Le service d’Alexander Zverev est à la fois l’une des armes les plus redoutables du tennis… et l’une des plus déroutantes. Quand il fonctionne comme il faut — quasiment tout le temps, disons 98% — le joueur allemand donne l’impression d’avoir un interrupteur “mur infranchissable”. Et quand le fameux interrupteur lâche, le reste du match peut s’effondrer plus vite qu’un château de cartes sur un court en herbe.
N°3 mondial l’an dernier, Zverev a pourtant chuté dès le premier tour face à Arthur Rinderknech. Leur rencontre a même duré deux jours. Malgré un taux de première balle impressionnant (76% de réussite, meilleur chiffre du tournoi) et une mainmise sur les jeux de service (il en a remporté 25 sur 28), l’addition n’a pas suffi. En clair : “dominant, mais battu”. Un résumé qui colle aussi à la réalité du court, parfois cruelle avec les détails.
Porté, peut-être, par son premier grand chelem à Paris — obtenu à la 41e tentative — Zverev a évité un scénario similaire contre un autre adversaire plus jeune : Alexander Blockx. Le Belge, âgé de 21 ans, a été chercher l’exploit en enchaînant les points au bon moment, notamment dans le tie-break de la 4e manche. Résultat : victoire 6-4, 6-7 (8), 7-6 (5), 7-6 (0) malgré une résistance nourrie, jusqu’au moment où la pression finit par faire son travail sur le service.
Dans le premier set, Zverev a déroulé une mécanique de précision. Ses premières balles ont fusé à plus de 130 km/h, trouvant régulièrement le service et même la ligne : 21 réussites sur 26. Sur les points de deuxième service, il n’a pas laissé de place au doute, remportant quatre manches sur cinq. Son adversaire a tenu la cadence jusqu’au neuvième jeu, puis a craqué dans un jeu de service laborieux : Zverev a pris l’avantage d’entrée, puis s’est contenté de servir pour conclure.
Le deuxième set a ressemblé à une copie quasi conforme. Zverev a même amélioré son pourcentage de premières balles (82%). Blockx, lui, a mieux géré les moments délicats : pas de passage par le neuvième jeu cette fois, et surtout pas de balle de break de chaque côté. Le set s’est donc scellé au tie-break, comme si la rencontre avait décidé d’être régulière… jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus.
Et c’est là que le match a basculé. Après que les joueurs ont échangé des mini-breaks et que chacun a eu sa “balle pour le set” (9-8), le service de Zverev a soudain montré des signes de fatigue. Au pire moment possible : sa première double faute du match est tombée sur la balle de set de Blockx. Puis, dans le troisième set, ses cinq services suivants sont partis au long, à côté, ou dans le filet. Pas besoin d’être magicien pour comprendre : quand la rotation et la direction disparaissent, le reste du jeu suit.
Blockx n’a pas eu l’habitude de voir autant de balles pour attaquer : à ce stade du match, il n’avait presque jamais eu de deuxième service à exploiter. Et pourtant, il a réussi à recalibrer sa stratégie au moment où Zverev vacille. Il a enchaîné cinq points d’affilée, a repris l’avantage, puis a remporté le tie-break du troisième set pour creuser l’écart.
Au début du quatrième set, Zverev a obtenu un break précoce et a semblé se diriger vers une fin plus simple. Sauf que les “petites bêtes” du tennis — ce qu’on appelle communément la fortune et ses caprices — ont refait surface. Blockx a récupéré un break quasi “cadeau”, puisque Zverev a commis trois double fautes en seulement quatre points. Un rythme qui ne pardonne pas, surtout sur herbe.
Champion de Roland-Garros, Zverev n’a jamais dépassé le quatrième tour à Wimbledon. Pour espérer mieux cette année, il va falloir couper les oscillations. Son prochain rendez-vous au deuxième tour l’attend face à Valentin Royer.
“Quand j’ai vu le tirage au sort, je me suis dit : on recommence… pareil que l’an dernier”, a déclaré Zverev. “La façon dont il est monté au classement est incroyable à voir. Ce n’est pas difficile [de faire suite à la victoire à Paris], mais j’ai toujours un peu de mal sur ce court. Je l’aime, mais parfois ça coince. Je prends de l’âge… et j’espère aussi m’améliorer. J’aimerais avoir mon meilleur résultat à Wimbledon jusque-là cette année.”
Zverev a récemment expliqué qu’il a une allergie à l’herbe. Ce n’est pas pour autant qu’il a voulu en faire une excuse pour ses difficultés à SW19. “Il y a beaucoup de comprimés, beaucoup d’éternuements, et un nez complètement bouché. Malheureusement pour moi… mais je ne peux rien y faire. Je gère. Je me sens bien, je ne suis pas malade”, a-t-il précisé.
“Roland-Garros aide vraiment, mais je pense que je peux aussi bien jouer sur cette surface si je parviens à passer quelques matchs.”
Points à retenir
- Le service de Zverev a été terrifiant… jusqu’à ce qu’il ne le soit plus, ce qui, sur gazon, se paye immédiatement.
- Les statistiques donnent raison à Zverev sur la première balle, mais le tennis adore les “petits détails” au mauvais moment.
- Blockx a su profiter des brèches : dès que les double fautes et les services imprécis sont arrivés, il a cessé de subir et a accéléré.
- Zverev a mentionné une allergie à l’herbe : pratique à savoir, même si elle ne remplace évidemment pas la précision.
- Pour aller plus loin à Wimbledon, il faudra stabiliser ce qui a vacillé : direction, rythme, et surtout ces moments où tout se dérègle en chaîne.
Au fond, je trouve que ce match résume bien une vérité un peu agaçante : on peut être “meilleur” en chiffres et pourtant perdre sur quelques secondes mal calibrées. Je regarderai la suite avec attention, parce que si Zverev veut vraiment progresser à Wimbledon, il va devoir transformer son service de loterie en outil fiable — pas seulement redoutable quand il se réveille. Et dans le sport, c’est justement là que le travail compte : pas les excuses, pas les scénarios… la constance. En tant que journaliste, je le dis avec conviction : le public a le droit d’avoir des performances, pas uniquement des excuses médicales ou des statistiques qui brillent avant le naufrage.