Transformer Sydney Sweeney en Christy Martin a nécessité beaucoup d’efforts, mais peu de larmes. Dans le biopic réalisé par David Michôd, qui retrace l’histoire de cette pionnière de la boxe féminine des années 1990, la réalité des combats de Martin est largement représentée. Sweeney, désormais une icône, a été vue à plusieurs reprises recevoir des coups sur la tête. Et c’était bien réel.
“Oh oui, tout était authentique. Pour chaque combat, nous étions réellement en train de nous frapper,” raconte Sweeney, 28 ans, avec légèreté. “J’ai eu des commotions, et il y a eu du sang.” Les commotions étaient-elles effrayantes ? “Pas du tout, j’adorais ça !” Décrit-elle, évoquant sa partenaire dans le ring, Laila Ali, fille de Muhammad Ali, qui lui a infligé sa première commotion. Sweeney a ressenti un véritable esprit de combat: “C’était tellement exaltant. Pendant les pauses, je disais : ‘Je pense que j’ai gagné ce round !’”
Sweeney, apparemment libérée de la production pendant les combats, avait tout de même un soutien lors de sa préparation physique. Pour atteindre le poids de Martin — “135 à 137 lbs” — elle a pris du poids, partageant sa collation énergétique, des Uncrustables, avec son co-star Ben Foster, qui, lui, avait un penchant pour les burritos afin de ressembler au mari promoteur de Martin. “Je pense que c’était la deuxième semaine lorsque Syd est venue me toucher le double menton. Elle a trouvé que le prothétique était très réussi. Je lui ai répondu : ‘Ce n’est pas une prothèse’. Quelle victoire !”
Sweeney et Foster se trouvent ensemble dans un hôtel surplombant la Tamise, au moment où ils assistent à la première du film au festival de Londres. Ils sont accompagnés par Michôd et sa co-scénariste Mirrah Foulkes. Le film se veut un témoignage subtil d’une relation abusive, où Jim, le mari de Christy, est un manipulateur, cherchant à bénéficier de sa position de manager. Pour Michôd, l’attrait principal du projet résidait dans l’exploration de ces relations toxiques.
Une fois qu’il a découvert l’histoire de Martin par le biais d’un documentaire captivant, il s’est rendu compte de la complexité de son personnage. “Comment cette athlète survoltée pouvait être à la fois très douce et vulnérable,” dit-il. Bien que Martin ait été impliquée dans le projet, il a fallu gagner sa confiance au départ, après une première impression qu’elle avait de Hollywood similaire à celle qu’elle avait des ‘gangsters’ de la boxe.
Sweeney, lorsque elle a reçu le scénario, ne savait pas qui était Christy Martin. Mais elle a vite compris qu’elles partageaient des luttes similaires, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du ring. “C’est complexe de grandir en tant que femme, de tracer sa propre voie,” explique Sweeney. Elle réussit à jouer un personnage qui, au départ, est robuste et sympathique tout en développant une carrière de boxeuse. Cependant, sa popularité soulève des aspects moins flatteurs, notamment son attitude vis-à-vis d’autres boxeuses et des femmes en général.
La transformation de Sweeney a suscité des controverses, en particulier avec une récente publicité qui a été mal interprétée. “Je pense que c’est fascinant, je suis toujours moi-même. Mais ce que les autres mettent sur moi est incontrôlable,” déclare-t-elle. “Je fais de mon mieux pour rester authentique.” Alors que Christy Martin naviguait dans un monde de boxe difficile, elle a adopté une posture controversée, souvent en opposition avec le féminisme, justifiée par la dureté de son sport.
Pour Sweeney, la connexion émotionnelle à son personnage reste intacte, même si elle n’a pas reverdi dans la peau de Christy depuis la fin du tournage. Elle est désormais dans une autre production, retournant à son ancien état esthético-physique après avoir incarné un personnage fort.
Le film “Christy” oscille entre des moments émouvants et des scènes dérangeantes, illustrant la déchéance de Jim qui, bien qu’il ait peu de qualités, emballe les spectateurs. Foster, interrogé sur le personnage de Jim, admet que comprendre son obsession de contrôle est un défi, mais il reste convaincu que beaucoup de comportements manipulateurs sont le reflet d’une fragilité sous-jacente.
Au final, Sweeney rappelle que son objectif principal était de rendre hommage à Christy, et non à la gloire personnelle. “Ce qui compte pour moi, c’est que Christy soit heureuse,” conclut-elle.
Points à retenir
- La performance physique de Sydney Sweeney a nécessité des ajustements impressionnants, en prenant du poids pour jouer Christy Martin.
- La complexité de la boxe féminine est mise en lumière tout au long du film, abordant des thèmes de manipulation et d’abus.
- Les perceptions du public sur les femmes dans le sport continuent de provoquer des débats.
- Le film explore les nuances des relations, souvent juxtaposées à des luttes formidables.
- Malgré un parcours difficile, Sweeney se concentre sur la vérité de sa propre représentation.
En fin de compte, en tant que journaliste, je me demande comment les récits médiatiques façonnent notre vision des femmes fortes. Christy Martin, par son parcours tumultueux, soulève des interrogations sur leurs luttes, leurs combats, et ce qu’elles représentent réellement dans nos sociétés contemporaines. L’art de raconter des histoires n’a jamais été aussi crucial, et je suis convaincu que des récits comme ceux de Martin méritent d’être entendus. Ce film pourrait être un début, mais il reste encore tant à explorer.