Le président du Medef, la principale organisation patronale française, Patrick Martin, a appelé jeudi les autorités françaises à débloquer l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur. Selon lui, l’Amérique latine représente une priorité pour la France afin de s’ouvrir à de nouveaux marchés, dans un contexte économique mondial marqué par l’incertitude.
Dans une interview accordée à Radio France Internationale, Patrick Martin a souligné que, face à une croissance très faible en France et à des tensions commerciales persistantes avec les États-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, il est essentiel d’« élargir nos débouchés ». Il a insisté particulièrement sur l’importance d’accélérer la mise en œuvre de l’accord avec le Mercosur, tout en reconnaissant qu’il faut « corriger certains points », notamment en ce qui concerne les clauses dites « miroir » portant sur les règles environnementales.
Le patron du Medef a aussi rappelé l’intérêt croissant des entreprises françaises pour plusieurs régions, notamment pour des pays asiatiques, mais a insisté : « commençons par l’Amérique latine ». En effet, malgré le large soutien politique national, certains pays au sein de l’Union européenne cherchent à former une minorité de blocage afin d’empêcher la ratification de cet accord. Pour le Medef, il est pourtant urgent de trouver des moyens pour dynamiser l’activité des entreprises françaises à l’international, surtout avec des prévisions économiques peu optimistes.
Le dernier rapport conjoncturel de l’INSEE note que l’économie française ne devrait croître que de 0,6 % cette année, un chiffre en baisse par rapport à la prévision gouvernementale révisée à 0,7 %, elle-même revue à la baisse depuis début 2024. Patrick Martin attribue ces chiffres décevants à une mauvaise gestion des comptes publics et à une fragmentation politique qui déstabilise les entreprises et les pousse à repousser leurs décisions. Il souligne aussi qu’au sein de l’UE, certains États comme la Pologne ou l’Espagne affichent une croissance nettement plus élevée, respectivement six et cinq fois supérieure à celle de la France.
Les conditions posées par Macron
À la suite d’une pression publique du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva en début de mois, qui l’a invité à « ouvrir son cœur » à l’accord Mercosur-UE, Emmanuel Macron a admis que ce traité était bénéfique pour plusieurs secteurs, notamment dans le contexte tendu actuel lié aux droits de douane imposés par Donald Trump.
Cependant, il a insisté sur la nécessité d’un rejet ferme des secteurs agricoles français, inquiets des conséquences possibles d’une libre entrée des produits sud-américains sur le marché européen. Pour apaiser ces craintes, le président français propose d’inclure un « protocole additionnel » avec des clauses de sauvegarde et des clauses miroir assurant un équilibre des intérêts. Interrogé sur sa volonté de signer cet accord avant la fin de l’année – comme le souhaite Lula –, sous réserve de ces modifications, il a répondu favorablement, affirmant qu’il convaincrait les agriculteurs que cet accord leur profiterait.
Macron a rappelé que les agriculteurs européens respectent des normes beaucoup plus strictes, notamment sur l’usage des produits phytosanitaires. Si les pays du Mercosur veulent exporter leurs produits agricoles vers l’UE, ils doivent donc en respecter les règles. Enfin, ce protocole devrait également permettre l’activation rapide d’une clause de sauvegarde pour certains secteurs susceptibles d’être déséquilibrés par une ouverture trop soudaine des marchés.
Points à retenir
- Le Medef pousse pour une ratification rapide de l’accord UE-Mercosur, voyant en l’Amérique latine une issue face à la stagnation économique.
- La France fait face à une croissance atone, inférieure à celle de plusieurs de ses voisins européens, ce qui accentue l’urgence de s’ouvrir à de nouveaux marchés.
- Une bonne dose de diplomatie est nécessaire pour concilier les intérêts économiques et environnementaux entre partenaires européens et sud-américains.
- La protection des agriculteurs européens reste un point clé et sensible, nécessitant des garanties concrètes avant toute signature définitive.
- Malgré les tensions commerciales internationales, l’optimisme prudent domine chez certains responsables, eux qui rêvent d’un marché sans barrières mais avec des filets de sécurité bien accrochés.
Au final, on pourrait se demander si cet accord ne ressemble pas un peu à un mariage arrangé entre deux familles qui se regardent en chiens de faïence. Mais comme on dit, qui ne tente rien n’a rien… et puis, entre une croissance presque poussive et une frilosité en matière d’ouverture, mieux vaut peut-être attendre que le Mercosur prenne goût au café français avant d’en faire la star d’une nouvelle stratégie économique. À moins que, comme moi, vous doutiez que tout se passera sans accrocs, mais l’espoir fait vivre, même dans le monde des affaires !