Desiree Scott, figure emblématique du football féminin canadien, passe d’abord de la réussite en tant que joueuse à un rôle clé dans le front office de la ligue naissante. Après une carrière longue et couronnée de médailles, dont l’or olympique à Tokyo 2021, elle rejoint l’expansion du championnat canadien: une équipe de Winnipeg, dont le nom sera dévoilé l’an prochain, sera lancée dans la première édition de la NSL, la Northern Super League, premier cursus professionnel féminin au Canada.
Au moment où la NSL entre dans sa deuxième saison, Scott revient dans le paysage sportif sous une autre casquette — cette fois comme vice-présidente de l’expérience communautaire et des joueuses pour le club en expansion de Winnipeg. Cette année, la ligue poursuit son développement après avoir connu une première année marquée par l’enthousiasme des fans et l’appétit des partenaires financiers.
La ligue attire des investissements importants: le cabinet de capital-investissement privé APEX a annoncé un engagement pouvant atteindre jusqu’à 30 millions de dollars canadiens, destinés en partie au financement de l’équipe expansion de Scott. L’objectif de la NSL, selon ses responsables, est de devenir un pilier du système footballistique canadien, afin que les sportives puissent évoluer professionnellement dans le pays et éviter de devoir partir à l’étranger pour jouer au plus haut niveau.
Canada a toujours été une terre fertile en talents, avec des joueuses qui ont marqué l’histoire au niveau national et international. Des joueuses comme Diana Matheson et Christine Sinclair ont pavé la voie du professionnalisme, et la NSL s’inscrit comme une continuité logique dans ce parcours. Matheson, qui avait déjà plaidé pour le football féminin professionnel au Canada après sa retraite, a ainsi conduit le projet avec le soutien de Sinclair et d’autres acteurs du mouvement.
Pour sa présidente, Christina Litz, l’histoire de la NSL a véritablement commencé grâce à l’impulsion donnée par Matheson et par la fédération nationale, convaincues que le potentiel des joueuses canadiennes est l’une des plus grandes richesses du pays. La ligue a connu un véritable succès dès sa saison inaugurale, avec un fort intérêt des fans et une demande commerciale qui ont permis d’engager des projets sur la durée. En 2025, six clubs ont enregistré plus de 275 000 billets vendus, plaçant la NSL parmi les ligues les plus suivies au monde en termes de moyenne d’affluence; les ouvertures de saison de Vancouver et de Toronto ont dépassé les 14 000 spectateurs chacun. Comparé à la NWSL, qui a connu une semaine d’ouverture avec plusieurs matches dépassant les 10 000 spectateurs, la NSL a attiré l’attention sur sa capacité de croissance locale.
Malgré ce démarrage prometteur, la NSL ne se contente pas de célébrer les chiffres: elle s’acharne à construire une véritable échelle de progression. « Nous ne nous contentons pas de notre position actuelle — il faut continuer d’investir et d’aller plus loin pour devenir une ligue féminine de premier plan et, surtout, une ligue qui tient son rang », affirme Litz. Le programme est soutenu aussi par des joueurs emblématiques, y compris Scott et McLeod, qui saluent le soutien précoce apporté par la NSL, notamment le cadre salarial — cap salarial de 1,6 million CAD par club et salaire minimum de 50 000 CAD par joueuse, avec une moyenne estimée autour de 75 000 CAD — et le fait que sept de leurs compatriotes ont été appelées en équipe nationale en 2025 (Emma Regan, Holly Ward, Kaylee Hunter, Scott, Quinn, Samantha Chang et Latifah Abdu).
Jusqu’à présent, de nombreuses sportives canadiennes ont été amenées à poursuivre leur carrière loin du pays — particulièrement aux États‑Unis, où elles ont évolué dans le système universitaire (NCAA) ou dans des ligues professionnelles comme la NWSL. L’espoir est que la NSL devienne une véritable passerelle nationale qui permette de garder les talents à domicile tout en alimentant le système de la sélection nationale.
