Ce dimanche, lorsque Tadej Pogačar montera sur la plus haute marche du podium aux Champs-Élysées, l’image aura aussi une portée très locale : Jaume Collboni sera présent. Le maire de Barcelone remettra à son homologue d’Édimbourg, Robert Aldridge, le trophée symbolisant la ville organisatrice du Grand Départ 2027. L’Écosse y goûtera avec ce mélange bien connu de fierté et de pression : accueillir le Tour, c’est une fête… mais il faudra ensuite faire au moins aussi bien que lors du lancement de l’édition 2026 en Catalogne.
Le Tour s’achève toujours avec ses histoires de jambes qui explosent (ou qui brillent), ses victoires attendues, et aussi la frustration de ceux qui n’ont pas atteint leurs objectifs. À Barcelone, toutefois, l’ambition ne s’arrête pas au ruban final : la ville veut transformer l’héritage de la Grande Boucle en retombées concrètes, pas seulement dans la capitale du Grand Départ, mais sur l’ensemble de la Catalogne. Pendant l’épreuve, plus d’un million de personnes se sont déplacées, dans les rues, les villages et sur les routes, pour voir passer les coureurs — avant même le spectacle, forcément très bruyant, de la caravane publicitaire qui a offert plus de deux millions de cadeaux aux spectateurs.
Le modèle de Bilbao à l’épreuve des chiffres
Barcelone espère dépasser les résultats obtenus par Bilbao et le reste du Pays basque lors de l’accueil du départ du Tour en 2023. À l’époque, une étude menée après l’événement avait évalué à 103 millions d’euros le retour généré pour l’économie basque. Pour Barcelone, un travail du même type est annoncé : l’étude commandée par la mairie doit être finalisée dans quelques mois. En attendant, les organisateurs se disent confiants : en Euskadi, trois ans plus tôt, on parlait d’un ratio d’environ 8 euros retournés dans l’économie locale pour 1 euro investi.

Un héritage en trois axes
L’héritage du Tour à Barcelone se décline autour de trois priorités. D’abord, renforcer l’usage du vélo comme moyen de mobilité : pas seulement en améliorant les pistes cyclables existantes, mais aussi via des programmes d’apprentissage et de perfectionnement prévus dans plusieurs parcs de la ville, destinés en particulier aux enfants. L’objectif est clair : habituer les plus jeunes à utiliser le vélo dans la vie urbaine, comme on le voit dans d’autres villes européennes — de quoi rendre la balade plus naturelle et, accessoirement, moins risquée.
Le vélodrome remis au goût du jour
Deuxième volet : une enveloppe d’un million d’euros prévue pour la prochaine législature, avec les élections municipales en mai 2027, afin d’améliorer et de réhabiliter le Vélodrome d’Horta. L’option envisagée va vers une ouverture partielle ou totale, selon les décisions finales. Une étude architecturale doit encore recevoir un feu vert définitif. La volonté : permettre une utilisation pour la technification cycliste, et aussi accueillir plus tard de grands événements internationaux sur piste, afin de maintenir Barcelone dans la course aux grandes dates sportives.
Dans cette logique, la mairie souligne aussi une dynamique de coopération avec le Fútbol Club Barcelona, notamment autour d’événements majeurs programmés sur plusieurs années : finale de la Ligue des champions masculine en 2029, candidature pour une finale de Coupe du monde en 2030, puis finale féminine en 2031 au même endroit. Bref : quand on parle d’“héritage”, on parle aussi de calendrier.
Sur le terrain, le Tour a aussi servi d’accélérateur d’infrastructures. David Escudé, conseiller municipal aux sports de Barcelone, explique que le passage de la course a contribué à avancer la réfection de plusieurs rues : “un chantier qui aurait été fait plus lentement, et que le Grand Départ a permis d’achever dans un temps très court”. Dans l’imaginaire collectif, le Tour dure trois semaines ; en réalité, ses effets peuvent se traduire en plannings plus nerveux.
Ripollès et Cerdanya : le détour qui devient destination
Le Tour a également laissé une intention touristique autour des comarques du Ripollès et de la Cerdanya. L’idée : utiliser la dynamique médiatique pour positionner ces territoires comme une destination de cyclotourisme de qualité. Lors de l’étape en Gérone, les efforts auraient été coordonnés entre les différentes forces politiques catalanes, au-delà des différences idéologiques — ce qui, avouons-le, est plutôt rare pour être noté dans un coin de mémoire.
Xavi Paz, maire de Molins de Rei, insiste aussi sur un principe : faire du Tour un point de repère pour pousser le territoire à renforcer l’usage du vélo et le respect des mobilités durables. Même logique à l’approche de la ville de Tarragone, où l’organisation évoque une mobilisation massive, autour de 80 000 personnes, et un impact économique chiffré à environ un million d’euros lié au retour local. Là encore, l’événement devient un argument de développement, pas juste une parenthèse.
Les clubs : le carburant du futur
Enfin, côté clubs, le Grand Départ est présenté comme un levier pour dynamiser le cyclisme de base chez les plus jeunes. Andrés Tigero, président de l’Esport Ciclista Sant Andreu, voit dans cette vitrine un moyen de renforcer l’enracinement du cyclisme local. L’événement de préparation, notamment autour de la présentation de la course devant la Sagrada Família le 1er juillet, a été décrit comme un moment marquant pour les passionnés de la discipline à Barcelone.
Points à retenir
- Barcelone prévoit de capitaliser sur l’événement avec une logique d’héritage : mobilité, équipements et animation territoriale.
- Le vélo n’est pas seulement un “thème Tour” : des actions d’apprentissage sont prévues, notamment pour les enfants, parce que commencer jeune évite de commencer tard (et mal).
- Le Vélodrome d’Horta fait partie du plan, avec un budget annoncé d’un million d’euros — en espérant que la paperasse n’ait pas le dernier mot.
- Le calcul du retour économique est attendu avec un certain sérieux : Barcelone veut mesurer comme l’a fait Bilbao, avec des ratios qui donnent envie… et qui engagent.
- Sur le plan régional, le passage du Tour sert de tremplin touristique pour le Ripollès et la Cerdanya, façon “le détour vaut le voyage”.
Au fond, ce que raconte cet héritage, c’est une question simple : est-ce que le sport de haut niveau sait aussi laisser des traces utiles au quotidien ? Pour ma part, je le pense — à condition de ne pas s’arrêter à la photo, ni au calendrier officiel. Si Barcelone veut vraiment transformer l’élan du Tour en bénéfices durables, elle devra continuer à investir, mesurer, et surtout rendre ces projets tangibles pour celles et ceux qui vivent la ville tous les jours. Et en tant que journaliste, je trouve justement que c’est un débat à défendre : le cyclisme, ce n’est pas uniquement une victoire, c’est une manière de considérer l’avenir.