lun. Juil 20th, 2026

Le navire océanographique français L’Atalante a récemment identifié les premiers mille fûts de déchets radioactifs au large des côtes galiciennes. Arrivé sur l’un des sites ciblés il y a une semaine, la mission scientifique Nodssum a utilisé, entre autres, le robot sous-marin Uly X, capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres, pour réaliser diverses analyses techniques. L’équipe a également prélevé des échantillons de faune et de sédiments dans une zone où, entre 1949 et 1982, environ 140 000 tonnes de déchets radioactifs ont été immergées dans des conteneurs en acier et béton. Le dernier déversement, effectué par les Pays-Bas, remonte à près de 43 ans.

La sous-déléguée du gouvernement en Galice, María Rivas, a salué cette mission à caractère international, mettant en lumière son objectif d’étudier les conséquences d’« un comportement d’il y a plusieurs décennies ». Elle a précisé que l’exécutif central surveillera de près les résultats afin de « prévenir et agir » en cas d’incident, et de prendre les mesures nécessaires.

Mercredi également, la députée européenne d’origine galicienne, Ana Miranda, a interpellé la Commission européenne, rappelant que celle-ci « n’a pas rempli sa mission concernant l’enquête sur ces déchets radioactifs de la fosse atlantique ». Elle souligne que c’est la quatrième fois qu’elle demande une investigation européenne, dénonçant qu’« il est impensable que la Galice ait accueilli les ordures nucléaires européennes sans qu’aucune mesure n’ait suivi de la part de l’Union ».

En 2017, à l’occasion du 35e anniversaire des derniers dépôts nucléaires en Galice, le média Praza.gal avait mené une enquête approfondie auprès d’une dizaine d’organismes internationaux et espagnols, qui s’étaient montrés incapables de confirmer si un programme de surveillance continue existait pour ces fûts de 140 000 tonnes de déchets radioactifs immergés entre 1949 et 1982. Le PSOE, le PP et le BNG avaient alors repris cette recherche, soulevant plusieurs initiatives parlementaires qui confirmaient qu’aucune surveillance, ni par l’Espagne ni par l’Union européenne, n’était mise en place concernant ces contenants, certains submergés depuis plus de sept décennies.

Après ces déclusions et remises à plus tard relayées par la presse nationale, c’est finalement la France qui a annoncé la première mission de surveillance des déchets de la fosse atlantique. Cette expédition scientifique, lancée le 15 juin dernier, vient d’identifier les premiers mille fûts lors de cette phase initiale de localisation et d’approche, avec des prélèvements réalisés sur place. Une deuxième phase, prévue pour 2026 mais encore sans date fixée, viendra compléter ce travail.

Le projet NODSSUM (Nuclear Ocean Dump Site Survey Monitoring), dirigé par Javier Escartín et Patrick Chardon et soutenu par le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) — l’équivalent français du CSIC espagnol —, réalise sa première campagne jusqu’au 11 juillet. Le robot sous-marin autonome UlyX, appartenant à la flotte océanographique française, localise les fûts et en prend des photographies, tout en collectant des spécimens d’animaux et des sédiments afin d’évaluer la radioactivité.

Selon les résultats de cette première étape, une seconde campagne, non datée pour l’instant, utilisera un sous-marin pour réaliser des prélèvements plus proches des fûts. Les objectifs sont de localiser précisément ces derniers, d’évaluer leur état, de mesurer la radioactivité dans l’eau, les sédiments et les organismes vivants, d’étudier leurs interactions et de comprendre les processus de transfert de radioactivité dans les profondeurs océaniques.

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Cette mission française se concentre sur un seul des une douzaine de sites de déversement recensés le long des côtes atlantiques européennes par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA). Selon l’inventaire officiel de cet organisme, dans cette zone située à environ 500 kilomètres au nord-ouest de Fisterra, quatre pays ont déposé des déchets nucléaires entre 1977 et 1982 : la Belgique (17 605,5 tonnes), le Royaume-Uni (14 141 tonnes), les Pays-Bas (13 696 tonnes) et la Suisse (3 151 tonnes). Divers autres points, plus proches des côtes galiciennes, ont également accueilli des quantités comparables de déchets.

