Un Français devenu Espagnol
Indispensable
Pour Luis de la Fuente, le sélectionneur de l’Espagne, le Mondial 2026 s’annonce comme un nouveau défi en matière de management des ressources humaines: choisir et repositionner des cadres avant le coup d’envoi. Si l’on remonte au précédent Euro, l’un de ses futurs protagonistes, Marc Cucurella, n’était pas donné comme un titulaire sûr: il pouvait même passer à côté de la liste pour le continent. C’est grâce à des blessures — Gaya et Balde — que son sort a basculé, et il a fini par battre le candidat de la saison précédente au Bayer Leverkusen, Grimaldo, dans la course à une place en défense.
Aujourd’hui, le cœur de la défense espagnole n’allait pas être évident à verrouiller. Le Champion d’Europe Le Normand n’avait pas été convoqué depuis novembre de l’année précédente. Blessures et statut de rotation à l’Atlético ont écarté cette option. Des performances en demi-teinte ont écarté Huyssen, et c’est un jeune talent, Kubarsi, qui est monté sur le devant de la scène. Un joueur dont le potentiel demandait le soutien d’un partenaire plus expérimenté. À l’image du duo qui, en son temps, avait convaincu les observateurs lors du premier titre catalan, avec Piqué et Mascherano.
Dans l’orbite de Kubarsi, l’apport de Laporte est devenu la clé. Émeric Laporte est rapidement devenu une figure centrale, incarnant la fiabilité, l’expérience et le jeu de relance. Le défenseur de l’Athletic Bilbao figure parmi les trois joueurs les plus constants dans les passes du tournoi (461), derrière Rodri et Kubarsi. Sa précision est élevée (93,1 %), et il sait prendre des risques mesurés en initiant des Transitions longues pour sortir du pressing. Une partie de son jeu consiste aussi à orienter le jeu vers l’aile gauche et à proposer des passes vers l’avant qui déclenchent des phases offensives, comme cela a été observé à sa rencontre avec Oyarzabal contre l’Arabie Saoudite. Autre temps fort: Pep Guardiola avait, par le passé, salué l’aptitude de Laporte lorsque il était à son apogée, laissant entendre que c’est l’un des meilleurs défenseurs centraux gauches d’Europe à ce moment-là. Pour l’Espagne, il est devenu un maillon indispensable, et son éventuelle présence au côté de la France lors d’un prochain demi-final risque de peser sur le choix des formations.
Émeric Laporte.
Photo Getty Images
Message resté sans réponse
Émeric Laporte est Français de formation, régulièrement appelé par les équipes de jeunes de son pays, allant jusqu’à l’U-16. En 2013, il était vice-champion d’Europe des 19 ans et a ensuite joué près d’une vingtaine de matches avec l’équipe élargie des jeunes, portant même le brassard de capitaine. À ce moment-là, son chemin vers une Guinée espagnole semblait encore lointain: le jeune défenseur s’imposait surtout à Bilbao, là où ses racines basques l’aidaient à glaner des regards en Espagne, sans qu’une envie de représenter la France soit réellement érigée en priorité.
Des souhaits d’internationalisation pour la France ont longtemps existé dans l’esprit du joueur, qui a évoqué, à l’époque, son désir de porter les couleurs tricolores. En parallèle, les spéculations sur une éventuelle arrivée à l’Espagne se renforçaient, nourries par le travail des sélectionneurs et des clubs. Le Délégué technique a rappelé que l’objectif est d’abord la performance, et non une simple union de nationalités sur une feuille de match.
Les mois qui ont suivi ont été marqués par une série d’incertitudes et de promesses. Laporte a longtemps exprimé son souhait de jouer pour l’Espagne, mais le chemin fut semé d’embûches. L’initiative a pris forme lorsque la nationalisation a été approuvée par les autorités: le 11 mai 2021, le Conseil des Ministres a ratifié le décret. Trois jours plus tard, la FIFA a validé le changement de nationalité sportive, et l’été a vu Laporte défiler sous le maillot espagnol.
Kolo Muani et Émeric Laporte en demi-finale de l’Euro 2024.
Photo Global Look Press
Entre 2019 et 2021, Laporte a tenté de renouer le dialogue avec Dédécheamp, sans qu’un retour ne soit crédible dans l’immédiat: “Je ne sais pas s’il a changé de numéro, mais j’ai écrit à celui qui l’appelait déjà. Je me suis rendu compte que je n’étais pas encore assez important pour l’équipe.” Les ponts ont alors été reconstruits par les instances nationales et la FÉDÉRATION, qui ont aidé à faire avancer le dossier.
Depuis, les échanges avec l’ancien sélectionneur français n’ont pas donné lieu à des commentaires acrimonieux. Laporte a choisi une posture diplomatique et a exprimé sa gratitude envers l’Espagne. En revanche, les confrontations entre la France et l’Espagne se sont poursuivies sur les terrains et les tribunes. En octobre 2021, l’Espagne a perdu face à la France en finale de la Ligue des Nations; deux ans plus tard, l’Espagne a pris sa revanche en demi-finale de l’Euro 2024, alors que Laporte n’a pas pu prendre part à une rencontre de même niveau l’an passé en Ligue des Nations pour des raisons liées à une blessure.
À ce jour, l’équilibre entre les deux nations persiste, et Émeric Laporte demeure un témoin privilégié des évolutions du football moderne: nationalité et identité sportive qui s’entremêlent, sans que l’une ne soit imposée à l’autre.
Points à retenir
- Émeric Laporte est devenu une pièce centrale de l’Espagne et un élément fiable de sa défense.
- Son parcours de naturalisation a été long et a nécessité une intervention des autorités et de la FIFA.
- La saison passée a mis en lumière des choix d’effectif complexes et la manière dont les jeunes profils s’imposent quand les blessures obligent à ajuster les plans.
- Les débats autour des Nationalités et des choix de sélection se croisent avec les dynamiques de clubs et d’obligations administratives.
- Les confrontations sportives entre l’Espagne et la France restent des moments charnières, parfois déterminants pour la composition des équipes dans les compétitions majeures.
En regardant ces trajectoires, on peut se demander comment les fédérations équilibrent performance et identité nationale, et comment les joueurs naviguent entre loyautés sportives et opportunités personnelles. Pour LesNews, ce dossier illustre une réalité du football moderne: les talents peuvent être amenés à écrire une double histoire, sur le terrain et en dehors, au gré des décisions administratives et des convictions personnelles. En tant que journaliste, j’observe ce phénomène avec un regard pragmatique et curieux: le football d’aujourd’hui ne se limite plus au terrain, mais s’inscrit aussi dans des parcours de vie qui racontent des choix, des rêves et des défis. Et vous, que pensez-vous de ces chemins de naturalisation qui font la richesse du jeu, sans pour autant simplifier les identités qui restent au cœur du sport?
Moi, journaliste engagé chez LesNews, je continued à suivre ces dynamiques avec l’envie d’éclairer les lecteurs sur les enjeux humains et sportifs qui construisent les équipes de demain, sans oublier que le football est aussi un territoire d’échange et de dialogue.