Donald Trump s’apprête à retourner en Écosse pour visiter deux de ses complexes de golf dans le pays d’origine de sa mère.
Au programme, Turnberry dans le South Ayrshire, un site prestigieux acquis en 2014, ainsi que Menie, dans l’Aberdeenshire, où il inaugurera un nouveau parcours de 18 trous.
La Maison-Blanche indique que Trump rencontrera également le Premier ministre Sir Keir Starmer afin d’évoquer des questions commerciales durant son séjour au Royaume-Uni.
Cette visite est rare : il est peu courant qu’un président américain mette si ouvertement en avant ses intérêts privés pendant son mandat.
Trump a déjà été accusé par le passé de confondre intérêt personnel et affaires publiques.
Alors que les tensions sont vives à Gaza et en Ukraine, que le dollar perd du terrain et que des questions s’accumulent sur ses liens avec Jeffrey Epstein, reconnaître que ce séjour consacré au golf suscite des interrogations serait un euphémisme.

J’ai pu observer de près cette manière peu orthodoxe de concevoir la politique dès ses débuts en 2015, lors de la campagne présidentielle américaine. Alors que les Républicains cherchaient un champion capable de récupérer la Maison-Blanche après les deux mandats d’Obama, Trump quitta un débat dans un hôtel clinquant de Las Vegas, tout sourire, sous les caméras.
Je lui ai posé quelques questions. Fier d’être en tête dans les sondages, il avait un message pour le Royaume-Uni. Je m’attendais à un discours brûlant sur l’immigration, son thème de campagne favori.
Pas du tout. Trump voulait que les téléspectateurs britanniques sachent qu’il possédait des parcours de golf de grande qualité en Écosse, qu’ils devraient visiter.
La réponse m’avait semblé surprenante pour un homme aspirant à devenir ce que l’on appelle le leader du monde libre.

Trump a cependant un lien authentique avec l’Écosse. Sa mère, Mary Anne MacLeod, née en 1912 sur l’île de Lewis dans les Hébrides extérieures, quitta son pays durant la Grande Dépression pour New York, où elle épousa un promoteur immobilier, Fred Trump.
Ce retour en Écosse cet été, qui durera quatre jours, précède une visite d’État plus officielle prévue en septembre, durant laquelle le couple présidentiel sera reçu par le roi Charles à Windsor.
Si ce déplacement n’inclut pas de rencontre avec le souverain, Trump sera reçu par le premier ministre écossais John Swinney ainsi que par Keir Starmer.
Les acteurs économiques, notamment les producteurs de whisky écossais, attendent que ces échanges aboutissent à une baisse des taxes américaines sur les importations, les fameux droits de douane.

Une opération de sécurité d’envergure, lancée il y a plusieurs semaines, a été renforcée ces derniers jours. D’imposants avions militaires transportant notamment les hélicoptères présidentiels baptisés Marine One ont été aperçus aux aéroports d’Aberdeen et Prestwick.
Routes et voies secondaires en Aberdeenshire et Ayrshire ont été sécurisées, voire fermées, tandis que des restrictions aériennes ont été mises en place et que des renforts policiers venant d’Angleterre ont traversé la frontière.
Les visites présidentielles américaines en exercice en Écosse restent des événements exceptionnels. Seuls Dwight D Eisenhower, George W Bush et Joe Biden y ont posé leurs valises auparavant pour divers sommets et conférences.
En ce siècle, seul Trump lui-même y était venu en 2018, accueilli par des manifestants, dont un qui violait la zone d’exclusion aérienne autour de Turnberry en survolant le site en parapente.

Depuis 2018, les péripéties ne manquent pas : élection perdue en 2020, manifestation violente au Capitole menée par des partisans du président contestataire, spectaculaire retour politique quatre ans plus tard, tentative d’assassinat au golf…
La sécurité autour du président est aujourd’hui censée être renforcée au maximum, mais les controverses subsistent. La Police écossaise s’inquiète des coûts, estimés à plus de 5 millions de livres par un ancien haut gradé.
Et à cela s’ajoutent les manifestations attendues à Aberdeen et Édimbourg, destinées à faire entendre l’opposition au tycoon américain.

