Less d’une heure après sa victoire éprouvante en quatre sets face à Flavio Cobolli, qui lui a permis de décrocher une 14e demi-finale record dans ce tournoi qu’il chérit tant, Novak Djokovic avait déjà la tête tournée vers le défi colossal qui l’attendait. « Sinner et Alcaraz, ce sont les forces dominantes du moment dans le tennis, » a déclaré Djokovic. « Si je veux aller plus loin, je dois battre le numéro un mondial et, enfin, affronter Alcaraz en finale. »
Cette légère bévue du champion aux 24 titres du Grand Chelem révèle beaucoup. Le vainqueur de la demi-finale entre Djokovic et Jannik Sinner affrontera probablement Carlos Alcaraz, tenant du titre pour la deuxième année consécutive à Roland-Garros. Mais Alcaraz doit d’abord se défaire de Taylor Fritz, cinquième tête de série, dans l’autre demi-finale. Certes favori devant le public de la Centre Court, le jeune Espagnol ne peut pour autant considérer sa victoire comme acquise.
Il n’est guère surprenant que ces deux joueurs occupent tant l’esprit du Serbe. Après avoir dominé le tennis mondial pendant des années, accumulant 428 semaines au sommet du classement ATP et étant la cible de tous, Djokovic se trouve désormais face à deux talents d’une nouvelle génération qui n’ont pas encore atteint leur apogée. Dans ce nouveau paysage où conquérir un titre majeur signifie souvent passer par Sinner ou Alcaraz, le vétéran se prépare au combat le plus ardu.
Fait notable : à 38 ans, avec un compteur kilométrique conséquent, Djokovic demeure le plus à même de contrer Alcaraz et Sinner. Lors des tournois du Grand Chelem, son objectif premier, il s’est imposé comme l’adversaire numéro un. Cette année encore, il a atteint les trois demi-finales majeures, éliminant tour à tour Alcaraz et Alexander Zverev – troisième mondial.

Alors que le duel Djokovic-Alcaraz reste équilibré, les échanges avec Sinner témoignent du chemin différent emprunté par les deux joueurs. Le Serbe avait remporté quatre des cinq premiers affrontements, dont deux à Wimbledon. Mais depuis que Sinner a renversé la situation, sauvant trois balles de match à son encontre lors de la demi-finale de la Coupe Davis 2023, l’Italien impose sa loi, remportant les quatre rencontres suivantes. Jusqu’à la fin du deuxième set à Roland-Garros, Djokovic, considéré comme un des meilleurs relanceurs de l’histoire, n’avait pas réussi à breaker le service de Sinner depuis 2023.
Cette dernière victoire de Sinner à Paris a mis en lumière la maîtrise mentale acquise par le jeune Italien. Après un début hésitant, Djokovic a trouvé des opportunités qui auraient pu tout changer, mais que le temps n’a plus voulu saisir. Autrefois, le champion se serait assuré ces moments cruciaux. Cette fois, c’est Sinner qui a fait preuve d’un sang-froid remarquable. « J’ai une nouvelle chance, » a reconnu Djokovic. « Pour moi, c’est ça qui compte le plus… Être en phase finale des grands tournois et jouer face au meilleur joueur du monde en ce moment. »

Malgré cette défaite frustrante, Djokovic est reparti de Court Philippe-Chatrier avec la certitude que son niveau de jeu reste proche de celui du numéro un mondial. Son plus grand défi réside désormais dans l’endurance physique, indispensable pour maintenir une intensité maximale sur des matchs en cinq sets. « Sur le plan physique, j’espère pouvoir tenir la cadence, » confie le joueur. « C’est plus inquiétant que le jeu à proprement parler. Quand je suis en forme, je sens la balle, je sais que je peux rivaliser et même battre ces joueurs si je joue au mieux. »
Cette réflexion explique pourquoi Djokovic considère que Wimbledon demeure sa meilleure chance pour décrocher un 25e titre du Grand Chelem et devenir le champion majeur le plus âgé de l’histoire. La nature moins éprouvante du gazon lui convient mieux, favorisant son service, encourageant un tennis plus offensif et lui permettant de raccourcir les échanges en montant plus souvent au filet.
De son côté, Sinner, qui avait lui aussi montré des signes d’inquiétude physique contre Grigor Dimitrov avant le retrait surprise du Bulgare pour blessure, a balayé ses doutes en battant sèchement Ben Shelton en trois sets mercredi.
Djokovic, qui a reporté puis annulé sa séance d’entraînement prévue à l’All England Club jeudi en raison d’un souci physique, devra élever son niveau au maximum pour approcher Alcaraz. Mais, par le passé, ce sont souvent ce type de grands rendez-vous qui ont inspiré ses meilleures performances.
Points à retenir
- Djokovic se projette déjà vers une finale de rêve contre Carlos Alcaraz, conscient que son parcours passe par Sinner.
- Alcaraz, bien qu’outsider en finale, est le grand favori face à Taylor Fritz, ce qui pourrait compliquer la tâche du Serbe.
- Malgré ses 38 ans et une carrière longue comme un jour sans pain, Djokovic reste le rival numéro un des jeunes prodiges.
- Son duel avec Sinner reflète la transition entre l’ancienne et la nouvelle génération, avec une nette domination récente du jeune Italien.
- Physiquement, Djokovic lutte pour maintenir son endurance, tandis que le gazon de Wimbledon lui offre une opportunité plus adaptée à son style.
- Le suspense demeure entier, avec des rencontres où l’expérience et la jeunesse se disputent la suprématie.
Au final, il est fascinant de voir ce vieux routier du tennis encore en pleine bataille avec des joueurs à peine sortis de l’adolescence. On aurait pu penser qu’à 38 ans, Djokovic aurait rangé sa raquette, mais non : il est là, prêt à dégainer son meilleur coup droit face à la nouvelle garde. Est-ce qu’on assiste à l’éternel retour du combattant, ou simplement au dernier acte d’une carrière légendaire qui refuse de s’écrire sans affrontements épiques ? Moi, je parie sur une épique final à l’image du spectacle que seul ce trio sait offrir. Vous en pensez quoi ?