Scott O’Neil, un homme calme et à l’écoute, est unanimement reconnu par les directeurs généraux des équipes du LIV Golf. Pour lui, le plus important est de toujours regarder devant soi, plutôt que dans le rétroviseur. C’est dans une tente près du premier départ à Valderrama, où se tiendra vendredi le LIV Golf Andalucía, qu’il nous a confié : « Les joueurs ne cessent de parler de ce parcours, et cela compte beaucoup. »
Arrivé cette année à la tête de ce circuit lancé en 2022, O’Neil est à l’origine un homme venu d’horizons variés, loin du monde traditionnel du golf. « Ça joue en notre faveur », explique un responsable d’équipe, « car il a une vision globale. » Cette expérience, à 54 ans, s’appuie sur un parcours impressionnant : huit ans au siège de la NBA avec les commissaires David Stern et Adam Silver, puis des postes de direction chez les New York Knicks, Philadelphia 76ers, New York Rangers, New Jersey Devils ou encore les Philadelphia Eagles en NFL. Plus récemment, il a même dirigé un parc d’attractions, renforçant son sens de la gestion globale.
Scott O’Neil a succédé au volcanique Greg Norman, le « requin blanc » qui, en 2022, avait attiré plusieurs stars mondiales dans le giron du LIV Golf mais avait aussi tendu les relations avec ses critiques virulentes. Aujourd’hui sorti de l’équation, O’Neil affiche un ton bien plus conciliant : « Soyons clairs : si le but est de faire jouer les meilleurs golfeurs ensemble plus souvent, nous trouverons un terrain d’entente. C’est une belle opportunité pour le LIV Golf comme pour le PGA Tour. »

Une génération de dirigeants neufs bouscule les codes du golf. « Trevor Immelmann à la tête du classement mondial, moi au LIV, Brian Rollap au PGA Tour, Derek Sprague à la PGA, Mark Darbin à l’R&A… Tous cherchent à réinventer le golf pour saisir les nouvelles opportunités. Le golf est en pleine croissance, et ses valeurs – humilité, résilience, travail, patience – sont plus nécessaires que jamais. »
O’Neil croit fermement au projet par équipes, malgré les critiques sur les 5 milliards de dollars investis par le fonds public saoudien en trois ans, avec une perte de plus de 400 millions en 2023. La vision du CEO est optimiste : « En 2024, un des clubs est déjà rentable et dans quelques années, la majorité le sera. À cinq ans, nous serons une organisation totalement transformée. »
“Nous sommes une des rares organisations sportives véritablement globales.”
Scott O’Neil
Cette ambition s’appuie sur la croissance rapide du LIV, porté par un « casting » impressionnant : Jon Rahm, Sergio García, Bryson DeChambeau, Phil Mickelson, Cam Smith… Un format captivant où tous jouent ensemble, en équipe, diffusé dans 125 pays avec une audience potentielle de 900 millions, grâce à des accords avec Fox, ITV, Movistar, entre autres. Quelques années seulement après sa création, le LIV Golf rivalise déjà avec des géants comme la NBA ou la NHL en termes de couverture internationale.
Les partenariats commerciaux se multiplient et le message “Long Live Golf” prend forme. « Nous avons changé le récit autour du golf, en nous positionnant comme un acteur clé de l’écosystème. Par exemple, en mettant plus de clubs dans les mains des enfants. C’est une leçon empruntée à la NBA, où l’élite s’investit dans la relève. »

Et l’innovation fait partie de l’ADN. O’Neil consulte régulièrement les joueurs pour sortir de nouvelles idées mais compte maintenir le calendrier actuel à 14 étapes. Outre la tournée principale, le LIV soutient aussi les International Series, avec des compétitions à élimination directe qui rapportent des points pour l’Asian Tour. « Nos événements sont festifs, avec concerts et animations. Un tiers du public n’avait jamais assisté à un tournoi de golf auparavant, c’est un vrai vecteur de croissance. »
Parmi les pistes envisagées, agrandir les équipes – même si, selon O’Neil, la formule actuelle permet déjà de voir les meilleurs durant tout le week-end – et attirer davantage de jeunes talents comme José Ballester, Tom McKibbin ou David Puig. « L’entourage est essentiel : José a grandi en suivant Sergio, McKibbin, les Rahm… Ces joueurs recherchent un cadre sûr où s’épanouir en découvrant le monde, pas juste un circuit US. »
“Le PGA Tour est excellent, mais il reste très centré sur les États-Unis. Nos joueurs veulent voyager, grandir humainement et professionnellement.”
