Red Eléctrica, la filiale de Redeia responsable du transport et de l’exploitation du réseau électrique en Espagne, a lancé cette semaine dans la province de Vizcaya les travaux du tronçon terrestre de la nouvelle interconnexion électrique avec la France, passant par le Golfe de Gascogne.
Ces travaux consistent à creuser deux tranchées de près de 1,5 mètre de profondeur sur une distance totale de 13 kilomètres.
Le tracé s’étend de la nouvelle station de conversion de Gatika jusqu’à son raccordement en mer, traversant les communes de Gatika, Maruri-Jatabe et Lemoiz, selon les informations communiquées par Red Eléctrica.
Le tracé a été conçu pour éviter à tout prix les zones urbaines, empruntant majoritairement des routes forestières et chemins existants.
À la fin des travaux, le site sera entièrement remis en état, ne laissant visibles que de petites chambres souterraines tous les 500 mètres.
Cette phase terrestre suit plusieurs mois de progrès qui ont permis de démarrer les travaux de la nouvelle station de conversion à Gatika.
Près de la côte, à Lemoiz, la perforation dirigée destinée au passage des câbles sous-marins est déjà en cours. L’installation des câbles devrait débuter d’ici un an pour se prolonger jusqu’en 2027.
Depuis le début du chantier, Red Eléctrica collabore étroitement avec les autorités locales afin de minimiser les perturbations des usages traditionnels des espaces concernés, tout en assurant une communication constante sur l’état d’avancement et les restrictions temporaires nécessaires.
Un projet durable et concerté
Le design de cette interconnexion a été élaboré via un processus transparent et participatif visant à obtenir le plus large consensus possible, tout en garantissant la meilleure solution technique, sociale et environnementale, comme le souligne Red Eléctrica.
Les traversées des routes, cours d’eau, ainsi que le passage sous-marin seront réalisés par forage dirigé, évitant tout impact direct sur l’environnement et les activités locales.
Le choix de l’emplacement pour la station de conversion de Gatika a privilégié la distance aux zones habitées et la protection de la flore environnante. Les bâtiments seront dissimulés par une végétation dense pour limiter leur impact visuel.
En outre, le projet prévoit la suppression de deux lignes électriques aériennes de 10 km entre Gatika et Lemoiz, réduisant ainsi l’empreinte visuelle du réseau et restituant au paysage son aspect naturel.
Par ailleurs, Red Eléctrica souligne que ce projet stimule l’économie locale en faisant appel à de nombreuses entreprises basques pour le travail et la fourniture.
Une liaison électrique transfrontalière
Ce projet relie les réseaux électriques espagnol et français via deux liaisons à 400 kV entre Gatika, en Vizcaya, et Cubnezais, près de Bordeaux, avec un parcours intégralement souterrain et sous-marin pour limiter son impact environnemental.
Depuis la côte de Lemoiz, l’interconnexion continue sur environ 300 km par un câble sous-marin en courant continu, sauf pour un court passage souterrain en France afin d’éviter le canyon sous-marin de Capbreton. Le réseau se prolonge ensuite sur 80 km à terre en France jusqu’à la nouvelle station de Cubnezais.
Il s’agit d’un projet qualifié de “stratégique” au niveau européen, cofinancé par Cinea, l’Agence exécutive européenne pour le Climat, les Infrastructures et l’Environnement.
Ce programme bénéficie de financements européens dédiés au transport, à l’énergie et à la lutte contre le changement climatique. Il a reçu le statut de Projet d’Intérêt Commun de la Commission et du Parlement Européens.
Porté conjointement par Red Eléctrica et RTE via Inelfe (une société détenue à parts égales), ce lien doublera la capacité d’échange électrique entre les deux pays, atteignant 5 000 MW.
Selon Red Eléctrica, il renforcera la sécurité et la qualité d’approvisionnement dans chaque réseau, facilitera l’intégration des énergies renouvelables conformément aux ambitions nationales et européennes, et améliorera l’efficacité globale, générant des économies redistribuées aux consommateurs.
Enfin, ce projet contribuera aux objectifs d’interconnexion essentiels à la consolidation d’un système électrique européen commun et à l’autonomie stratégique du continent.
Points à retenir
- Tranchées de 1,5 mètre creusées sur 13 km, évitant soigneusement toute zone urbaine, parce que personne ne veut se réveiller avec un trou devant sa porte.
- Une restauration minutieuse du site après travaux, avec seulement de petites « chambres » visibles tous les 500 mètres, autant dire quasiment invisibles.
- Perforation dirigée pour limiter l’impact écologique, ou comment creuser sans réveiller la nature ni les habitants.
- Suppression de lignes aériennes pour que les oiseaux (et les promeneurs) y voient un peu plus clair.
- Une collaboration locale bien rodée, parce qu’informer et déranger juste ce qu’il faut, c’est tout un art.
- Une liaison sous-marine longue comme un jour sans électricité (300 km) pour connecter en douceur deux mastodontes du réseau européen.
- Un cofinancement européen qui rappelle que, parfois, Bruxelles pense aussi à nos câbles électriques.
- Une ambition affichée d’autonomie stratégique européenne, histoire de ne plus dépendre du voisin… sauf quand il s’agit d’échanger de l’électricité.
En résumé, un projet qui coche toutes les cases du développement durable, de la concertation locale, et de l’innovation technique. Mais ne rêvons pas trop : entre les études, autorisations et travaux, il reste à voir si tout cela sera prêt à temps, et surtout si l’on parviendra à garder les promesses faites aux riverains. En attendant, je me demande combien de cafés il faudra pour tenir le rythme de cette formidable course contre le temps et les complications. Ce qui est sûr, c’est que l’électricité, contrairement à certains discours, n’attendra pas qu’on soit tous d’accord pour circuler.