A quelques heures du troisième tour de Taylor Fritz à l’Open de Cincinnati, l’attention s’est rapidement déplacée de sa victoire acharnée face à Lorenzo Sonego vers le tournoi de double mixte à venir à l’US Open. Dès la première question, qui reconnaissait que le double mixte ne constituait pas forcément une priorité en pleine compétition majeure, un grand sourire est apparu sur le visage du joueur américain. « C’est clairement une priorité », a-t-il affirmé sans hésiter.
Interrogé sur la frustration des spécialistes du double, quelque peu mis à l’écart pour faire évoluer ce tournoi, Fritz a répondu qu’à son avis, ce sont les bons joueurs qui avaient été sélectionnés : « Beaucoup critiquent ce tournoi en le qualifiant d’exhibition, ou qu’il ne compte pas. Personnellement, je pense que c’est le plateau le plus relevé que vous verrez jamais en double mixte lors d’un Grand Chelem. Si les équipes en place gagnent, je reconnaîtrai mon erreur, mais j’ai vraiment l’impression que le niveau sera élevé. »
Après six mois d’attente, la version revisitée du double mixte à l’US Open débute enfin. Habituellement réservé aux spécialistes avec quelques rares stars, ce format suscite peu d’enthousiasme et sert surtout à offrir plus d’opportunités de titres et de gains aux spécialistes du double.
Cette année, le tournoi se joue la semaine précédant le début des simples, avec seize équipes en élimination directe sur deux jours. Les trois premiers tours s’effectuent en sets raccourcis à quatre jeux, tandis que la finale se jouera en sets classiques à six jeux. Les vainqueurs repartiront avec un million de dollars, soit 800 000 $ de plus que l’année passée. Alors que la plupart des stars préfèrent éviter le double à cause des exigences physiques du simple, l’objectif est clair : attirer les grands noms.
Cette stratégie semble payante pour l’USTA, qui se réjouit de l’engouement créé par ce plateau prestigieux. Le duo Carlos Alcaraz-Emma Raducanu fait parler depuis des mois, tout comme Novak Djokovic associé à Olga Danilovic, Iga Swiatek avec Casper Ruud, ou encore Fritz et Elena Rybakina. Seuls les Italiens Sara Errani et Andrea Vavassori incarnent le profil de doubles spécialistes, champion en titre à ce tournoi.
Cependant, certains aspects restent cocasses : Jannik Sinner, numéro 1 mondial chez les hommes, a confié que lui et son premier partenaire, Emma Navarro, ne s’étaient jamais parlé, leur duo ayant été arrangé par les organisateurs. Dans un vrai tournoi, on s’attendrait à ce que chacun choisisse le partenaire le plus stratégique.
Depuis, plusieurs forfaits ont modifié la donne. Navarro s’est retirée, poussant Sinner à s’associer avec Katerina Siniakova, onze fois championne en Grand Chelem. Jack Draper, quant à lui, en est à son troisième partenaire, Jessica Pegula, après les abandons de Zheng Qinwen et Paula Badosa.
Ce tableau, aussi étrange soit-il, s’annonce passionnant avec tous ces joueurs de simple alignés. Le choc à suivre dès mardi réunira Alcaraz-Raducanu face à Draper-Pegula, promettant un duel britannique à ne pas manquer.
Ces derniers mois, la question du double mixte à l’US Open a fait couler beaucoup d’encre dans les coulisses des tournois. Madison Keys, associée à Frances Tiafoe, raconte recevoir des appels FaceTime pour discuter tactique, tandis que Sinner plaisantait à Wimbledon sur ce qu’il ressentirait face à Rybakina au filet : « Je leur ai dit : ‘Vous nous tuez tous, qu’est-ce que tu racontes ?’ »
À la veille du tournoi, des doutes persistent quant à la participation de plusieurs têtes d’affiche. Alcaraz, Sinner et Swiatek jouent à Cincinnati moins de vingt-quatre heures avant leurs matchs en double mixte à New York, ce qui leur laisse peu de temps de récupération. Les remplaçants doivent être prêts à bondir.
Face à l’enthousiasme des joueurs de simple, les spécialistes du double se sentent évincés. Siniakova, avant de s’associer à Sinner, avait déposé une candidature avec son coéquipier Marcelo Arévalo, duo numéro 1 mondial, sans succès. « Quand deux numéros 1 mondiaux en double ne peuvent pas entrer dans le tournoi, il n’y a plus grand-chose à dire », a-t-elle lâché sur Canal+. De son côté, Ben Shelton, associé à Taylor Townsend (n°1 en double), exprime sa compréhension envers cette frustration, mais admet aussi les enjeux commerciaux derrière cette révolution : « Je comprends tout à fait l’importance du double mixte et ce que signifie un titre à ces joueurs, et je suis désolé pour eux qui ne peuvent pas jouer cette année. Mais j’avoue que le roster de cette édition, c’est le plus fou que vous ayez vu. »
Jessica Pegula, membre de longue date du conseil des joueuses WTA, critique l’USTA pour ce changement sans concertation préalable, une plainte fréquente chez les joueurs : « On a eu l’impression qu’ils ont fait ça en mode ‘on y va’, sans prévenir personne. Personne ne s’est demandé si on avait des idées pour améliorer ça. »
Malgré tout, Pegula reste enthousiaste à l’idée du tournoi. Ce ne sera certainement pas la consécration de ces stars, mais ce sont des compétiteurs acharnés prêts à tout donner. Pour au moins une demi-heure, ce tournoi sera une priorité pour beaucoup. Madison Keys résume parfaitement : « Il y a un trophée de Grand Chelem en jeu, et avez-vous vu la dotation ? Je vais me battre, c’est sûr. »
Points à retenir
- Le double mixte à l’US Open change de format : déroulement la semaine avant les simples et sets raccourcis aux premiers tours.
- Le prize money a nettement augmenté, avec un million de dollars à se partager, histoire d’attirer les grands noms.
- De nombreux joueurs de simple prestigieux participent, laissant les spécialistes du double un peu sur le carreau.
- Certains duos ont été formés à la hâte par les organisateurs, créant un mélange détonant de stars un peu perdues en double.
- La communication avec les joueurs est jugée insuffisante par plusieurs d’entre eux, ce qui pourrait expliquer certaines réactions mitigées.
- Les stars devront gérer leur forme sur des calendriers serrés, notamment celles jouant encore à Cincinnati avant New York.
En somme, le tournoi mixte version US Open, c’est un peu comme un cocktail bien secoué : on y met du lourd, un zeste de chamboulement, on secoue avec un soupçon de frustration chez certains, puis on sert bien frais avec un juteux million de dollars en guise de cerise sur le gâteau. Reste à voir si cette recette tiendra toutes ses promesses ou si on aura droit à un flop aussi mémorable qu’un filet en pleine diagonale… Mais hé, c’est ça qui fait le charme du tennis, non ? Allez, place au spectacle et que les paires les plus improbables nous surprennent – ou nous fassent bien rire, au choix !