Au-delà du fait que Jonas Vingegaard n’a pas pu rester au niveau de Tadej Pogačar — et qu’il a même dû lâcher prise au début face à Isaac del Toro après son lancement —, Visma – Lease a Bike ne peut pas tirer de conclusions positives de la 6e étape du Tour de France 2026. Une équipe terne, sans véritable influence, incapable d’imprimer une dynamique à la course. Au Tour, il y avait une chose qui tenait encore debout, même quand le Danois avait connu des revers en 2024 et 2025 : le collectif capable de répondre présent. Cette fois, ce n’était même plus là.
Le jour le plus sombre de Visma : les raisons d’une baisse annoncée
Comme on l’anticipait à plusieurs reprises, les jambes du Giro allaient se faire sentir dès lors qu’une partie de l’équipe venait de là-bas. Ni Victor Campenaerts — qui s’est accroché pendant plusieurs kilomètres avec une échappée qui ne menait nulle part — ni Davide Piganzoli n’ont réussi à créer un impact décisif. Quant à Matteo Jorgenson, il n’a pas retrouvé le niveau de l’édition 2024 : il a fait pâle figure.
L’équipe qui jouait l’offensive s’est transformée en simple figurant, broyé par le rythme de l’UAE, qui a progressivement pris le contrôle du scénario.
Et cela va au-delà de la question — difficile à ignorer — des cartes que Visma peut jouer avec Del Toro.
« Je suis très déçu, oui. On avait plus d’espoirs, on attendait plus, mais je pense que c’était une course assez juste. Tadej a montré un niveau très élevé », a déclaré le directeur sportif Marc Reef à IDLProCycling.
« Jonas aussi. On est fiers de le voir se battre jusqu’au bout, même si l’écart devenait de plus en plus grand. Jonas a tout donné et a combattu jusqu’au final. À ce moment-là, il n’y a plus de communication possible. Il est clairement arrivé à sa limite : s’il avait pu aller plus fort, il l’aurait fait », a ajouté le dirigeant.
Le rythme de Vingegaard
Voir la mécanique de Visma s’éteindre progressivement n’a rien d’une surprise. C’était une baisse annoncée, presque mécanique. L’UAE s’est renforcée au fil des défaites de Pogačar en 2022 et 2023, en ajoutant des coureurs capables de faire basculer une course. De son côté, Visma n’a pas fait assez, et n’a pas le remplaçant équivalent à Del Toro, tel qu’on le voit chez l’UAE.
Oui, on peut se dire qu’il n’existe pas d’équipe capable de rivaliser avec ce Pogačar — parce qu’il n’y a simplement pas de coureur pour le suivre. Mais le problème, dans le cas de Visma, comme on l’a vu sur l’étape 6, ce n’est pas seulement l’absence de leader : c’est l’absence d’équipe, tout court.
Marc Reef a souligné que Vingegaard a pris la bonne décision au moment où Pogačar a attaqué avec force au Tourmalet, avec son coéquipier Isaac Del Toro. Pendant un temps, on a cru à une double frappe inédite de la formation UAE Team Emirates-XRG. Sauf que Del Toro n’a pas tenu la cadence. Cela a permis à Vingegaard de revenir, puis de dépasser le Mexicain.
« Jonas a choisi très correctement sa propre cadence. Cela lui a permis de rester au contact pendant longtemps », a expliqué Reef.
« On voulait un relais après le Tourmalet »
« Le fait qu’il ait finalement fallu laisser filer Pogačar dit tout », a-t-il ajouté. Reef a précisé que les plans ont été contrariés lorsque l’UAE n’a pas laissé un seul coureur Visma aller à l’avant.
« On voulait pouvoir compter sur du soutien après le Tourmalet, mais évidemment l’UAE a appris de ce qui s’est passé ces dernières années. On aurait aimé, mais ce n’a pas été possible. »
Alors, quel plan pour la suite du Tour ? « Il faut être réalistes, mais aussi combatifs. On va analyser tout ça, et on est encore à la 6e étape du Tour de France. Il reste beaucoup à faire : quinze étapes, et plusieurs moments clés à venir. »
« Cette étape était de celles qui font mal. On a pris un coup. Si Pogačar maintient ce niveau, ce sera un gros défi. Mais c’est un défi qu’on a envie d’affronter », a conclu le directeur sportif.
Points à retenir
- Le Giro laissé trop récemment dans les jambes : ça se sent, et pas qu’un peu — le rythme n’attend personne.
- Sur l’étape 6, Visma n’a pas seulement perdu face à un coureur, elle a perdu l’organisation collective qui permet d’absorber les attaques.
- Quand l’UAE contrôle l’avant, les échappées “idéales” se transforment vite en excursions sans effet… et le peloton passe à l’addition.
- Del Toro a bien lancé quelque chose au Tourmalet, mais la tenue de course n’a pas suivi : parfois, c’est la différence entre “plan” et “réalité”.
Et si on se projette, je pense que la vraie question pour Visma n’est pas seulement de “répliquer Pogačar”, mais de retrouver une identité de course : imposer un tempo, créer des options, et remettre du collectif là où il a semblé décrocher.
En tant que journaliste, je le dis avec conviction : un Tour n’est pas seulement une vitrine pour les stars, c’est un révélateur de dynamique d’équipe. Et quand cette dynamique s’effondre, le public le ressent — comme on le fait, aussi, avec notre responsabilité de raconter le sport tel qu’il se joue vraiment.