Scott O’Neil
Des résultats encourageants émergent, notamment en Australie, où l’étape d’Adélaïde est devenue un événement phare générant plus de 84 millions de dollars d’impact économique sur trois jours. Le LIV Golf s’investit dans la formation des jeunes golfeurs locaux, comme avec le programme Little Sticks en Angleterre qui touche 50 000 enfants, une preuve que le projet ne se limite pas aux stars mais cherche aussi à toucher la base.
Il reste néanmoins des obstacles à franchir, notamment la reconnaissance par le classement mondial, limité par les règles du LIV qui n’intègrent pas les montées et descentes ni le cut habituel des tournois. « Depuis l’arrivée de Immelmann, les discussions sont très constructives. Tout le monde souhaite que le classement reflète les vrais meilleurs mondiaux, et nous travaillerons à cette solution. »
Pour Scott O’Neil, le projet est solide et prometteur. « Peu d’événements golfiques offrent cette qualité d’accueil. Beaucoup de spectateurs nous écrivent pour dire qu’ils n’avaient jamais vu cela auparavant. Notre croissance, alimentée par la télévision, les sponsors et la billetterie premium, ne fait que commencer. Nous arrivons à pleine vitesse. »
Madrid pourrait accueillir le LIV Golf en 2026, selon Valderrama
Madrid est en lice pour devenir la prochaine étape espagnole du LIV Golf, à condition que Valderrama – qui a un accord pour cinq tournois en sept ans – accepte de libérer la place en 2026. O’Neil reste discret : « L’Espagne est un marché clé, avec les Fireballs menés par Sergio García et la présence de Jon Rahm. Nous avons un contrat à long terme avec Valderrama en Andalousie, mais explorons aussi d’autres options pour faire grandir le golf. La date envisagée serait en juin. »
Points à retenir
- Scott O’Neil, bien loin des tempéraments volcaniques habituels dans le golf, mise sur le dialogue et la vision à long terme.
- Son parcours multi-sports et business lui donne une ouverture d’esprit rare dans un secteur assez traditionnel.
- LIV Golf combine stars confirmées et jeunes talents, offrant un nouveau format par équipes et une approche plus festive et internationale.
- Malgré des pertes importantes, la rentabilité partielle est déjà en vue et le groupe investit lourdement dans la croissance et l’innovation.
- La reconnaissance du classement mondial reste un obstacle, quoique les discussions avec les instances officielles soient engagées.
- L’Espagne est stratégique, avec un pied à Valderrama, mais Madrid pourrait aussi être la prochaine grande étape.
- Le LIV ne vise pas à saturer son calendrier, préférant miser sur la qualité et l’expérience spectateur plutôt que sur la quantité d’événements.
- Le projet met clairement en avant la dimension sociale et éducative, encourageant la relève par des programmes pour enfants et jeunes juniors.
En somme, si vous pensiez que le golf était le sport des gentlemen où rien ne bouge dans l’ombre des chapeaux melon, détrompez-vous. Il y a du mouvement – parfois même bien plus qu’on ne le croit – et ça vient de gens qui ont appris à gérer des franchises NBA, NFL, et même des parcs d’attractions. Alors, en attendant de voir qui sera le champion du dernier tournoi, on peut tout de même se demander : dans ce grand bal du golf moderne, est-ce que le LIV Golf est le trouble-fête qui va faire danser tout le monde, ou juste un électron libre avec des idées un peu trop novatrices ? Moi, j’ai déjà sorti mon tee et mes oreilles pour écouter ce que la suite nous réserve…