Manchester City: la Premier League confirme des infractions financières et annonce des sanctions à venir
Voilà une controverse qui s’étend sur des années et qui a tenu en haleine le football anglais et au-delà: l’action des propriétaires de Manchester City pour transformer l’équipe en une puissance mondiale et en une machine à titres a-t-elle franchi les règles financières à grande échelle ? La Premier League répond par l’affirmative.
Dans un verdict surprenant annoncé mardi, la Premier League a publié une déclaration confirmant que City était coupable de la quasi-totalité des 115 infractions reprochées au club contrôlé par Abu Dhabi, sur des allégations de dérapages financiers dans l’une des ligues les plus suivies du monde ces deux dernières décennies.
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« Cette affaire disciplinaire et cette décision sont les plus significatives de l’histoire de la Premier League », a déclaré Richard Masters, le directeur général de l’organisateur.
Des sanctions lourdes sont susceptibles d’être infligées lorsque les mesures prendront forme, avec une large gamme de possibilités sur la table, y compris une exclusion potentielle de la Premier League.
Et que deviendra l’étoile énigmatique du club, avec des joueurs tels qu’Erling Haaland et Enzo Fernández — recruté ce mois-ci pour 169 millions de dollars — au sein de l’effectif ? Voici un éclairage sur le dossier qui fait couler l’encre du football.
Fuites, e-mails et un nombre inédit d’accusations
En février 2023, la Premier League a pris à contre-pied son champion en publiant une longue déclaration détaillant 80 prétendues violations des règles financières par City entre 2009 et 2018, les premières saisons sous le contrôle d’Abu Dhabi, alors que le club cherchait à échapper à l’ombre de Manchester United.
Les infractions évoquées incluaient des informations financières inexactes, la présentation de chiffres gonflés pour des partenariats sponsorisés par Abu Dhabi, la dissimulation de paiements complémentant les salaires des entraîneurs et des joueurs, et des dérogations aux règles financières établies par la Premier League et l’UEFA, qui visent à maintenir les clubs financièrement stables.
La ligue a aussi accusé City de 35 infractions supplémentaires liées à son supposé manque de coopération avec l’enquête depuis décembre 2018.
Les charges s’appuient sur des courriels internes supposément publiés par Der Spiegel, qui affirmait décrire des mécanismes par lesquels le club aurait, selon les allégations, dissimulé les sources de revenus pour se conformer au fair-play financier. Ces informations ont été mises au jour par le site Football Leaks, fondé par le hacker portugais Rui Pinto.
Pour mémoire, certains éléments des documents publiés par Der Spiegel ont été discutés par des médias internationaux et relayés dans le cadre d’enquêtes sur le fair-play financier.
— Source: Premier League | — Dossier Der Spiegel | — Couverture Sky News
Le verdict: « contrats simulés », témoins mensongers et financement secret d’un milliard
La révélation majeure est que City aurait organisé ce que la commission décrit comme des « contrats simulés » avec des partenaires commerciaux dans le but de masquer un financement secret par la propriété d’Abu Dhabi, qui s’élèverait à plus d’un milliard de livres sterling (plus d’un milliard de dollars).
La commission a aussi indiqué que certains témoins appelés par City pour l’audience ont donné des éléments « qu’ils savaient être faux et qui avaient donc été malhonnêtes ». « Par sa conduite, le club avait clairement l’intention de contourner les règles de la Premier League », a ajouté la commission.
City affirme son innocence — et persiste
Le club n’a pas contesté l’authenticité de certains e-mails publiés mais les a présentés comme « des matériaux hors contexte, prétendument piratés ou volés au City Football Group » et a dénoncé une tentative « organisée et claire » de dégrader sa réputation.
Lors de l’annonce des charges en 2023, City avait exprimé sa surprise et annoncé son souhait d’un examen indépendant « pour examiner de manière impartiale l’ensemble des preuves irréfutables » qui soutiennent sa position.
