lun. Juil 20th, 2026

La France adopte la série Netflix “Adolescence” pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la masculinité toxique

Après le Royaume-Uni et les Pays-Bas, la France intègre la série dramatique Adolescence dans le programme des collèges. Cette initiative vise à alerter les adolescents sur la toxicité de certaines représentations masculines et les risques liés aux contenus en ligne.

Le ministère de l’Éducation nationale proposera aux établissements cinq séances pédagogiques, construites autour d’extraits de la mini-série saluée pour son réalisme et son impact. Cette démarche intervient dans un contexte de débat international sur l’influence des discours misogyne et extrémistes sur les jeunes garçons, notamment via les réseaux sociaux.

La productrice de Adolescence, deuxième série anglophone la plus regardée sur Netflix avec plus de 140 millions de visionnages en date du 1er juin, a autorisé le gouvernement à utiliser les épisodes à des fins éducatives, a annoncé Élisabeth Borne, ministre de l’Éducation.

Lors d’une interview sur LCI, Élisabeth Borne a souligné que les extraits sélectionnés « illustrent de façon marquante la violence qui peut exister chez certains jeunes » et s’adressent aux élèves dès l’âge de 14 ans, avec un accompagnement pédagogique spécifique.

L’objectif est de sensibiliser à « la surexposition aux écrans, la banalisation de la violence sur les réseaux sociaux » et la diffusion d’idéologies masculinistes prônant la violence envers les femmes, a précisé la ministre.

Adolescence, diffusée depuis le 13 mars, raconte l’histoire d’un garçon de 13 ans arrêté pour le meurtre d’une camarade, après avoir été radicalisé par des contenus toxiques en ligne, semblables à ceux relayés par l’influenceur misogyne autoproclamé Andrew Tate.

Au Royaume-Uni, Netflix avait déjà mis la série à disposition des collèges en avril, accompagnée par des supports pédagogiques élaborés par une association spécialisée en éducation aux relations, une initiative louée par le Premier ministre Keir Starmer.

La Flandre, région néerlandophone de Belgique, utilise également Adolescence dans ses écoles secondaires. Cieltje Van Achter, ministre flamande des médias, souligne que la série met en lumière « comment l’influence numérique et la solitude peuvent dévier certains jeunes lorsqu’ils manquent de soutien » et insiste sur la nécessité d’accompagner enseignants et élèves dans ces discussions.

Aux Pays-Bas, grâce à une proposition parlementaire conjointe, la série fait son entrée dans les collèges, avec des outils pédagogiques développés en partenariat avec Netflix et un institut d’études des médias. Ces ressources abordent l’impact des influenceurs sur les réseaux sociaux et la pression des pairs.

Barbara Kathmann, députée à l’origine de cette démarche, explique que diffuser la série en classe permet « de créer un espace sûr pour en débattre, renforcer la résilience des jeunes et les protéger des dérives de la ‘manosphère’ et de ses effets néfastes ».

Eppo van Nispen tot Sevenaer, directeur de l’institut Beeld en Geluid, estime que Adolescence est « l’outil idéal » pour faire réfléchir les adolescents sur un univers digital qui leur échappe souvent et dont les adultes peinent à comprendre l’ampleur.

Jack Thorne, co-scénariste de la série, assure que le projet a été pensé pour « susciter le débat » et pose la question : « Comment enrayer cette crise grandissante ? » Il se réjouit que la série puisse désormais être utilisée en milieu scolaire, ce qu’il n’aurait jamais imaginé.

Points à retenir

  • La série Adolescence s’impose désormais comme un support pédagogique officiel en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Belgique francophone, preuve du poids des contenus audiovisuels dans l’éducation contemporaine.
  • Elle aborde des sujets difficiles : violence juvénile, radicalisation, masculinisme et influence des réseaux sociaux, un cocktail explosif que nos systèmes éducatifs tentent de décoder.
  • Les autorités scolaires reconnaissent la fracture entre le monde des adultes et celui des adolescents, surtout face à l’univers numérique souvent opaque pour les enseignants.
  • Le choix d’une fiction Netflix souligne l’importance croissante des plateformes de streaming dans le champ éducatif, dynamique qui interpelle sur la frontière entre divertissement et instruction.
  • Le phénomène de la “manosphère” et des influenceurs toxiques ne fait qu’amplifier la nécessité d’interventions pédagogiques ciblées pour déminer ces discours auprès des jeunes.

Au fond, on admire la bonne volonté derrière cette initiative, même si l’on peut s’interroger sur la capacité réelle des écoles à endiguer ces fléaux numériques avec cinq petites séances. Peut-être est-ce la preuve que nous assistons à une bataille culturelle dont les armes sont des séries Netflix et des cahiers pédagogiques — et non des discours convenus ou des règles claires. Mais bon, rêvons un peu, on finira bien par éduquer ces ados accros à leurs écrans, à moins que… la réalité ne soit bien plus tenace que la fiction.


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