jeu. Juil 9th, 2026
Arthur Fery, l’incroyable wild card de Wimbledon qui porte l’espoir de la Grande-Bretagne

Il y a une semaine, très peu de gens savaient dire qui était Arthur Fery. Puis, en quelques jours, le Britannique s’est retrouvé propulsé sous les projecteurs… comme dernier représentant anglais après un début de Wimbledon qui a refroidi plus d’un supporter.

Classé n°114 mondial, Arthur Fery a frappé fort dès lundi sur le court central : il a battu l’un des meilleurs joueurs des dix dernières années, Grigor Dimitrov. À 23 ans, il a aussi raconté à la presse ressentir une “incroyable dose d’émotions”. On peut difficilement faire plus simple.

Son parcours est aussi un fait marquant : Fery est devenu le premier wildcard britannique (un joueur trop mal classé pour être automatiquement qualifié) à atteindre le quart de finale en simple. Et, au passage, il n’est que le quatrième homme britannique à réussir ce cap cette décennie.

Pour ses anciens entraîneurs, cette progression n’a rien d’un hasard. Paul Goldstein, qui l’a coaché à l’université de Stanford, a salué un “coup de projecteur” mérité, en soulignant la manière dont Fery a su saisir sa chance, sans s’effondrer sous le poids du moment.

Goldstein s’est aussi souvenu d’une première prise de contact : adolescent, Fery cherchait une façon de continuer ses études tout en maintenant un niveau élevé au tennis. Et surtout, il a noté chez lui une capacité rare à rester calme quand ça accélère, tout en profitant de l’intensité particulière du tennis universitaire, où il faut défendre des couleurs… sans s’enfermer dans une seule ligne de jeu.

Arthur Fery en action face à Grigor Dimitrov. Il affronte ensuite Flavio Cobolli (Italie) le 8 juillet.

Alison Taylor, qui lui a donné des cours privés et en groupe depuis l’âge de quatre ans jusqu’à l’adolescence, rappelle un talent évident. “Athlétique”, footwork remarquable, coordination main-œil solide… mais pas forcément “le meilleur de sa catégorie” au départ. Ce qui ressortait, en revanche, c’est son côté performeur : il aimait jouer devant du monde, se donner à fond et faire la démonstration de ce qu’il avait travaillé.

Elle décrit un joueur à la fois très complet et déjà surprenamment mature, avec une personnalité humble et très bienveillante. Et Taylor rejoint Goldstein sur un point : Fery a toujours eu tendance à ne pas jouer “comme il faut”, mais comme il pense que c’est juste… un style plus créatif, plus varié, plus imprévisible.

Cette confiance, plusieurs anciens du tennis l’observent comme un “signature”. Greg Rusedski, ancien numéro 1 britannique, confie avoir pratiqué avec Fery : selon lui, tout se joue entre les oreilles, et Fery a ce mélange de panache et de croyance qui aide à tenir dans les moments décisifs.

Né près de Paris, Fery a déménagé en Angleterre à l’âge de deux ans. Il a grandi à Wimbledon, à une dizaine de minutes de l’All England Club, et a étudié à King’s College School, une école locale privée. Malgré ses origines françaises, il a choisi de représenter le Royaume-Uni : sa mère, Olivia, a été joueuse professionnelle, et son père, Loïc, était en 2023 classé parmi les fortunes françaises.

Côté trajectoire, il commence le tennis vers cinq ans, passe par le système de la Lawn Tennis Association, puis prend une pause pour étudier “science, technologie et société” à Stanford. Il décrivait cela comme un plan B sérieux, au cas où le tennis ne suffirait pas. Le genre de précaution qui, sur le papier, n’a rien de sexy… mais qui finit souvent par servir.

Dès sa deuxième année à Stanford, il devient le premier numéro 1 en simple à intégrer l’université depuis Bob Bryan, futur champion olympique en double. Bryan raconte aussi que Fery avait une forme de leadership discret, et que son jeu lui a donné une bonne impression en comparaison, notamment, avec Kei Nishikori.

Arthur Fery gagne en puissance dans ses échanges face à Grigor Dimitrov.

Jamie Murray, lui aussi ancien numéro 1 en double et frère d’Andy Murray, explique que beaucoup de gens dans le tennis britannique croyaient en ce qu’il pouvait accomplir. Bref : ce n’était peut-être pas “évident”, mais ce n’était pas non plus totalement sorti de nulle part.

Autre débat souvent évoqué : la taille. À 1m75 (5’9”), il est proche de la moyenne masculine britannique, mais plus petit que la plupart des joueurs professionnels du circuit. Johanna Konta a eu une formule parlante : pas d’avantage en taille, certes… mais alors le reste compense avec de l’explosivité. Et, pour elle, le revers est tout simplement très impressionnant, sans oublier l’état d’esprit de combat.

À Wimbledon, les supporters ont aussi pris leur rôle très au sérieux : ils ont chanté des jeux de mots maritimes, du style “all aboard the Fery”. Un détail ? Peut-être. Mais quand on sait que l’ambiance peut porter un joueur, on comprend mieux pourquoi ça compte.

Désormais, Fery doit gérer une attente plus large qu’un match : celle d’un pays entier. Après Wimbledon, il devrait entrer pour la première fois dans le top 100. Et lui veut surtout garder la tête froide.

“Ce que j’ai vécu [lundi] personnellement, je vais vraiment le chérir pour le reste de ma vie”, a-t-il confié. Puis il ajoute, avec prudence : “Qui sait… peut-être que ce sera la première et la dernière fois. Espérons que non. Pour l’instant, j’essaie juste d’en profiter et de garder les souvenirs.”

Points à retenir

  • Fery n’a pas été repéré comme un phénomène “tout cuit” : plusieurs l’ont décrit comme un joueur en construction, avec une progression qui s’est vraiment accélérée quand il a su performer sous pression.
  • Son profil tranche un peu : plus créatif, plus varié, et pas seulement adepte d’un jeu “ligne par ligne” qui rassure les classements.
  • La confiance semble être un vrai moteur : entre le mental et l’audace, il a plutôt choisi de tenter que de s’excuser.
  • La taille est un sujet… mais visiblement pas un plafond : l’explosivité et le revers font souvent le travail à sa place.
  • Et côté décor, Wimbledon a clairement pris une part active : quand le public s’amuse autant, le joueur aussi… même quand l’enjeu chauffe.

Au fond, ce qui me frappe dans cette histoire, c’est que la “surprise” ressemble moins à un accident qu’à l’aboutissement d’un mélange assez rare : du calme, un style personnel, et le genre d’éducation qui te laisse de la marge quand tout s’emballe. En tant que journaliste, je ne vais pas prétendre qu’on peut prédire le sport — mais je trouve ça précieux de regarder ce genre de parcours, puis de se dire qu’on n’a pas toujours besoin d’être numéro 1 d’entrée de jeu pour faire trembler les favoris. Et si cette dynamique donne envie au public (et aux jeunes joueurs) de croire un peu, alors tant mieux : c’est aussi ça, le rôle du tennis dans une société qui aime trop vite ranger les gens.


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