Dans une vidéo interne obtenue par Sky News, le directeur général Ferran Soriano a réitéré que l’affaire reposait sur une accusation unique et fausse selon laquelle l’argent personnel du propriétaire aurait été injecté secrètement dans le club via des sponsors d’Abu Dhabi — une affirmation qu’il réfute fermement.
Dans un communiqué distinct, City a qualifié les conclusions de la commission d’« opinion » comportant « des erreurs matérielles de droit, de principe et de fait », et « non sécurisées ». Le club a annoncé son intention de faire appel et d’aller « sans relâche » pour défendre son nom.
Des sanctions et les prochaines étapes
La Premier League a précisé que les sanctions seraient décidées lors d’une audience distincte et confidentielle, à une date non fixée et dans le cadre de l’appel que City doit déposer d’ici vendredi. Selon la règle W64 du manuel de la Premier League, les sanctions varient d’une amende à une déduction de points, voire une exclusion du championnat.
Pour replacer le contexte, Everton avait été sanctionné d’une réduction de points record (10, puis ramenée à six) pour des dépenses excessives sur une période financière précédente. Les charges pesant sur City sont beaucoup plus étendues, et incluent des aspects de non-coopération.
Une fois l’appel déposé, un panel d’appel composé de trois personnes sera constitué. Des médias ont évoqué la possibilité que City saisisse la Haute Cour de Londres si la procédure paraissait injuste.
City a été sanctionné par le passé
L’UEFA avait auparavant accusé City d’avoir gonflé les revenus des sponsors pour se conformer au fair-play financier, sur la base des mêmes documents publiés par Der Spiegel. En 2020, l’instance européenne a infligé au club une interdiction provisoire de deux saisons et une amende de 10 millions d’euros, décision ensuite partiellement annulée par la Cour arbitre du sport (CAS), qui a jugé certains éléments non démontrés et d’autres « prescrits ». Le CAS a toutefois infligé une amende de 10 millions d’euros pour non-coopération.
Des répercussions à long terme pour Abu Dhabi
Des clubs rivaux envisagent déjà des demandes d’indemnisation sur la base de l’impact supposé des agissements de City sur la compétitivité et les résultats. La jurisprudence récente comprend des cas comme Everton/Burnley, qui ont mené à des compensations après que des pénalités ont été imposées dans des circonstances de relégation potentielle.
Il reste incertain de savoir si City sera déchu de ses titres de Premier League, même si une phrase du manuel de la ligue laisse théoriquement cette possibilité ouverte. En dehors du terrain, une condamnation pour non-respect des règles pourrait marquer durablement la réputation d’Abu Dhabi et alimenter les débats sur les investissements dans le football.
Le propre Pep Guardiola avait résumé une relation complexe avec City lorsque, en 2023, il avait déclaré que s’il devait être trompé, « le jour où il serait dehors, il ne serait plus l’ami du club ». Ce contexte met en lumière les enjeux humains et sportifs entourant la discussion.
Bon à savoir
- Entre 2009 et 2018, City est accusé d’avoir enfreint les règles financières à 115 reprises, selon la Premier League.
- Les éléments se basent en partie sur des documents publiés par Der Spiegel et relayés par des médias internationaux.
- Les sanctions éventuelles incluent une amende, une déduction de points ou une exclusion du championnat, avec une audience séparée et confidentielle pour les décisions finales.
- L’appel de City doit être déposé rapidement, et une procédure d’appel pourrait mener à une audition par un panel de trois personnes, voire à des recours ultérieurs devant des juridictions comme la Haute Cour de Londres.
- Les précédents, notamment du côté de l’UEFA et du CAS, montrent que les procédures autour du fair-play financier peuvent évoluer après des décisions initiales, parfois avec des revers ou des ajustements.
- Au-delà de la dimension sportive, l’affaire affecte l’image de la propriété Abu Dhabi et son rôle dans le football, alimentant des discussions sur les implications économiques et géopolitiques des investissements sportifs.