TORONTO — À l’approche de la finale du National Bank Open, jeudi, Elena Rybakina n’avait déjà pas compté ses minutes sur le court. Elle totalisait 685 minutes, soit près de 11h30 de jeu à Toronto.
La joueuse mondiale numéro 2 avait enchaîné quatre matches en trois manches. Quart de finale, demi-finale puis finale : tout s’est joué sur trois jours consécutifs. Et ce jeudi soir, la charge a fini par se voir.
Rybakina a été battue 6-2, 6-4 par Iga Swiatek, qui a bouclé une semaine et demie remarquable avec son premier titre de l’année 2026. Swiatek a couru sur tout, a réduit les occasions de Rybakina de dicter le rythme, et a sorti quelques-unes de ses meilleures séquences de la saison sur le circuit WTA.
En conférence de presse, Rybakina a reconnu le coup de fatigue :
« Je n’avais pas beaucoup d’énergie. J’étais juste très fatiguée. On voyait que je n’appuyais pas assez avec les jambes. Il y avait beaucoup de fautes directes, surtout près du filet. C’était simplement un manque de concentration. Même sur des balles faciles, aussi. »
Interrogée sur son incapacité à changer la dynamique, elle a ajouté :
« Iga, c’est une adversaire dure, et elle essaie forcément de renvoyer toutes les balles. Aujourd’hui, c’était difficile pour moi. J’espère surtout que je pourrai tirer des leçons et faire mieux la prochaine fois. »
Quand on lui a demandé si elle s’étirait le bras pendant le match, Rybakina a lancé une petite blague :
« Je ne sais pas si je peux vous dire ce qui ne me fait pas mal. Maintenant, je me sens quand même détruite… Et surtout, quand le tournoi est fini, tu ressens tout encore plus. »
Malgré la déception, la Kazakh a dit être satisfaite de sa capacité d’adaptation à Toronto. Qu’il s’agisse du matin, du jour ou de la nuit, avec ou sans retards, elle a joué à des heures très variées — et elle a même terminé bien après minuit après sa victoire en demi-finale face à Coco Gauff.
« Cette fois, j’ai mieux géré le planning, parce que je jouais beaucoup le matin, puis l’après-midi, et ensuite le soir. Je pense que c’est une grosse différence », a-t-elle expliqué. « C’est dommage que je n’aie pas eu assez pour pousser encore un peu plus sur ce dernier match. »
Rybakina peut tout de même se consoler : elle a fait légèrement mieux que son résultat de demi-finale 2025 à Montréal. Et, petit à petit, elle grignote des places au classement, derrière Aryna Sabalenka, numéro 1 mondiale.
Après Toronto, avec une place de finaliste, elle serait à environ 354 points de Sabalenka. La championne de la WTA a toutefois une demi-finale à défendre à Cincinnati, ce qui pourrait ouvrir une fenêtre — que ce soit à Cincinnati ou lors de l’US Open, selon ses résultats.
Mais Rybakina insiste : elle ne pense pas en permanence aux écarts, ni à ce qu’il “faut” faire pour arriver au sommet. En clair : si ça vient, ça vient.
« Même si on dit que c’est proche au classement, pour moi, ça reste très loin. Je n’y pense pas trop. On continue tous de se battre, donc ce n’est pas seulement une question de moi. C’est aussi ce que les autres vont faire. »
Jeudi, Rybakina a aussi évoqué, sur le plan théorique, ce que représenterait une place de numéro 1 mondiale — et si, enfant, elle s’était dit qu’un jour elle pourrait y arriver.
« Ça compterait énormément. Quand j’étais jeune, je ne pensais même pas… Si on parle quand j’étais enfant, je ne pensais pas que je jouerais professionnellement à ce niveau. Je crois que j’ai déjà accompli pas mal de choses. Je suis super contente. Si je peux faire mieux, alors tant mieux, j’essaie du mieux possible, et j’espère que [devenir n°1] arrivera un jour. »
Prochaine étape pour Rybakina : Cincinnati. En 2025, elle s’était arrêtée en quarts… enfin, plutôt dans le “final four”, avant de s’incliner face à Iga Swiatek, qui avait ensuite remporté le tournoi. Cette fois, Rybakina affrontera Taylor Townsend au deuxième tour.
Points à retenir
- Charge de jeu : 11h30 de temps de court à Toronto, avec quatre matches en trois manches, c’est souvent le genre de programme qui laisse des traces.
- Le match s’est joué dans les détails : Rybakina parle d’un manque de concentration et de fautes directes, notamment près du filet — là où la moindre hésitation se paie cash.
- Adapter le rythme : elle se félicite d’un planning mieux réparti (matin, jour, soir), ce qui ne garantit rien… mais aide à encaisser.
- Le classement, pas une obsession : elle suit l’évolution, mais refuse d’en faire une jauge de valeur personnelle à chaque instant.
- La suite à Cincinnati : avec un deuxième tour contre Townsend, elle aura l’occasion de remettre de l’ordre dans les jambes (et dans le timing) avant la pression du reste du tableau.
À la fin, ce qui me frappe, c’est que l’histoire ne tient pas seulement au talent : elle tient au corps, à l’attention et au planning. Je ne sais pas si Rybakina aurait pu battre Swiatek si elle avait eu “plus d’énergie”, mais je sais que ce genre de week-end de tournoi rappelle une vérité assez simple : en WTA, même quand tout va “à peu près”, il faut que ça tombe juste. Et si on parle d’ambition, je veux bien qu’on me montre la route — mais je préfère qu’on parle aussi de la façon dont les conditions de jeu pèsent réellement sur les athlètes. En tant que journaliste, je trouve que c’est là que le débat mérite d’aller, au-delà des points et des trophées.