« Toutes les bandes étaient là : des cambrioleurs, des gangsters, des hooligans de football, avec un point commun – ils venaient de Salford »

Le 9 septembre 1994, un combat de boxe très attendu pour le titre mondial a tourné au chaos, éclipsant complètement l’action sur le ring. Nigel Benn affrontait Juan Carlos Giminez, un boxeur paraguayen, pour la ceinture mondiale des super-moyens à la NEC Arena de Birmingham.
Au sommet de sa puissance, Benn défendait son titre sous les yeux de millions de téléspectateurs sur ITV. Mais en coulisses, les promoteurs étaient en alerte maximale.
Dans la même soirée, le combat principal de la catégorie des poids super-welters opposait Steve “The Viking” Foster, un boxeur très populaire originaire de Salford, à Robert McCracken de Birmingham. Ces deux athlètes réunissaient des foules passionnées, mais aussi des groupes aux affiliations troubles au hooliganisme footballistique.
Foster rassemblait « les Vikings », des supporters issus des gradins d’Old Trafford, ainsi que des pubs et quartiers populaires de Weaste, Ordsall et Cheetham Hill, connus pour leurs actes de vandalisme, comme pousser des voitures en feu dans le canal de Manchester. Du côté de McCracken, une partie de ses fans venait du redouté groupe des Zulu Warriors, firmes attachées au club de Birmingham City.

Plus de 1 100 supporters de Salford auraient fait le déplacement à Birmingham. Dans ses mémoires The Men in Black, l’ancien hooligan notoire du Manchester United Tony O’Neill compare ce déplacement au plus grand exode depuis les grands travaux de démolition des taudis. « Toutes les bandes étaient là : cambrioleurs, gangsters, hooligans de foot, unis par leur origine de Salford », raconte-t-il. « Plusieurs cars partaient du pub Ashley Brook, d’autres du Woolpack dans le centre de Salford, ou encore de l’enceinte des Vikings du Priory. Tous étaient ivres, mais capables de se battre. »
Face à un tel climat, les organisateurs ont pris des mesures inédites : fermeture anticipée des bars et séparation des groupes de supporters – une première dans l’histoire de la boxe britannique. Malheureusement, cela n’a pas suffi à calmer les tensions, qui ont rapidement dégénéré dans les couloirs et espaces communs de l’arène, avant d’envahir le plateau principal dès le début du combat Benn-Giminez.

Alors que des milliers de personnes regardaient depuis chez elles, des spectateurs pris de panique fuyaient tandis que des projectiles, notamment des chaises, volaient. En direct, le présentateur Gary Newbon décrivait la scène comme un « cauchemar pour les organisateurs ». Il expliquait : « Ça fait toute la soirée que ça bouillonne, avec des bagarres dans les bars. Tout cela autour du combat pour le titre national des super-welters entre Robert McCracken et Steve Foster. Les supporters de McCracken, des fans de Birmingham City, s’affrontent avec ceux de Foster, venus de Manchester United. »
Selon O’Neill, « les Zulu Warriors sont remontés depuis leur tribune, traversant les sièges provisoires, pour attaquer les supporters de Salford. Ces derniers ripostaient avec des sièges en plastique et des supports métalliques. La bagarre a viré à la mêlée générale, sauvage et brutale. »
Fred Adams, un employé de British Gas âgé de 55 ans, se trouvait parmi la foule mêlée au chaos. Il confiait au Birmingham Mail : « La tension était palpable dès le début, comme un volcan prêt à exploser. On entendait des cris, certaines personnes sont allées voir ce qui se passait puis sont revenues en courant et hurlant quand la bagarre a éclaté. Les chaises volaient de partout. On a dû fuir vers une sortie, et quelques minutes après, nos propres sièges étaient lancés sur d’autres. »

Face au chaos grandissant, les autorités ont menacé d’interrompre le combat. Mais Max McCracken, frère de Robert et ancien boxeur professionnel, est monté sur le ring pour calmer les esprits. Puis la police anti-émeute a pris le contrôle, permettant enfin le retour au calme.
Avec les sièges retirés, les spectateurs durent rester debout autour du ring. Le combat principal put finalement reprendre et Nigel Benn obtint une victoire unanime aux points, conservant son titre mondial.
Très en colère, Benn a laissé entendre qu’il pourrait quitter la Grande-Bretagne pour combattre aux États-Unis : « Mon esprit était hors du ring, cette violence a brisé ma concentration. Je n’avais jamais vu ça, ni en boxe, ni au foot. Ce n’étaient pas mes supporters, et je n’ai jamais eu de problèmes avec eux auparavant. Je suis vraiment déçu. Je vais réfléchir à tout ça avec mes proches, et peut-être partir aux États-Unis pour mes prochains combats. »

Robert McCracken s’est également insurgé contre ce déchaînement de violence : « Ça doit cesser. Le combat doit rester sur le ring, pas ailleurs. C’est tragique. Je connais beaucoup de ces gens et on va discuter pour que cela ne se reproduise plus. »
Quant au promoteur Frank Warren, il ne mâche pas ses mots : « Ce sont des raclures qui n’ont rien à voir avec la boxe. Ils s’échauffaient mutuellement, c’était la pire scène à laquelle j’ai assisté. Si c’était des équipes de foot, elles auraient été condamnées à jouer à huis clos. »
Au final, sept personnes ont été blessées lors de cette nuit qui reste l’une des plus noires de l’histoire de la violence dans le public de la boxe britannique. La police a lancé de multiples appels pour retrouver les coupables, et huit hommes de Birmingham et Solihull furent inculpés pour troubles à l’ordre public.
Un triste épisode qui montre combien le chemin vers un sport vraiment populaire et pacifié est encore long.
Points à retenir
- Un combat de boxe mondialement suivi a été largement éclipsé par une violente émeute entre supporters rivaux.
- Les fans mêlaient des groupes de hooligans liés aussi bien au football qu’à des activités criminelles.
- Malgré des mesures inédites de sécurité comme la fermeture anticipée des bars et la séparation des fans, la violence a éclaté partout dans l’arène, sur les gradins et même sur le ring.
- Les chaises ont servi d’armes improvisées, détruisant le décor et augmentant le chaos.
- La police a dû intervenir et le combat a été interrompu avant de reprendre sous tension extrême.
- Les deux boxeurs – bien qu’ayant des fans mêlés à la bagarre – ont condamné fermement les événements.
- Le promoteur a pointé du doigt des fauteurs sans lien avec la boxe, évoquant des sanctions à la manière du football.
- Plusieurs blessés ont été recensés, ainsi que des poursuites judiciaires à l’encontre des instigateurs.
À bien y réfléchir, on pourrait se demander si la séparation des supporters n’a pas simplement déplacé la poudre mais pas éteint l’incendie. Apparemment, dans ce genre d’arène, la passion et la violence tiennent à un fil qui ne peut être tranché avec un simple rideau de sécurité. Mais bon, rien de tel qu’un peu de chaos bien organisé pour pimenter une soirée de boxe… ou pas. Alors, qui saura vraiment un jour marquer un coup décisif contre ces bandes hors contrôle ? Moi, j’attends de voir, avec mon popcorn.