Le Nord de la France est sous les projecteurs. Dans le cadre du football français, ce n’est pas tous les jours, ou même tous les ans, qu’une telle situation se présente. Alors, levons ensemble un verre de cidre chaud en l’honneur du Racing Club de Lens, le deuxième club le plus septentrional du pays, qui s’apprête à entrer dans la trêve hivernale en tête de la Ligue 1.
Avant d’aborder davantage Lens, clarifions ce que nous entendons par « Nord de la France ».
Nous faisons référence aux régions administratives le long de la côte de la Manche — Bretagne, Normandie et Hauts-de-France — ainsi qu’au Grand Est, qui partage des frontières avec la Belgique et le Luxembourg. Huit des 18 équipes de Ligue 1 y résident (nous excluons Nantes, historiquement en Bretagne mais officiellement dans les Pays de la Loire) avec un total de 12 titres remportés.

Lens a un entraîneur, Pierre Sage, qui comprend bien ses joueurs et sait comment les aider à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Pour rappel, ces 12 titres ont été remportés sur 112 saisons. Ce n’est pas vraiment impressionnant, disons-le.
Les véritables puissances du sport sont principalement issues de Paris et du sud de la vallée de la Loire. Le Paris Saint-Germain, vainqueur des quatre derniers championnats, en compte 13 au total. Marseille, Monaco et Nice, le long de la Méditerranée, ont cumulé 22 titres. Les équipes de l’intérieur, Saint-Étienne, Lyon et Bordeaux affichent 23 titres à elles trois.
Voilà le tableau, d’où l’intérêt de voir trois clubs du Nord parmi les six premiers à l’approche de la mi-saison de Ligue 1. Cela ne fait qu’ajouter à l’intrigue.
Le Losc, quatrième au classement, est en bonne voie pour progresser en Europa League, tandis que Strasbourg occupe la première place en Conference League. Le lauréat du Ballon d’Or, Ousmane Dembélé, originaire de Vernon en Normandie, attire également l’attention. De plus, Amiens, Reims, Nancy, Guingamp, Avranches, Dieppe, Concarneau, Dunkerque et Bayeux ont tous atteint la phase finale de la Coupe de France.
Mais revenons à ce club improbable en tête de Ligue 1, le RC Lens.
Personne ne s’attendait à ce que le club du Pas-de-Calais se batte pour le titre cette saison, pour deux grandes raisons.
La première, partagée par tous les autres clubs, était que PSG était pressenti pour remporter son cinquième championnat consécutif. Cela peut toujours arriver, mais un mois d’octobre difficile avec seulement une victoire sur quatre matchs a ouvert la porte à une course au titre, et Lens a su en profiter.
La seconde raison, bien plus simple, concernait le fait que Lens sortait d’une huitième place la saison précédente et avait perdu son meilleur défenseur, Kevin Danso, qui avait rejoint Tottenham. D’autres joueurs clés, comme le gardien Brice Samba et le défenseur Abdukodir Khusanov, avaient également changé de club en janvier.
De plus, le nouvel entraîneur Pierre Sage avait jusqu’à présent dirigé un total de 56 matchs en Ligue 1.
Avec du recul, ce choix s’avère être inspiré. Cet entraîneur de 46 ans a connu le succès lors de son passage à Lyon, avant de travailler comme scout, directeur technique et entraîneur adjoint dans quelques clubs de divisions inférieures. Il maîtrise son sujet.
Pour ce qui est de la tactique, il n’a rien fait de révolutionnaire. Son passage à une défense à trois a été surtout un moyen de compenser le départ de Danso.
Ce qui fait le talent de Sage, c’est sa gestion des joueurs. Il sait les comprendre et les aider à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Que ce soit une association réussie, comme celle de Malang Sarr et Samson Baidoo en défense, ou la complémentarité d’Adrien Thomasson et Mamadou Sangaré au milieu, il sait tirer parti des joueurs motivés et éveillés à prouver leur valeur.
Florian Thauvin en est un exemple frappant.
Autrefois considéré comme une pépite, cet attaquant a connu des hauts et des bas, passant par Newcastle, remportant la Coupe du Monde avec la France, avant d’effectuer un choix surprenant en faveur du Mexique, puis retrouvant un certain niveau à Udinese pour briller actuellement avec Lens. Une belle ascension digne d’un feuilleton.
Thauvin fêtera bientôt ses 33 ans. Plus mûr, il contribue aussi plus défensivement, avec en ligne de mire une possible sélection en France avant la Coupe du Monde 2026.
Sage affirme que son équipe est encore en construction, et c’est vrai. Il privilégie la constance à l’art du spectacle et ne semble pas dérangé par les statistiques qui feraient grincer les dents d’autres entraîneurs.
Ce dimanche, Lens accueillera une équipe de Nice (à 10h15, sur FuboTV) qui n’a remporté aucun point depuis octobre. Une victoire permettrait au club de rentrer en 2024 en solo en tête de la Ligue 1.
Cette partie de la France n’a pas célébré de championnat depuis la victoire de Lille en 2021. Pour trouver le titre suivant, il faut remonter dix ans, puis treize pour le suivant encore. En définitive, trois titres en 27 ans, c’est pas du gâteau.
Si Lens réussit à prolonger cet enthousiasme dans le Nord encore quelques mois, ils pourraient facilement réinitialiser leur compteur à zéro.
Points à retenir
- Le Nord de la France, un territoire historiquement peu enclin à briller en Ligue 1, fait une entrée remarquée dans la compétition cette saison.
- Les clubs du secteur, au nombre de huit, affichent un palmarès limité, mais cela pourrait changer.
- LC Lens, avec son nouvel entraîneur, a surpris par sa progression inattendue.
- Florian Thauvin, qui a connu un parcours sinueux, prouve qu’il n’est jamais trop tard pour retrouver son meilleur niveau.
- Le soutien des fans pourrait jouer un rôle clé pour maintenir l’élan actuel de Lens.
Cela nous amène à réfléchir : le football n’est-il pas un miroir de nos sociétés, où l’ascension et la chute se côtoient constamment ? La montée du RC Lens pourrait être le début d’une nouvelle ère pour le football dans le Nord de la France. Qui sait si une victoire ne pourrait pas redonner espoir à des millions de passionnés ? En tant que journaliste engagé, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la portée de ce phénomène, à la fois local et universel.