mar. Juil 21st, 2026
Donald Trump sur un terrain de golf avec une casquette rouge Make America Great Again et un polo blanc, en mai 2023.
Donald Trump sur son National Golf Club à Sterling, Virginie

En 2019, Mick Mulvaney pensait avoir pris le dessus sur Donald Trump. Lors d’une partie au club de golf de Bedminster, le président américain et son chef de cabinet s’affrontaient sur le parcours quand Mulvaney menait d’un coup à trois trous de la fin.

« Je lui ai tapé sur l’épaule en plaisantant : “Je t’ai eu aujourd’hui, vieux” », confie Mulvaney à la BBC. Trump lui a alors lancé un sourire mi-moquerie, mi-enjoué, avant de rire.

Le président signera finalement deux coups sous le par aux trois trous suivants, battant Mulvaney de deux.

Mulvaney, qui a travaillé trois ans à la Maison-Blanche durant le premier mandat de Trump, assure avoir joué sur le même parcours ou à ses côtés une quarantaine de fois sans jamais le vaincre. « C’est démoralisant », résume-t-il.

Si le golf est un passe-temps prisé par nombre de présidents américains, aucun n’a entretenu avec ce sport une relation aussi particulière que Donald Trump, actuellement en Écosse pour inaugurer un nouveau parcours près de Balmedie, dans l’Aberdeenshire.

Pour d’anciens locataires du Bureau ovale comme Barack Obama ou George W. Bush, le golf semblait surtout une bulle d’oxygène face aux responsabilités du pouvoir. Pour Trump, il est aussi bien une affaire commerciale, un terrain de réseautage, qu’une véritable compétition acharnée. Sur les fairways, son attention est absolue, et la moindre erreur ne se tolère pas.

« Si vous jouez lentement, on ne vous invite plus et vous êtes carrément abandonné sur le parcours », glisse Mulvaney.

Donald Trump sur son parcours en Ayrshire, Royaume-Uni, en 2023
Donald Trump sur son parcours d’Ayrshire, Royaume-Uni, en 2023

Journaliste britannique spécialisé, Kevin Brown a expérimenté cette rigueur lors d’une partie en 2012 sur le parcours de Balmedie. Concentré, Trump avançait rapidement, tête baissée, laissant peu de place à la flânerie.

« Il était dans sa bulle, son jeu, tout en pensant à ses affaires », décrit Brown. Pourtant, après la partie, une discussion d’une heure leur a permis d’évoquer la passion évidente de Trump pour le golf.

Trump, ancien promoteur immobilier devenu homme d’État, pratique le golf depuis ses années universitaires. Il acquiert son premier club en 1999, le Trump International Golf Club de West Palm Beach, en Floride. Aujourd’hui, son empire golfique comprend 11 parcours aux États-Unis et trois au Royaume-Uni, avec d’autres sous gestion et des projets dans plusieurs pays, dont Oman, l’Indonésie, le Vietnam et le Qatar.

Cependant, ses clubs ne sont pas toujours rentables : selon les déclarations au gouvernement britannique, le parcours écossais de Balmedie accuse un déficit de 1,83 million de dollars en 2023, son 11e exercice consécutif dans le rouge, alors que Turnberry dégage environ 5 millions de dollars de bénéfices.

Entrepreneur tenace, Trump s’est parfois heurté aux autorités locales, notamment pour limiter l’installation d’éoliennes off-shore près de Balmedie. Il nourrit de longue date l’ambition d’accueillir un British Open à Turnberry, prestigieux terrain dont il est propriétaire depuis 2014, après que le tournoi y ait été organisé à quatre reprises par le passé.

Donald Trump en compagnie de Rupert Murdoch sur son parcours en Écosse, 2016
Donald Trump avec Rupert Murdoch sur son parcours en Écosse, 2016

Kevin Brown explique que Trump est attiré par des propriétés golfiques prestigieuses, plus pour le statut et les relations qu’elles permettent de nouer que pour leur rentabilité.

« C’est la qualité et le pedigree qui comptent. L’objectif, c’est d’attirer les bonnes personnes : des businessmen fortunés avec des poches bien garnies », précise-t-il.

À Turnberry, une partie peut coûter aux alentours de 1 350 dollars, reflet d’un club exclusif où la haute société vient marier affaires et loisirs dans un milieu longtemps réservé à une élite blanche et masculine.

Pour Donald Trump, ce sport a représenté une rampe pour bâtir son empire immobilier, tout en lui offrant un terrain d’entente avec politiciens nationaux et leaders étrangers. Pourtant, il avait assuré en 2016 qu’il n’aurait « pas le temps de jouer au golf » s’il devenait président. Ironie du sort, le golf a rythmé tout son mandat.

