lun. Juil 20th, 2026

Pour la plupart d’entre nous, grandir, c’est faire la paix avec une dure réalité : jamais vous ne remporterez la Ligue des champions avec le club de votre cœur. Une épiphanie brutale qui fissure nos doux rêves d’enfants pour nous plonger, sans prévenir, dans la morne réalité adulte. Mais il existe aussi les « immortels », ces rares élus qui remplissent les pages des journaux et dépassent leur temps. Et puis, il y a cette « espèce rare » qui, ayant accepté sa mortalité, se réinvente et se réconcilie avec son enfant intérieur, empruntant un peu de ce rêve enfantin. Juanjo Morillas (Murcie, 44 ans) appartient incontestablement à cette dernière catégorie. Si on lui avait prédit, à ce latéral courant sur les pelouses d’El Mayayo, qu’à 22 ans de sa rupture du ligament croisé il soulèverait la « petite oreille », il aurait sans doute eu besoin d’être réanimé sur le terrain.

Le nutritionniste murcien savoure encore son rêve de mai dernier à Munich. Profitant des derniers jours de ses vacances au calme, face à la mer, dans sa résidence d’Águilas, il se prépare à retrouver le rythme intense de la vie parisienne. L’équipe du Paris Saint-Germain s’entraîne depuis mercredi dernier, mais Juanjo Morillas n’est plus seulement nutritionniste de l’équipe première : il vient d’être promu Responsable de la Nutrition du club, champion d’Europe en titre. Cette nomination, qu’il qualifie « d’évolution naturelle », lui a été officialisée après trois saisons couronnées de succès dans l’univers parisien.

« Je suis très motivé. J’avais déjà un engagement quotidien important auprès de l’équipe première, mais ce nouveau poste me permettra de déployer une stratégie nutritionnelle globale pour l’ensemble du club », explique-t-il au téléphone. Son rôle évolue désormais du terrain aux bureaux, où il pilotera l’alimentation des différentes sections sportives du Paris Saint-Germain. « J’avais envie de relever de nouveaux défis, c’est une opportunité énorme pour développer un projet ambitieux… Je souhaite donner une nouvelle dimension au club, tout en montrant l’excellent travail effectué au PSG », projette-t-il.

Du terrain modeste à la scène mondiale

Formé au club de sa ville natale, Juanjo Morillas est revenu au Real Murcia dix ans plus tard, diplôme en main. Ses courses le long des ailes en Segunda B appartenaient au passé, une carrière sans empreinte notable, brisée prématurément par cette rupture du ligament croisé. À 30 ans, avant même d’annoncer sa retraite, il dessinait déjà sa suite. Diplômé en Nutrition et en Science et Technologie des Aliments, il entame alors une activité professionnelle auprès du Real Murcia et de l’UCAM CB via la clinique Cardiosalus Sport. Quatre ans plus tard, un appel change tout.

« Je n’ai pas hésité une seconde. C’était l’opportunité que j’attendais, celle qui ne se présente presque jamais », confie Morillas. Au bout du fil, Antonio Cordón, directeur technique de l’AS Monaco. Un an plus tard, le Murcien levait son premier titre en Ligue 1, le premier d’une série de quatre championnats. « J’avais toujours su que je voulais partir à l’étranger pour me développer. Maintenant que j’y pense, c’est presque incroyable. Cet appel m’a transformé la vie. On craignait un mauvais premier exercice… mais au contraire : titre de champion et demi-finale de la Ligue des champions. Une année incroyable », bien que pas encore à la hauteur du triplet historique remporté en mai dernier.

Après sept saisons sur la Côte d’Azur, il s’installe avec sa femme et ses deux enfants à Paris depuis 2022. Il redécouvre avec bonheur la ville lumière à chaque promenade. « Dans ma région, on a le climat, à Monaco, la mer, mais Paris reste Paris. Une ville impressionnante, riche culturellement, où il y a toujours quelque chose à faire. Et si ce n’est pas le cas, on peut s’asseoir sur un banc et contempler la Tour Eiffel. Elle m’émerveille à chaque regard. Pourtant, vivre à ce niveau exige aussi un prix élevé », nuance-t-il.

La tyrannie du physique

Quatorze jours après la mémorable victoire 5-0 du PSG en finale face à l’Inter à Munich, les joueurs de Luis Enrique participaient déjà à la Coupe du Monde des Clubs outre-Atlantique. Le 13 juillet, Juanjo Morillas bouclait une saison marathon : onze mois de compétition quasi ininterrompue, durant lesquels le PSG aura disputé 65 matchs. « Pour tenir ce rythme effréné — environ 60 rencontres par an, espacées de deux à trois jours — et éviter les blessures, la stratégie nutritionnelle démarre dès le coup de sifflet final », résume-t-il. Sa mission : « aider les joueurs à arriver en pleine forme au prochain match, bien hydratés et avec leurs réserves de glycogène optimales ». Mais ce n’est pas seulement un problème de calendrier surchargé – c’est aussi l’intensité du jeu qui exige ce niveau d’exigence.

Le football de haut niveau est désormais dominé par des corps d’athlètes d’exception. Les exploits modernes ne s’écrivent plus seulement avec du talent, mais avec des aptitudes physiques hors norme : « L’évolution physique des joueurs depuis le début du siècle est incroyable. En Ligue des champions, tu ne vois que des athlètes impressionnants, mesurant environ 1,80 m, musclés, avec très peu de gras… Le physique est déterminant, et l’alimentation est l’un des leviers principaux pour le préserver ».

Juanjo Morillas en est à sa neuvième année au plus haut niveau, dont trois saisons à viser la victoire chaque année. Il incarne ce paradoxe de « l’impossible » nécessitant d’innombrables sacrifices. « On perd un peu contact avec la vie réelle car l’élite est une spirale sans fin. Le plus dur, c’est de se maintenir, car tout va très vite », confie-t-il. Loin de ralentir, il construit désormais sa place comme un expert mondial incontournable en nutrition sportive, désormais avec la responsabilité de gérer toute la nutrition du PSG : « Ce poste me plaît car il implique une large responsabilité. Il me permettra aussi de limiter les déplacements, pour passer plus de temps avec ma famille. Un prix à payer que j’accepte volontiers, et j’espère désormais profiter davantage », conclut-il.

Points à retenir

  • Maturité rime souvent avec renoncement, mais certains préfèrent réinventer leur rapport à leurs rêves d’enfance, comme Juanjo Morillas.
  • Passer de nutritionniste d’équipe à responsable global du PSG, c’est un saut qui traduit à la fois confiance et ambition.
  • Un ancien joueur de deuxième division devenu expert international prouve que les reconversions sportives peuvent avoir du panache.
  • Le rythme infernal du football pro moderne (60+ matchs par saison) ne laisse guère de place pour le repos, d’où l’importance de la nutrition.
  • Dans le football de haute performance, le physique a supplanté le simple talent technique comme critère décisif.
  • Un poste de direction moins exposé que le terrain, mais qui offre le doux avantage de plus de soirées en famille – c’est presque un scoop pour notre époque.

En définitive, derrière le soleil parisien et les strass de la Ligue des champions, il y a aussi beaucoup de travail dans l’ombre, avec des héros de la nutrition qui jouent leur propre coupe du monde. Et moi, je me demande si, un jour, on consacrera un documentaire à ces héros qui font manger leurs champions pour que ceux-ci puissent courir plus vite. En attendant, il paraît que tout passe par ce que l’on avale… Ça donne à réfléchir, non ?


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