mar. Juil 14th, 2026
Le grand moment allemand à Wimbledon, le dernier feu des étoiles

Wimbledon 2018 : comment Angelique Kerber a écrit l’histoire, il y a huit ans

Le 14 juillet 2018, il y a tout juste huit ans, Angelique Kerber a réalisé quelque chose que l’on croyait réservé à une autre époque : s’inscrire une fois pour toutes au tableau d’honneur de Wimbledon. En remportant l’édition de ses rêves, la joueuse allemande de 30 ans a décroché son troisième titre du Grand Chelem et, surtout, le premier (et le dernier, jusqu’alors) succès en simple côté allemand dans ce prestigieux tournoi sur gazon, depuis Steffi Graf en 1996.

En finale, Kerber croisait la route de Serena Williams, l’Américaine intraitable. Deux ans plus tôt, sur le Court Central, Kerber avait déjà rencontré Williams… et s’était inclinée. Cette fois, le scénario a basculé : dès l’entame, Kerber était en pleine possession de ses moyens, a pris tôt le service adverse et a imposé son rythme pendant de longues séquences sur le court.

Après seulement 65 minutes, elle convertissait sa première balle de match pour s’imposer 6-3, 6-3. L’émotion était à la hauteur du moment : « Un rêve est devenu réalité », a déclaré Kerber. Dès son plus jeune âge, elle voulait gagner à Wimbledon… et voilà que ça arrivait.

Points à retenir

  • Wimbledon 2018 n’est pas tombé du ciel : Kerber avait déjà montré des signes de forme avant d’atteindre le sommet.
  • Sa capacité à changer de dynamique face à Serena Williams a fait la différence : tôt dans le match, elle a pris le contrôle.
  • La stabilité mentale compte autant que le jeu : son évolution sur le gazon, notamment sur le service, a été déterminante.
  • Le parcours de Kerber rappelle un truc assez vrai dans le sport : les années se suivent et ne se ressemblent pas… et on peut quand même rebondir.
  • Enfin, son histoire personnelle (et la place du tennis dans son quotidien) éclaire bien pourquoi Wimbledon a autant compté pour elle.

Pour moi, ce qui rend cette victoire encore plus marquante, c’est qu’elle raconte un chemin complet : pas seulement le match de finale, mais la construction, la retombée, puis le retour au bon niveau. Et c’est aussi une leçon de sport (et de vie) : persévérer, ce n’est pas glamour sur le moment, mais ça finit parfois par payer — à condition d’y croire malgré les matchs qui ne tournent pas. En journaliste, je garde surtout ça en tête : les grands titres ne sont jamais “juste” des titres, ils sont le résultat d’un parcours, de choix et de travail. Et quand on parle d’athlètes comme Kerber, on devrait aussi parler de la durée, pas uniquement du coup de projecteur.

Kerber grandit… au-dessus d’un court de tennis

Quand Angelique Kerber n’a que trois ans, sa famille s’installe à Kiel. C’est là que tout commence sérieusement : ses parents, originaires de Pologne, travaillent dans une salle de tennis, et la famille vit au-dessus. Sous la supervision de son père, Slawek, la jeune Kerber met très vite le pied — et surtout les pieds sur le court — de façon presque quotidienne.

Après son diplôme de la Realschule, en 2003, elle choisit de devenir professionnelle. Les premières années ne ressemblent pas encore à un film de champions : jusqu’en 2011, ses résultats restent plutôt irréguliers, sans percée majeure.

Elle entre néanmoins dans le cercle des meilleures en 2007, lorsqu’elle fait son apparition dans le top 100. La même période marque aussi ses premières expériences en Grand Chelem, notamment aux French Open, avec une entrée dans le tableau principal. Entre 2004 et 2009, elle remporte onze tournois sur le circuit ITF.

2011 : un cap franchi à l’US Open

En 2011, Kerber ne semble pas encore avoir “tout” pour dominer durablement. Pis : à un moment, elle pense même à arrêter. Puis arrive le déclic. Aux US Open, elle s’impose comme surprise en atteignant les demi-finales, sans être tête de série.

Dans les années qui suivent, elle progresse au classement. En mai 2012, elle intègre pour la première fois le top 10, et en février de la même année, elle remporte son premier titre WTA à Paris. Mais avant de revenir au niveau qui va culminer plus tard, il faut attendre le bon timing : jusqu’à la fin de 2015, les performances les plus grandes restent rares, à part cette demi-finale de Wimbledon en 2013.

2016 : la saison où tout s’aligne à Melbourne

En 2016, tout change. Kerber vit une saison qui ressemble à un “ticket aller simple” vers les sommets, en commençant par son triomphe à l’Australian Open. À Melbourne, elle bat Serena Williams, mal à l’aise mais surtout battante, en trois sets.

Si les victoires ne sont pas systématiques — elle s’incline en début de tournoi à Rome et Madrid, puis à Roland-Garros — Wimbledon devient de nouveau un terrain favorable. La finale perdue contre Williams ne la brise pas : quelques semaines plus tard, elle décroche aussi la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Rio.

Le 12 septembre, elle prend la première place du classement mondial, devenant la première Allemande après Steffi Graf.

Deuxième Grand Chelem : victoire à l’US Open

Presque parfait, l’enchaînement de Kerber se poursuit avec un nouveau titre majeur. Aux US Open, elle bat Karolina Pliskova en finale : 6-3, 4-6, 6-4.

À l’époque, son entraîneur est Torben Beltz, un duo qui a déjà contribué à la rendre plus solide. Après une parenthèse avec Carina Witthöft, Beltz revient en 2015 auprès d’elle.