Au début de sa présidence, l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe lui avait offert un club de golf en or, avec lequel ils ont joué cinq parties – cimentant une amitié durable jusqu’à l’assassinat d’Abe en 2022.

Parmi ses partenaires réguliers figurent notamment des alliés politiques de poids tels que le sénateur Lindsey Graham ou encore son rival républicain de 2016, Rand Paul, avec qui il a discuté de la politique fiscale américaine entre deux swings.

Donald Trump et Shinzo Abe marchant sur un fairway au Japon, 2019
Donald Trump avec Shinzo Abe au Mobara Country Club, Japon, 2019

Plus récemment, en mars, Trump a joué avec le président finlandais Alexander Stubb lors d’un tournoi à West Palm Beach, où ils se sont imposés en équipe. Lors de leur échange, la guerre en Ukraine et les enjeux mondiaux ont été évoqués.

Stubb a souligné à CBC News combien ce temps passé avec le président américain était exceptionnel dans l’histoire finlandaise.

L’accès privilégié à Trump sur un green est devenu une monnaie d’échange recherchée par ceux qui souhaitent s’attirer ses faveurs.

Le professeur David Cay Johnston, spécialiste de Trump et auteur de plusieurs ouvrages sur lui, résume ainsi : « Avec lui, tout est transactionnel. Que vous dirigiez une entreprise ou un État, vous tentez soit de le flatter pour minimiser d’éventuels dégâts, soit de le jauger avec prudence. »

Même à la Maison-Blanche, certains chefs d’État tentaient de tirer parti de leur passion commune. Lors de sa visite en mai, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a offert à Trump un livre illustré sur le golf et intégré les professionnels Ernie Els et Retief Goosen dans sa délégation – sans pour autant éviter une vive confrontation sur la réforme agraire sud-africaine.

Donald Trump posant avec Alexander Stubb
Donald Trump avec le président finlandais Alexander Stubb lors d’un partenariat de tournoi

Ce goût pour la discrétion sur les greens permet aussi au président de bénéficier de moments à l’écart des caméras pour des entretiens confidentiels, loin des regards curieux des journalistes. Comme le rappelle Johnston, ce sont autant d’occasions prisées pour discuter sans la pression médiatique.

Cependant, cette intimité nourrit des récits contradictoires sur le véritable niveau golfique de Trump. Il revendique de nombreuses victoires en club, notamment cinq rien que cette année-ci, mais sur ses propres parcours.

Le journaliste sportif Rick Reilly, dans son ouvrage critique « Commander in Cheat : How Golf Explains Trump », dénonce ces exploits supposés comme « exagérés au point de perdre toute crédibilité » et documente une certaine propension du président à tricher, en déplaçant sa balle ou en reprenant plusieurs fois son coup sans pénalité.

Mulvaney conteste toutefois avoir été témoin d’une telle conduite, précisant que pour Trump, le golf reste avant tout un loisir passionné – distinct des affaires ou de la politique.

« C’est le golf », conclut-il. « Et, même si ça peut paraître évident, les golfeurs comprennent ce que ça implique. Trump est un passionné depuis longtemps, et il le restera bien après son mandat. »

Points à retenir

  • Trump ne joue pas au golf pour se détendre, mais plutôt pour dominer sur le green – le chronomètre en main et sans admis-sion pour les « ralentisseurs ».
  • Ses parcours, bien que prestigieux, ne sont pas tous des mines d’or : la passion ne garantit pas la rentabilité, Balmedie en témoigne avec onze années dans le rouge.
  • Le golf est pour Trump un outil de pouvoir et de réseautage, où se mêlent affaires, politique et stratégie à chaque swing.
  • La taille des mises est à l’image des joueurs : les tarifs et l’exclusivité font du golf un jeu d’élite, et donc un terrain de chasse privilégié pour les élites elles-mêmes.
  • La transparence n’est pas la vertu première de Trump sur le parcours, avec des accusations répétées de tricherie qui ajoutent un peu de suspense à chaque partie.
  • Enfin, que ce soit avec des présidents étrangers ou des figures politiques américaines, les rencontres autour d’une balle sont loin d’être innocentes.

Alors voilà, le golf selon Trump, c’est un peu comme une partie d’échecs à chaque trou – sauf qu’il fait semblant d’avoir oublié la règle du hors-jeu. Entre business, bluffs et billetterie exclusive, on assiste à un spectacle où la balle ne vole pas toujours droit, mais où les enjeux, eux, sont bien réels. J’attends avec intérêt la prochaine partie… et avec un léger retard sur mon swing, je suppose que je ne serai pas invité.


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By Jordan Jarson

Entrepreneur passionné par le business web et le webmarketing, j'ai mon propre site e-commerces et je m'occupe d'améliorer sa visibilité en ligne. À temps perdu, je fouille le net à la recherche de pépites que je partage à la communauté.

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