’importance de la stabilité et de la stratégie. À une époque où tout semble aller vite, la patience et le travail acharné restent des valeurs essentielles pour quiconque souhaite réussir dans le football. En tant que journaliste, je me sens engagé à suivre de près cette évolution, car elle redéfinit notre compréhension et notre appréciation du sport. Quelle place pour la réflexion à long terme dans un monde de résultats immédiats ?