lun. Juil 20th, 2026

Le 28 avril 2025 restera une date sombre pour le système électrique de la péninsule Ibérique. À 12h33, le réseau s’est effondré en à peine quelques secondes, plongeant l’Espagne et le Portugal dans le noir, tandis qu’une partie du sud de la France subissait aussi les conséquences, et que le Maroc enregistrait des perturbations liées à la coupure du flux électrique depuis l’Espagne.

Face à l’ampleur inédite de cet incident en Europe de l’Ouest, ENTSO-E, l’organisme européen rassemblant les 40 opérateurs nationaux, a décidé d’accroître la transparence de l’enquête, sous la pression des acteurs espagnols du secteur électrique qui réclamaient une plus grande indépendance des analyses. Ainsi, six semaines après la panne, un panel d’experts a exposé début juin ses premiers constats.

Le rapport préliminaire révèle que, dans la demi-heure précédant l’incident, deux épisodes majeurs d’oscillations de puissance et de fréquence ont affecté le réseau européen continental. Le premier, localisé entre 12h03 et 12h07, a surtout impacté l’Espagne et le Portugal. Le second, un phénomène d’oscillation Est-Ouest plus étendu sur le réseau européen, s’est produit entre 12h16 et 12h22 et a été partiellement maîtrisé grâce à diverses mesures comme la réduction des échanges entre la France et l’Espagne et des ajustements techniques dans le sud de l’Espagne.

Malgré ces efforts, la stabilité du système était déjà fragile, aggravée par de forts flux d’exportation électrique (1 000 MW vers la France, 2 000 MW vers le Portugal et 800 MW vers le Maroc). Cette situation déséquilibrée est pointée du doigt comme un facteur ayant fragilisé encore davantage le réseau ibérique, selon José Casas, directeur chez Endesa.

La catastrophe s’est déclenchée en une trentaine de secondes. À 12h32:57, plusieurs centrales du sud de l’Espagne se sont déconnectées brusquement, entraînant une perte de 2 200 MW en 20 secondes. Ni le Portugal ni la France n’ont enregistré de perte similaire à ce moment-là. Cette coupure massive a provoqué une montée de la tension électrique en Espagne et au Portugal, tandis que la fréquence chutait.

Quelques instants plus tard, à 12h33:19, la péninsule a perdu le synchronisme avec le reste du système européen continental. Les dispositifs de défense obligatoires ont bien été activés des deux côtés de la frontière, mais sans succès. À 12h33:21, les connexions aériennes entre la France et l’Espagne ont été coupées automatiquement, et trois secondes plus tard, le réseau s’est effondré, les liaisons hautes tensions (HVDC) vers la France cessant toute activité.

La réaction des opérateurs a cependant été rapide et coordonnée. Red Eléctrica (Espagne) et Redes Energéticas Nacionais (Portugal) ont lancé leurs plans d’urgence en lien avec leurs homologues français et marocains. Grâce à des centrales capables de démarrer sans réseau (black-start), la remise en service a débuté en moins d’une heure.

Les lignes entre la France et l’Espagne ont été reconnectées à partir de 12h44, la liaison avec le Maroc rétablie à 13h04, et l’interconnexion orientale avec la France remise en marche à 13h35. La restauration complète a été finalisée durant la nuit suivante, vers 4h00 pour l’Espagne et un peu plus tôt pour le Portugal. ENTSO-E a salué la rapidité et l’efficacité de cette remise en état, qui a limité les dégâts pour les économies et les populations concernées.

Enquête en cours

Un panel d’experts piloté par des figures reconnues du secteur européen a été constitué dès le 12 mai pour clarifier les causes de cet incident et proposer des mesures préventives. Il regroupe des représentants d’opérateurs, d’agences régionales et de régulateurs dont la CNMC espagnole. Leur travail se concentre pour l’instant sur deux questions : l’origine de la déconnexion initiale des centrales dans le sud de l’Espagne et l’échec des mécanismes de défense du réseau.

Pour avancer, les enquêteurs ont demandé à Red Eléctrica et aux autorités espagnoles des données détaillées en mai. Toutefois, ils rencontrent des réticences, notamment de la part de tiers invoquant des clauses de confidentialité. ENTSO-E rappelle que toutes les informations recueillies seront strictement confidentielles et utilisées uniquement à des fins d’analyse de cet incident.

Et ensuite ?

Le panel se réunit régulièrement toutes les trois semaines pour actualiser ses conclusions, avec un rapport final attendu à la Commission européenne et aux États membres. ENTSO-E insiste sur le fait que les informations publiées sont susceptibles d’évoluer au fil de l’enquête, recommandant prudence et vérification aux utilisateurs avant tout usage technique ou réglementaire.

Points à retenir

  • Le blackout ibérique du 28 avril 2025 est un événement rarissime, avec un coup de théâtre électrique en seulement 30 secondes.
  • Deux phases d’oscillations électriques précédant le crash montrent que tout n’était déjà pas très stable avant la panne.
  • Les exportations massives d’électricité ont sans doute joué le rôle de coup de trop dans une situation déjà tendue.
  • La chaîne de protection censée empêcher la catastrophe s’est avérée inefficace, un comble pour un réseau européen censé être robuste.
  • La coopération européenne a fonctionné pour la remise en service rapide, une consolation bienvenue mais qui ne suffit pas à dissiper les doutes.
  • La difficulté à obtenir des données sensibles met en lumière un petit mal récurrent : la tension entre transparence nécessaire et confidentialité des intérêts privés.
  • ENTSO-E et ses partenaires jouent le rôle de super enquêteurs, mais leurs préconisations à venir pourraient bien affronter les réalités politiques et économiques comme de vieux moulins.

Au final, derrière toute cette mécanique complexe et ces chiffres qui font tourner la tête, on reste un peu perplexe : comment un incident si brutal a-t-il pu survenir alors qu’on vante sans cesse la modernité et la résilience du réseau électrique européen ? Et surtout, peut-on vraiment parier sur une amélioration durable, ou va-t-on continuer à rebooter le système dès que le courant faiblit ? Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, je vous laisse réfléchir à ça… et patienter, faute de mieux.


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