La France s’impose comme une destination privilégiée pour Txema Indias, le nouveau directeur sportif du Real Zaragoza. L’expert basque puise régulièrement dans le vivier français pour renforcer ses équipes, qu’il s’agisse de joueurs nés en France ou de ceux ayant une expérience significative dans les deux premières divisions hexagonales. Pendant son passage de dix ans à la tête de la planification sportive du Leganés, plus d’une dizaine de footballeurs aux profils liés au football français ont rejoint le club.
Les allers-retours d’Indias et de son bras droit au Leganés, Toni Acosta, en France ont été fréquents, même si certains transferts ont finalement été conclus en Espagne plutôt que de l’autre côté des Pyrénées. C’est par exemple le cas du défenseur central algérien Carl Medjani, recruté pour la saison 2016-2017 en provenance du Levante, après une longue carrière en clubs français avec plus de 300 matchs au compteur. Malgré son parcours, ses performances n’ont pas répondu aux attentes, à l’instar de Claudio Beauvue, attaquant français signé un an plus tard en provenance du Celta Vigo mais suivi de près par Indias grâce à son riche vécu dans le championnat français. Il n’a inscrit que trois buts en une saison.
Un autre attaquant, l’Argentin Guido Carrillo, a débarqué à Butarque lors de la saison 2018-2019, fort d’un bon rendement à Monaco qui avait d’ailleurs convaincu Southampton de dépenser 22 millions d’euros pour l’attirer. Ses débuts en Premier League furent décevants, ce qui a permis à Indias d’obtenir son prêt. Carrillo a inscrit seulement sept buts en deux saisons passées en Liga avec le Leganés.
Medjani, Neyou, Carrillo, Abzi, Giraudon, Beauvue, Rosier, ainsi que les Espagnols Rubén Pardo et Sergi Palencia, tous liés à la France soit par leur carrière ou leurs transferts.
Parmi ces joueurs, on trouve aussi des Espagnols. Rubén Pardo a rejoint le club en 2020, venu du Girondins de Bordeaux, et a disputé plus de cent matchs avec Leganés. Sergi Palencia, latéral droit, a également évolué au Girondins et à Saint-Étienne avant de passer par Butarque. Le défenseur Jimmy Giraudon est arrivé en janvier 2022 en provenance de Troyes, tandis que Neyou, prêté par Saint-Étienne, est un titulaire régulier qui termine son contrat cette année. Le latéral gauche Abzi a été recruté pour la saison 23-24, tandis que Rosier a signé l’été dernier, après un bon passage au Dijon et au Nice, en provenance de Besiktas. Enfin, le défenseur central Porozo, prêté par Troyes, n’a quasiment pas joué avant de partir en janvier vers Jalisco.
Mais ce sont sans doute les deux recrues phares du club qui correspondent le mieux à ce profil : Martin Braithwaite et Sébastien Haller. Le premier, après d’excellentes performances à Toulouse, a attiré l’attention de la Premier League. Leganés l’a acheté pour 5 millions d’euros au Middlesbrough, puis le FC Barcelone l’a acquis pour 18 millions lors d’une opération controversée pendant la pandémie en 2020. Haller, attaquant français naturalisé ivoirien, est arrivé en prêt depuis Dortmund lors du dernier jour du mercato estival précédent, mais n’a disputé que neuf matchs avant d’être prêté à Utrecht après seulement quatre mois à Butarque.
Braithwaite, avec son passage remarqué à Toulouse, et Haller, malgré son brassage international, illustrent parfaitement les paris parfois réussis, parfois ratés d’Indias.
Si Indias et son équipe maintiennent cette habitude, le marché français continuera d’être une pépinière pour le Real Zaragoza, qui a d’ailleurs joué cette carte récemment sous la houlette de Juan Carlos Cordero. C’est ainsi que le gardien Poussin, recruté l’été 2023 en provenance du Girondins, et Quentin Lecoeuche, libre après son contrat à Valenciennes en Ligue 2, ont rejoint le club aragonais.
Points à retenir
- Le marché français bénéficie d’une attention particulière chez certains directeurs sportifs, notamment Txema Indias, qui y trouve souvent des joueurs à profil intéressant.
- La réussite des joueurs recrutés de France est variable, entre coups francs et flops retentissants.
- Certains joueurs étrangers semblent plus brillants sur le papier que sur le terrain, mais leur expérience française reste un critère important.
- L’influence de la Ligue 1 et de la Ligue 2 est perceptible jusque dans les clubs de deuxième zone en Espagne, preuve d’une certaine valeur marchande européenne.
- rares sont les choix sans risque dans ces opérations, mais on note que certains joueurs viennent seulement d’Espagne malgré une carrière française — le monde du foot est un petit village.
En résumé, ce passionnant manège franco-espagnol révèle la difficulté de faire des paris sûrs dans un football où le rendement d’un joueur est une loterie à long terme. Le football moderne ne récompense pas toujours la sagesse, mais plutôt la prise de risque savamment calculée — ou pas. Avec toute cette stratégie franco-espagnole, on pourrait peut-être ouvrir une agence de voyages pour directeurs sportifs. Qui sait ? À moins que tout cela ne soit qu’un éternel recommencement… mais qu’importe, tant qu’il y a du spectacle.