Wimbledon, temple du tennis et de ses traditions, fait face à une interrogation majeure.
Si Billie Jean King, la reine du All England Club couronnée à cinq reprises, avait son mot à dire, une règle vieille de plusieurs décennies disparaîtrait aussi vite qu’un service gagnant.

Depuis 1995, Wimbledon applique un code vestimentaire extrêmement strict : les joueurs, hommes comme femmes, doivent porter des tenues « presque entièrement blanches ». Une touche de couleur est tolérée, mais dans une largeur ne dépassant pas un centimètre.
Ce durcissement réglementaire fait suite à une précédente règle datant de 1963, qui ne demandait que des vêtements « majoritairement blancs ».
Dans un entretien accordé à The Telegraph, Billie Jean King, dont la première victoire à Wimbledon remonte à 1961 en double dames, confie que ce costume immaculé complique parfois la compréhension visuelle du match pour les spectateurs.
« On allume la télé, un match démarre, et on se demande fatalement : “Mais qui est qui ?” », s’amuse-t-elle.
« Les fans de tennis expliquent : “Regardez le petit marqueur à côté du nom pour savoir qui sert.” Mais est-ce vraiment nécessaire ? Pourquoi devrais-je avoir à chercher un signe pour identifier les joueurs ? », ajoute-t-elle, vaguement exaspérée.
Un autre fervent défenseur d’un changement est l’Australien Nick Kyrgios. Lors de son parcours jusqu’en finale à Wimbledon en 2022, il a écopé d’une amende de 16 000 dollars pour avoir osé enfreindre le code blanc avec une casquette rouge et des chaussures rouges, clin d’œil à Michael Jordan.

« Je portais une casquette rouge Jordan et des chaussures rouges Jordan, juste en entrant sur le court », raconte Kyrgios. « Pourtant, la règle impose d’être principalement en blanc. Résultat : une amende de 16 000 dollars pour deux touches de rouge. »
Quant à Billie Jean King, elle imagine un tennis plus ouvert à la personnalisation :
« Je verrais bien des maillots avec le nom des joueurs dans le dos. Cela permettrait à la fois aux athlètes et au tournoi de générer plus de revenus. Nous passons à côté de millions. Le public, particulièrement les jeunes, adore reconnaître les noms et les numéros. Pourquoi ne pas reprendre ce qui marche dans d’autres sports ? »

Pour l’heure, aucun joueur de tennis ne porte de nom ou de numéro sur sa tenue, mais plusieurs sports ont récemment brisé ces conventions centenaires. Ainsi, lors du Tournoi des Six Nations 2024, les rugbymen ont inauguré l’affichage de leurs noms sur le dos de leurs maillots. De même, en cricket, les numéros et noms sont désormais obligatoires depuis 2019, mettant fin à une tradition de 142 ans.
Points à retenir
- La tradition vestimentaire stricte de Wimbledon remonte à plusieurs décennies et veut un blanc quasi intégral, laissant peu de place à la créativité.
- Billie Jean King, figure emblématique du tennis, estime que cette règle brouille la visibilité des joueurs, surtout pour ceux qui regardent à la télé.
- Nick Kyrgios a subi une lourde amende pour avoir cassé le code couleur, ce qui montre que le tournoi ne plaisante pas avec le all-white.
- Les autres sports like rugby et cricket ont déjà commencé à abandonner les règles rigides sur les tenues, en introduisant noms et numéros pour personnaliser les maillots.
- Apporter plus de fantaisie aux tenues pourrait potentiellement générer de nouveaux revenus grâce au merchandising, un « trou » financier selon Billie Jean King.
En somme, Wimbledon, ce bastion du passé, va-t-il céder à la modernité et laisser les joueurs afficher leur nom en gros sur le dos, façon Neymar version court en gazon ? Ou le All England Club préférera-t-il rester figé dans le blanc immaculé, rappelant ces vieilles photographies un peu poussiéreuses ? En tout cas, entre l’amende pour une pelure de couleur et la nostalgie des années d’or, je me demande si on ne finirait pas par reconnaître les joueurs… à leur personnalité sur le terrain plutôt qu’à leur uniforme ! Peut-être que la prochaine révolution sera un maillot hybride alliant tradition et petits clins d’œil colorés, histoire de faire chavirer les téléspectateurs… et les sponsors. Qui sait, le tennis est parfois un sport bien trop sérieux pour lui-même.