Les quatre principaux stands israéliens du Salon aéronautique de Paris ont fermé leurs portes après qu’ils ont refusé de retirer certaines armes exposées, a rapporté une source proche de l’événement.
Ces stands, occupés par Elbit Systems, Rafael, IAI et Uvision, ont été masqués par des cloisons noires à la demande des organisateurs, suite à une pression émanant du gouvernement français. Trois petits stands israéliens, sans matériel militaire visible, ainsi qu’un stand du ministère israélien de la Défense, restent cependant accessibles. Cet événement se déroule dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient.
D’après Reuters, cette consigne aurait été donnée par les autorités françaises après que les entreprises israéliennes eurent ignoré une demande émise par une agence de sécurité française leur intimant de retirer les armes offensives ou cinétiques exposées.
Organisé depuis 1909 par le Groupement des industries aéronautiques françaises, le salon se tient à Paris-Le Bourget, en banlieue nord-est, du lundi au dimanche.
Longtemps allié d’Israël, la France a durci son discours envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu, notamment en raison de ses actions à Gaza et ses frappes militaires à l’étranger. Le président Emmanuel Macron a réaffirmé vendredi dernier le droit d’Israël à se défendre, mais il a également appelé « toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à désamorcer la situation » en lien avec les frappes sur l’Iran.
Le ministère israélien de la Défense a dénoncé cet ordre en refusant de retirer les armements exposés, ce qui a poussé les organisateurs à ériger une cloison noire séparant les pavillons israéliens des autres exposants.
Dans un communiqué, le ministère a condamné cette décision « scandaleuse et sans précédent », qu’il attribue à des « considérations politiques et commerciales ». Selon eux, la France chercherait à cacher des armes offensives israéliennes qui concurrenceraient l’industrie française.
Boaz Levy, président et directeur général d’IAI, a comparé ces cloisons aux sombres heures où les Juifs étaient marginalisés en Europe, selon Reuters.
Dans la journée de lundi, des photos de l’AFP ont montré un graffiti jaune sur une paroi noire à proximité des stands, accompagné d’un dessin du drapeau israélien, avec ce message : « Derrière ces murs se trouvent les meilleurs systèmes de défense utilisés par de nombreux pays. Ces systèmes protègent l’État d’Israël ces jours-ci. Le gouvernement français, au nom de la discrimination, essaie de vous les cacher. »
Plus tard, cette cloison noire a été remplacée par une paroi blanche.
Deux personnalités politiques américaines républicaines présentes au Salon ont également critiqué cette décision. Sarah Huckabee Sanders, gouverneure républicaine, a qualifié ce choix d’« assez absurde », tandis que la sénatrice Katie Britt l’a jugé « à courte vue ».
Meshar Sasson, vice-président d’Elbit Systems, a accusé la France d’essayer d’entraver la concurrence malgré plusieurs contrats remportés par Elbit en Europe. « Si vous ne pouvez pas les battre technologiquement, cachez-les », a-t-il déclaré à Reuters.
La société Rafael a décrit cette mesure comme « sans précédent, injustifiée et motivée politiquement ».
Les organisateurs du Salon ont indiqué qu’ils tentaient de faciliter une issue favorable pour toutes les parties impliquées.
Points à retenir
- Les entreprises israéliennes refusent de retirer des armes malgré les demandes françaises, ce qui entraîne la fermeture masquée de leurs stands.
- La France, alliée historique d’Israël, montre des signes de fermeté face aux récentes opérations militaires israéliennes.
- Le ministère israélien de la Défense dénonce une décision politique qui masquerait la compétition industrielle.
- Le parallèle fait par le PDG d’IAI entre ces cloisons et des périodes sombres de l’histoire européenne apporte une dimension symbolique forte.
- Deux élues républicaines américaines, peu impliquées dans les subtilités diplomatiques européennes, jugent cette mesure « absurde » et « à courte vue ». Chacun son angle, en somme.
- La stratégie française pourrait également révéler une volonté de ménager ses propres industriels dans un secteur ultra compétitif.
Au final, cette situation illustre bien à quel point la géopolitique peut transformer un salon aéronautique en théâtre de tensions où l’on masque plus qu’on n’expose. Mais que serait donc un événement international sans ses cloisons et ses non-dits ? Il ne reste plus qu’à espérer que, derrière ces murs, on partage au moins un café… ou pas.