La ligue voit aussi dans la Coupe canadienne féminine (W Canadian Championship) une voie nouvelle: la première édition se tient cet été et servira de passerelle domestique vers le Concacaf W Champions Cup puis, à terme, vers la FIFA Women’s Club World Cup. Tous les six clubs de la NSL se qualifieront pour cette compétition, de même que deux clubs de la première division féminine du pays, ce qui permettra de confronter les clubs canadiens à des standards internationaux. José Maria Costa, vice-président sport de la NSL, rappelle que ces rencontres contre des ligues plus établies, notamment la NWSL, permettront de mesurer la qualité des équipes lorsque l’enjeu est réel.
Pour Desiree Scott, le lancement et l’expansion de la NSL ne visent pas seulement à offrir un nouveau club à Winnipeg. Son rôle et celui de Rob Gale, cofondateur et directeur sportif, s’inscrivent dans une volonté plus large: faire émerger l’écosystème du football féminin local, afin de développer non seulement des joueuses mais aussi des entraîneurs et des arbitres, et d’alimenter durablement le “pyramide du football” du pays.
Des joueuses qui ont connu les sommets, comme Scott et McLeod, soulignent l’importance de pouvoir exercer leur métier dans leur pays, près de leur famille. Pour McLeod, terminer sa carrière au Canada, entourée de sa femme et de ses proches, a donné une dimension personnelle forte à ce dernier chapitre. Le paysage nationale se prépare aussi à l’après Sinclair et à l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Casey Stoney, dans un contexte de transition qui peut néanmoins nourrir l’ambition de la sélection féminine du Canada.
Dans ce contexte, la croissance du football féminin canadien s’appuie sur un mouvement plus large que les victoires et les records d’audience: elle vise à créer un cadre durable qui permette d’attirer, former et retenir les talents, tout en approfondissant l’investissement dans les infrastructures et les ressources humaines. Le Canada peut espérer que les prochaines années verront une consolidation de ce modèle et, avec les Jeux et la Coupe du Monde de 2027 comme horizon, un essor continu du football féminin dans l’ensemble du pays.
Bon à savoir
– La NSL est positionnée comme une étape structurante du football féminin canadien, avec six clubs lors de sa première édition et une expansion prévue.
– Le cadre salarial (cap de 1,6 million CAD par club et salaire minimum de 50 000 CAD) place la ligue parmi les plus attractives du monde, avec une moyenne de rémunération autour de 75 000 CAD selon les chiffres publiés.
– Sept joueuses de la NSL ont reçu des convocations en l’équipe nationale en 2025, signe d’un vivier domestique en expansion et d’un lien fort entre le club et la sélection.
– L’ouverture vers le fédéral et la Coupe canadienne féminine crée une voie compétitive vers des compétitions internationales, notamment le Concacaf W Champions Cup et le FIFA Women’s Club World Cup.
– L’objectif à long terme est de développer une économie locale du football féminin — autant de joueuses que d’entraîneurs et d’arbitres — et de renforcer le réseau professionnel au Québec, en Ontario et dans les provinces de l’Ouest, tout en offrant des occasions en dehors des clubs américains.
– Winnipeg et son expansion constituent une opportunité de dynamiser le football dans une ville et une région qui souhaitent renforcer leur lien avec le sport et les communautés locales, tout en renforçant la place du Canada dans la scène mondiale du football féminin.
– La préparation pour la Coupe du Monde féminine 2027 au Brésil s’accompagne d’un travail sur le long terme: renouvellement de l’effectif, continuité du leadership et consolidation du modèle de développement pour viser des performances optimales en phase finale.
– La collaboration entre les acteurs fédéraux, les clubs et les anciennes et actuelles stars du pays continue de nourrir une vision partagée: faire du Canada une référence dans le football féminin, et ce, sans quitter le pays pour atteindre le plus haut niveau.