Mais le début de 2017 marque un ralentissement : en tant que détentrice du titre, Kerber échoue aux Australian Open dès les huitièmes face à Coco Vandeweghe. Sur la saison, elle ne dispute qu’une seule finale, et sa chute au classement arrive peu après Melbourne. Certes, elle revient pendant un temps grâce au retour après la pause liée à Williams… mais après Wimbledon, Pliskova la dépasse.

2017 : chute au classement et période compliquée

Aux All England Champions Club, son parcours s’arrête dès les huitièmes. C’est aussi le cas à Roland-Garros au premier tour et aux US Open 2017. Naomi Osaka profite de sa période difficile.

La saison se termine avec Kerber classée 21e mondiale. Elle prend alors une décision : séparation avec son entraîneur de longue date, Beltz. Elle explique que “une autre voix” lui a fait du bien après une collaboration longue — plutôt logique quand on veut redémarrer.

Le relais est assuré par Wim Fissette, le coach ayant déjà travaillé avec plusieurs grandes joueuses. Et avec lui, la dynamique repart.

2018 : retour dans le haut du tableau… puis Wimbledon

Au début de 2018, Kerber atteint la finale du Hopman Cup avec Alexander Zverev. La Suisse gagne au final, mais Kerber ne perd aucun match en simple.

À Sydney, elle enchaîne : elle bat Ashleigh Barty en finale et met fin à une longue série sans titre, son premier depuis l’US Open 2016.

Son niveau se confirme dès l’Australian Open où elle atteint les demi-finales. Face à Simona Halep, l’histoire s’arrête, mais le retour du “mode 2016” commence à se sentir : moins de fautes, plus d’engagement jusqu’à la dernière minute, et une constance qui revient.

Après un revers à Stuttgart à cause d’une blessure à la cuisse, Kerber réalise tout de même une performance solide à Roland-Garros : quart de finale seulement, stop face à Halep, la future vainqueure, dans un match très serré. Elle grimpe jusqu’à la 9e place mondiale.

Sur le gazon, elle traverse une petite zone d’incertitude (défaite de départ à Majorque contre Alison Riske), mais elle se reprend avec une demi-finale à Eastbourne. Ensuite, le grand rendez-vous arrive, et cette fois, elle ne le laisse pas filer.

Wimbledon : le moment historique

Sur le “gazon sacré” de Wimbledon, Kerber prouve définitivement qu’elle est de retour. Jusqu’à la finale, elle ne concède qu’un seul set, face à la jeune Claire Liu. Son jeu est stable, parfois même supérieur à celui de deux ans plus tôt — notamment au service.

Elle a aussi gagné une marche mentale. Barbara Rittner, alors responsable du tennis féminin au DTB, résume bien l’idée : “Angie est constante et calme.”

Et c’est exactement ce qui la mène au titre : le triomphe à Wimbledon devient historique. Première Allemande à s’imposer dans ce tournoi depuis Steffi Graf.

Après une pause, elle reprend sur dur à Toronto (Rogers Cup) et s’incline dès le deuxième tour. À Cincinnati, c’est encore plus court. Puis aux US Open, elle quitte tôt la compétition, avant de remonter au classement jusqu’à la 3e place.

Changement d’entraîneur et saison qui se complique

Avant les WTA Championships, où elle s’arrête dès la phase de groupes, Kerber annonce surprenamment qu’elle met fin à sa collaboration avec Fissette. Son successeur est Rainer Schüttler, ancien finaliste à l’Australian Open.

À la mi-décembre, elle est élue à nouveau “Sportive allemande de l’année”, cette fois pour la seconde fois.

2019 : des Grand Chelem plus amers

En 2019, Kerber démarre motivée, mais le tennis ne lui fait pas de cadeaux. Au Hopman Cup, elle rejoue la finale contre la Suisse : même résultat, même défaite.

Aux Australian Open, en favorite parmi les têtes, elle s’incline dès les huitièmes face à Danielle Collins. Elle produit de belles performances ensuite — demi-finales à Doha et Monterrey, et finale à Indian Wells — mais cela ne suffit pas pour gagner un tournoi.

Aux Grand Chelem, c’est plus compliqué : Roland-Garros s’arrête au premier tour, Wimbledon au deuxième. Elle se sépare alors de Schüttler. Des rumeurs circulent aussi sur un possible entraîneur — Kerber dément rapidement.

Aux US Open, la crise se poursuit : élimination dès le premier tour. Peu de temps après, elle engage un nouveau coach, Dirk Dier, après plusieurs mois sans encadrement fixe.

2020-2021 : la période “ça va venir”

Les années 2020 et 2021 sont délicates : blessures, résultats en dents de scie, et interruption du circuit à cause de la pandémie. Malgré tout, en 2020, Kerber atteint les huitièmes à l’Australian Open. Pendant la pause, elle se sépare de Dieter Kindlmann et retrouve Torben Beltz.

En 2021, nouvelle difficulté : après une quarantaine avant Melbourne, elle sort dès le premier tour. La première partie de saison reste sans grande percée.

Retour sur le gazon… et au-delà

Quand la saison sur gazon arrive, Kerber retrouve son niveau. Elle remporte un tournoi WTA à Bad Homburg, puis atteint les demi-finales de Wimbledon. Elle enchaîne aussi des résultats solides : demi-finales à Cincinnati et quarts à Indian Wells, ce qui la fait remonter jusqu’à la 12e place mondiale.

En 2022, elle signe un 14e titre WTA à Strasbourg, avant de voir sa saison s’arrêter à Wimbledon. Puis en 2024, elle fait son retour sur le circuit : victoire avec l’Allemagne au United Cup. En juillet, elle annonce qu’elle mettra fin à sa carrière après les Jeux Olympiques de Paris.

Images et coulisses : un retour en arrière sur la victoire de Wimbledon 2018.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *