Toronto — À seulement 22 ans, Ben Shelton, jeune prodige américain et numéro 7 mondial, décroche son tout premier titre ATP Masters 1000 au prestigieux tournoi de Toronto. Deux ans après sa demi-finale inoubliable à l’US Open 2022, il confirme son talent sur la scène internationale.
Devant 10 805 spectateurs au Sobeys Stadium jeudi soir, Shelton a livré un combat serré face au 16e joueur mondial, Karen Khachanov. Après trois sets intenses remportés 6-7 (5), 6-4, 7-6 (3), c’est le cœur gonflé de fierté que son père et entraîneur Bryan a qualifié la performance de « pleine de courage ». Un véritable coup de maître.
« Cette semaine, tout s’est parfaitement aligné pour moi, » confie Shelton. « J’ai livré des matchs serrés, parfois longs, et j’ai joué parmi mon meilleur tennis de l’année. »
Le parcours n’a pourtant pas été simple : en 32e de finale, Shelton était mené d’un break face à Brandon Nakashima avant de s’imposer au jeu décisif du dernier set. Encore plus dramatique, son huitième de finale contre Flavio Cobolli où il revient de 3-5, Cobolli au service pour le match, pour s’imposer aussi au tie-break du troisième set. Cette ténacité est ce dont il est le plus fier et ce qui lui vaut désormais le plus beau titre de sa carrière.
Après des échanges de services intenses en début de partie, Khachanov a réussi le premier break à 4-3, grâce à une erreur de Shelton. Avec deux jeux d’avance, il semblait bien parti pour emporter la première manche. Mais Shelton, fidèle à lui-même, n’a jamais abandonné : mené 5-4 face au service adverse, il a égalisé à 5-5 en profitant des erreurs consécutives du Russe.
Le tie-break initial a confirmé la puissance du Russe, avec un enchaînement de coups gagnants qui lui a offert le set. Mais Shelton est reparti à l’assaut dans le deuxième set.
Une péripétie technique a même marqué la suite : alors que le système électronique de l’arbitrage vidéo dysfonctionnait, Shelton n’a pas hésité à céder le premier service à son adversaire en signe de fair-play. « C’est Noël », a-t-il lancé avec légèreté.
Progressivement, Shelton a accéléré ses frappes, notamment sur ses coups droits du fond de court, et a brisé le service de Khachanov pour mener 5-4. Sous pression pour conclure ce set, il a su dominer avec un service puissant à 134 mph et un passing-shot gagnant qui lui ont permis de pousser la rencontre à un ultime set sous l’ovation du public.
Avant le set décisif, un soin a été apporté à la jambe droite de Shelton, sans que cela n’entrave sa performance. Les deux joueurs ont parfaitement tenu leur engagement au service sans offrir la moindre balle de break, préparant un dernier tie-break digne des plus grandes confrontations.
Shelton a pris une avance décisive dès les premiers points et a fait preuve d’une agressivité remarquable. Son coup de grâce, un coup droit fulgurant long de ligne, lui a permis de sceller la victoire, déclenchant un rugissement libérateur.
Quelques heures avant la finale, Shelton répétait ses services avec son père, dissipant les dernières hésitations et maximisant la précision, comme en témoigne son habileté à toucher les cibles placées sur le court.
Selon Bryan, cet entraînement a amélioré la maîtrise du service de son fils cette saison : « Il est plus précis, il préfère parfois manquer son coup plutôt que de donner des balles faciles à attaquer. C’est une stratégie payante. »
Le point final a été scellé sur un service surpuissant à 124 mph, provoquant une erreur non provoquée de Khachanov. Ce dernier reconnaît sans ambages la domination au service de son adversaire : « Il s’est bien servi, c’est indéniable. »
Visiblement ému, Shelton a célébré ce triomphe avec son équipe, partageant une chaleureuse accolade avec son père et entraîneur. Le duo transpire la complicité qui va bien au-delà du tennis, mêlant amour paternel et respect mutuel sur le circuit.
« Il a une belle intelligence de jeu, il respecte aussi la mienne, et me laisse jouer librement dans les moments cruciaux, » décrit Ben à propos de Bryan. « Mais il apporte toujours de petites astuces en cours de match qui font la différence. »
Après cette aventure de 12 jours, ponctuée par la pratique, la récupération et les matches, le père et fils savourent un moment d’une rare intensité. Selon Bryan, il s’agit là « de poser son masque de guerrier pour enfin laisser parler les émotions véritables et l’amour fraternel ».
En décrochant ce titre, Ben Shelton grimpe désormais à la 6e place mondiale ATP et pointe au 4e rang de la Race to Turin. Un parcours qui avait commencé du temps où il était simple étudiant à l’Université de Floride, où il avait remporté le premier titre national pour les Gators. Cette victoire à Toronto pourrait bien être le tremplin vers les sommets du tennis mondial.
Photo : Matthew Stockman / Getty Images
Points à retenir
- Ben Shelton prouve qu’il n’est pas qu’une étoile filante en remportant son premier titre ATP Masters 1000 à 22 ans, ce qui est plutôt jeune pour une telle consécration.
- Sa ténacité est presque légendaire : plusieurs fois au bord de la défaite, il revient toujours avec la même rage de vaincre. Peut-être qu’il a un GPS intégré pour retrouver la victoire ?
- Le fair-play, ça compte : offrir le service à son adversaire suite à un problème technique, c’est le genre de geste qui ne coûte rien mais qui fait toute la différence dans l’esprit du public.
- Son entraîneur et père, Bryan, joue plus le rôle de coach tactique que celui du père poule, donnant à Ben la liberté nécessaire pour briller.
- Le service de Shelton s’est affûté cette saison : précision et puissance font désormais bon ménage, avec un petit supplément d’âme quand il faut “servir les tubes”.
- Le tie-break du dernier set : à chaque fois qu’il atteint ce stade-là, on sent que le suspense et les coups spectaculaires sont au rendez-vous. Ce match ne déroge pas à la règle.
Alors que le jeune prodige continue d’escalader les classements, on ne peut s’empêcher de se demander si un futur numéro un est en train de se forger sous nos yeux. Reste à voir si le poids de la pression ne le fera pas déraper ou s’il va continuer à nous épater avec des exploits dignes de film. En tout cas, avec un papa-coach pareil et ce fameux “ping” au service, je parierais volontiers une raquette sur sa progression. Et vous, allez-vous suivre la saga Shelton avec la même impatience que nous ?