Par ailleurs, les déchets étudiés actuellement sont les plus récents, déposés juste avant l’interdiction de ce type d’opérations, alors que dans d’autres sites, certains fûts ont été immergés il y a plus de 70 ans, ce qui peut entraîner un niveau de dégradation supérieur.

Réactions à l’enquête de Praza.gal

L’investigation menée par Praza.gal en 2017 sur l’absence de surveillance des fûts avait suscité des réactions dans plusieurs partis politiques et chez Greenpeace, dont les campagnes avec des pêcheurs galiciens à bord du navire Xurelo ont contribué à mettre fin aux rejets en 1982. Au Parlement européen, la Commission avait alors répondu, comme à plusieurs reprises à ce média de référence sur le sujet, que les déversements se situaient en eaux internationales et que les États membres n’avaient l’obligation de contrôler la radioactivité que sur leurs côtes, des procédures régulièrement supervisées par l’Union.

La Commission avait même indiqué, en réponse à une question de l’eurodéputé socialiste José Blanco, que le gouvernement de Mariano Rajoy ne jugeait pas nécessaire de surveiller ces déchets, malgré des désaccords internes entre plusieurs ministères sur les responsabilités.

Face à ces réponses, Ana Miranda a poursuivi ses questions, la dernière en date datant de cette semaine, pour connaître l’état de la supervision européenne sur la manière dont l’Espagne, via le Conseil de Sécurité Nucléaire (CSN), détecte la radioactivité sur ses côtes. Ce contrôle, effectué en octobre 2021, a donné lieu à un rapport publié en mars 2023. À cette occasion, la Commission européenne a garanti que les contrôles espagnols étaient suffisants, mais a insisté sur le fait que « la vérification des sites d’immersion dans la fosse atlantique sort du champ d’application » des normes européennes.

« La Commission a reconnu qu’elle ne disposait pas d’informations actualisées sur l’état des fûts et que ses derniers rapports sur les eaux de l’Atlantique Nord dataient de 1990 et 2003 », a rappelé Ana Miranda mercredi.

Faute d’initiatives concrètes de la part des divers organismes internationaux et nationaux consultés par Praza.gal, c’est donc la France qui prend désormais l’initiative d’étudier l’état de ces déchets radioactifs sous-marins.

Points à retenir

  • Entre 1949 et 1982, près de 140 000 tonnes de déchets radioactifs ont été immergées au large de la Galice, sans réelle surveillance depuis des décennies.
  • Malgré l’importance du problème, ni l’Espagne ni l’Union européenne n’ont mis en place de programme stable de contrôle, se déchargeant mutuellement des responsabilités.
  • La France, via une mission scientifique motivée par le CNRS, joue les pompiers en s’engageant sur ce dossier sensible, un choix louable face à l’apathie générale.
  • Les investigations actuelles restent limitées à un seul site sur une dizaine recensés, principalement celui avec des déchets relativement récents, alors que d’autres points plus anciens pourraient poser plus de risques.
  • La Commission européenne affirme que la surveillance des déchets immergés en pleine mer échappe à son cadre réglementaire, ce qui ressemble fort à un glissement sémantique pour éviter d’agir.

En somme, nous assistons à la répétition d’un même scénario : un problème environnemental grave et ancien, ignoré pendant des années par les autorités compétentes, puis pris en charge enfin par un acteur extérieur – en l’occurrence la France. Comme d’habitude, entre déni, lenteurs administratives et compétitions interminables sur les responsabilités, ce sont les fonds marins qui trinquent en silence. Mais après tout, pourquoi s’inquiéter ? L’océan est vaste, et les déchets, eux, attendent patiemment que quelqu’un daigne les regarder de plus près… Ou pas.


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