La BBC s’est rendue sur la côte française pour constater, preuves à l’appui, que Nigel Farage et le Coffee House n’exagèrent pas : oui, une crise migratoire sévit depuis plusieurs années sur les plages proches de Calais.
D’un côté, la Grande-Bretagne ne peut guère espérer d’aide d’Emmanuel Macron, pourtant réputé pro-migrants, contrairement à ce qu’avance parfois Keir Starmer.
Vendredi dernier, l’équipe de la BBC a rencontré une quarantaine de migrants, debout jusqu’à la taille dans l’eau. Ces personnes, originaires d’Érythrée, d’Afghanistan et d’ailleurs, n’étaient pas des baigneurs profitant de la canicule de juin, mais attendaient un « taxi-boat ». Ces embarcations multiples sillonnent la côte, ramassent les passagers et les conduisent à travers la Manche vers l’Angleterre. Selon la BBC, ce système de taxis maritimes semble donner un certain contrôle aux passeurs sur un processus qui auparavant était chaotique et dangereux.
Un contrôle accru rime avec efficacité, et donc avec un afflux plus important de « passagers » vers l’Angleterre. Cette année, plus de 16 000 personnes ont déjà traversé, soit une hausse de 42 % par rapport à la même période en 2024. Avec un temps qui s’annonce clément, ce chiffre pourrait encore grimper dans les mois à venir. Même Downing Street a reconnu mardi que la situation « se détériore ».
Autre constante dans cette crise migratoire : la France semble peu disposée à contrer ce flot humain. Pourquoi le serait-elle ? Il est dans l’intérêt de son gouvernement de transférer la gestion de ces migrants à la Grande-Bretagne.
En début d’année, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, avait affirmé vouloir modifier les règles d’engagement pour permettre à la police française d’intercepter les embarcations dans les eaux peu profondes. Rien n’a encore été concrétisé.
Mercredi matin, Retailleau s’est longuement exprimé à la radio sur l’immigration et la question de l’insécurité. Il n’a, cependant, jamais évoqué les petites embarcations en Manche. En revanche, il a insisté sur la nécessité de renforcer le contrôle des frontières françaises au sein de l’espace Schengen, c’est-à-dire limiter le passage d’immigrés illégaux venus notamment d’Italie, d’Espagne ou d’Allemagne. La Grande-Bretagne, elle, n’a pas eu droit à un mot.
Retailleau ne semble guère préoccupé par la situation britannique, et pourquoi le serait-il ? Comme beaucoup de conservateurs français, il estime que la crise migratoire outre-Manche est largement un problème britannique. En 2015, Xavier Bertrand, un de ses collègues du centre droit, avait déclaré que les migrants voyaient la Grande-Bretagne comme une utopie « parce qu’il y a du travail, et surtout, qu’on peut y travailler sans papiers ». Selon lui, le Royaume-Uni devait revoir ses règles concernant l’emploi des immigrés illégaux.
Candidat probable à l’élection présidentielle de 2027 pour le centre droit, Retailleau est favorable à un référendum sur l’immigration et critique vivement ce qu’il perçoit comme une justice à tendance de gauche. Pour le moment, cependant, il ne peut rien faire contre les passages clandestins en petites embarcations, alors pourquoi se mouiller ? Mieux vaut fermer les yeux et laisser les Britanniques gérer la difficulté eux-mêmes, cela préservera son image de « dur ».
Quant à Emmanuel Macron, malgré son image progressiste en matière de migration, il n’est pas près d’aider la Grande-Bretagne, quelle que soit la rhétorique de Keir Starmer. Lors du sommet du G7 au Canada, PM britannique et président français ont certes convenu de « travailler étroitement » pour freiner le flot des petites embarcations, mais on connaît la musique.
Rappelons qu’en 2023, Rishi Sunak avait versé 500 millions de livres au gouvernement français en échange d’une promesse de Macron de réprimer les traversées clandestines. Ce geste avait alors été présenté comme un « moment de réconciliation » entre les deux pays.
Comme l’a remarqué Donald Trump récemment, « qu’il le fasse exprès ou non, Emmanuel se trompe toujours ». Même remarque pour les Premiers ministres britanniques qui prétendent pouvoir résoudre la crise migratoire à chaque fois.
Points à retenir
- Le « taxi-boat », ce vocabulaire presque cool pour désigner un réseau de passeurs bien organisés, a permis d’accélérer la traversée de plus en plus nombreuse vers l’Angleterre.
- Alors que la France feint l’inaction, ses ministres cultivent une indifférence bien pratique, préférant éviter tout geste trop visible qui pourrait nuire à leur image politique.
- Le gouvernement britannique paye pourtant cher cette situation… mais les résultats restent décevants malgré les promesses autour d’une « collaboration étroite » franco-britannique.
- Les petites embarcations continueront vraisemblablement d’affluer tant que les conditions météo seront favorables et que la politique reste timide, voire inconséquente.
- Le débat sur l’immigration est plus que jamais un terrain politique complexe, mêlant ambitions présidentielles et calculs électoraux, sans vraie solution pour les migrants eux-mêmes.
En fin de compte, on assiste surtout à un ballet diplomatique où chacun fait semblant de « travailler ensemble » sans réellement changer les choses. Pendant ce temps, les petites embarcations traversent la Manche presque en toute impunité. Allez savoir si un jour cette situation évoluera autrement que par des coups d’éclat médiatiques. Mais entre nous, j’ai bien peur qu’on doive s’habituer à ce spectacle tristement répétitif, où l’indignation rime avec impuissance, pour un moment encore.