Si les sondages montrent une faible popularité de Trump au Royaume-Uni, il pourrait néanmoins trouver un écho favorable à Aberdeen, surnommée « capitale européenne du pétrole ». Il défend ardemment la prolongation de l’exploitation pétrolière en mer du Nord et s’est récemment prononcé contre les éoliennes, affirmant qu’Aberdeen devrait « se débarrasser des éoliennes et revoir à la hausse la production pétrolière. »
Le groupe écologiste Uplift dénonce une « vision déconnectée de la réalité » quant à la prétendue sécurité énergétique assurée par la mer du Nord.
Ce discours trouve un certain relais chez Reform UK, un parti de droite mené par Nigel Farage, fervent admirateur de Trump, qui fait des progrès en Écosse et espère remporter des sièges lors des prochaines élections du Parlement écossais.
Holyrood, le Parlement écossais, gère nombre de politiques domestiques alors que Londres contrôle la défense, les affaires étrangères et la politique économique globale.

Trump déploie une hostilité bien connue envers les éoliennes. En 2012, il déclarait qu’implanter un parc éolien au large de Menie serait une « terrible erreur » susceptible de « détruire l’Écosse ». Lors d’une rencontre sous la pluie avec la presse, après quelques échanges houleux, il avait même invité ses interlocuteurs à un barbecue avant de consentir à une interview.
Devant une commission du Parlement écossais, invité à prouver que le tourisme local pâtirait de ces turbines, il avait répondu laconiquement : « Je suis la preuve. »
Le parc éolien a pourtant été construit et est visible depuis son parcours.


Outre Menie, son autre propriété emblématique, Turnberry, sans scandale lui-même, est au cœur d’un bras de fer avec le R&A, l’organisation qui régule le golf. Trump est mécontent que l’Open Championship, compétition prestigieuse, n’y ait pas été organisé depuis son rachat.
Turnberry abrite trois parcours réputés comme les plus chers du Royaume-Uni, et a reçu l’Open à quatre reprises avant 2014.
Une décennie après avoir pris le contrôle du parti républicain, monsieur le président, qui a aussi connu un second mandat, continue de mêler étroitement affaires et politique.
Il reste le plus puissant dirigeant occidental mais demeure agacé de ne pas voir aboutir ses projets personnels, preuve qu’il n’a pas tout à fait troqué sa casquette d’homme d’affaires contre celle de chef d’État.
Points à retenir
- Les visites présidentielles américaines en Écosse sont si rares que chaque déplacement suscite un déploiement sécuritaire colossal.
- Donald Trump semble insensible aux priorités géopolitiques mondiales quand il s’agit de mettre en avant ses gîtes golfiques.
- Son attachement à l’Écosse va au-delà du folklore : il y a des racines familiales, mais aussi un solide intérêt économique.
- Alors que l’écologie et les énergies renouvelables gagnent du terrain, Trump campe sur une vision pétrolière bien ancrée, quitte à défriser les militants verts.
- Les tensions politiques en Écosse entretiennent un terrain fertile pour les rhétoriques pro-Trump, notamment chez les partis de droite émergents.
- Il ne fait pas que jouer au golf : il joue aussi des coudes pour imposer son influence dans le jeu politique britannique et écossais.
- Enfin, malgré les protestations nombreuses, Trump semble toujours capter l’attention, que ce soit par le sport, la politique ou le spectacle.
En somme, si l’on en croit cette visite, la frontière entre homme d’affaires et chef d’État chez Trump reste mince, ce qui donne à réfléchir sur la gestion des priorités à l’échelle planétaire. Mais après tout, pourquoi choisir entre un green et une salle de réunion quand on peut tenter d’avoir les deux ? Je vous laisse méditer là-dessus en vous demandant si, dans ce mélange des genres, ce n’est pas le précieux temps diplomatique qui risque de faire quelques trous dans son propre jeu.