Lorsque la cloche finale a retenti, Manny Pacquiao avait fait tout sauf remporter le combat. Samedi soir à Las Vegas, il a surpassé en nombre de coups portés, en efficacité et en engagement un champion 16 ans plus jeune, mais les juges ont rendu une décision différente.
Le retour combatif de Pacquiao, après une pause de quatre ans, s’est soldé par un match nul majoritaire face au tenant du titre WBC des poids welters, Mario Barrios. Un juge a donné la victoire à Barrios 115-113, tandis que les deux autres l’ont évalué à égalité 114-114, permettant ainsi au Texan de 30 ans de conserver sa ceinture de justesse. (Pour info, le média The Guardian avait donné la victoire à Pacquiao 115-113.)
« Je pensais avoir gagné le combat », a déclaré Pacquiao après le match. « Ce fut un combat serré. Mon adversaire était très dur. C’était un combat formidable. »
La décision a suscité une bronca nourrie parmi les supporters de Pacquiao présents au MGM Grand Garden Arena, qui avaient passé la soirée à encourager bruyamment le boxeur philippin de 46 ans. Pendant une bonne partie du combat, on a même cru assister à un moment historique.

Photographie : John Locher/AP
Dès le premier round, Pacquiao est entré dans le combat avec une intensité surprenante, jouant sur les angles, la vitesse et un volume de coups élevé, pour compenser l’avantage de taille et d’allonge de Barrios. Il a remporté cette première reprise grâce à une série de jabs et de coups droits gauches, déclenchant des ovations à chaque coup porté.
Si Barrios a commencé à trouver son jab et à contrer avec des droites au deuxième round, Pacquiao a rapidement repris le contrôle du combat dès le troisième round, imposant son rythme et sa cadence. Il a fait vaciller Barrios au sixième round avec un crochet gauche vif, alors que le champion semblait déjà subir sa supériorité technique. « Sa condition physique, sa puissance, son timing, tout cela reste impressionnant », a admis Barrios. « C’est un combattant très difficile à déchiffrer. »
La prestation de Pacquiao, notamment entre les sixième et neuvième rounds, avait des allures de voyage dans le temps. Il entrait et sortait de la distance avec une fluidité impressionnante, combinant des attaques rapides comme un homme de la moitié de son âge. À la fin du dixième round, il semblait largement en tête sur les points, obligeant Barrios à redoubler d’efforts. « Ce n’est pas que le combat m’échappait », a expliqué Barrios. « Je savais juste que je devais accélérer pour assurer ma victoire. »
Barrios a effectivement réussi à reprendre le dessus. Il a nettement gagné le onzième round avec sa meilleure série du match, contraignant Pacquiao à reculer à plusieurs reprises. Dans le dernier round, il a maintenu un rythme élevé, échangeant coups pour coups et terminant fort, ce qui lui a permis de s’imposer dans les trois derniers rounds sur l’ensemble des feuilles de score et de conserver son titre WBC des welters à 147 livres. « Je pense avoir encore gagné, mais je respecte énormément Manny », a déclaré Barrios. « C’est un honneur d’avoir partagé le ring avec un tel vétéran, un tel champion. Nous avons tout donné, avec respect et admiration. »
Ce combat était la première sortie de Pacquiao depuis sa défaite unanime contre Yordenis Ugás en 2021. Récemment intronisé au Temple de la renommée de la boxe internationale, presque personne ne s’attendait à ce qu’il monte à nouveau sur le ring à ce niveau, encore moins qu’il mette en difficulté un champion en titre. « Je suis plus expérimenté maintenant », a confié Pacquiao. « Je suis plus tactique, je prends moins de risques inconsidérés qu’avant. Je suis plus prudent. »

Photographie : Harry How/Getty Images
Cette maturité s’est reflétée dans ses déplacements mesurés et ses actions calculées, à tel point qu’il semblait parfois arbitrer lui-même le combat. Pacquiao a toutefois reconnu que son camp d’entraînement avait été précipité : « Je n’ai eu que deux mois de préparation. Pour un combat de championnat, il faudrait au moins trois mois et demi, voire quatre. Mais à cause des élections aux Philippines, j’ai commencé tard. Mais ce n’est pas grave, j’aime mon pays et je veux l’honorer. »
Avec un palmarès désormais de 62 victoires, 9 défaites et 3 nuls, dont 39 KO, Pacquiao envisage clairement de remonter sur le ring. Il souhaite même un combat revanche : « Oui, bien sûr. C’est le seul héritage que je veux laisser : inspirer les Philippins et rendre fiers tous ceux qui ont du talent, où qu’ils soient. »
Quant à Barrios, avec un bilan de 29 victoires, 2 défaites et 2 nuls, il se montre ouvert à cette idée : « Absolument, ce combat était énorme pour la boxe. Ce que nous avons apporté ce soir, j’aimerais vraiment le refaire. »
Quatre décennies après ses débuts professionnels, Manny Pacquiao prouve une nouvelle fois que l’âge n’est qu’un chiffre et que la grandeur, même sur un égalité, continue d’inspirer. « C’est une inspiration pour les anciens boxeurs », dit-il. « Avec de la discipline et de la persévérance, on peut toujours se battre. Je remercie Dieu, car sans Lui, Manny Pacquiao ne serait pas là aujourd’hui. Dieu est la source de toute ma force et de ma santé. »
Points à retenir
- Pacquiao, à 46 ans, démontre que la jeunesse n’a pas toujours le dernier mot, surtout face à l’expérience… même si cette dernière se fait un peu plus lente.
- Un résultat de match nul-majoritaire, parce que les juges aiment bien parfois nous rappeler qu’ils ont leur propre univers parallèle du sport.
- Deux mois d’entraînement avant ce combat, contre trois ou quatre habituellement — Pacquiao a clairement fait du « express ».
- Barrios n’a pas volé sa victoire, mais il aurait presque pu céder la ceinture au papy du ring, pour le spectacle.
- Une envie claire de revanche, parce qu’apparemment, ça ne se termine jamais dans la dignité sans une deuxième manche.
Au final, on peut se demander si ce combat n’était pas un peu un coup de pub immortalisant la légende Pacquiao, qui fait recette même quand il n’est plus au sommet. Mais après tout, qui ne voudrait pas voir un senior boxer montrer au jeune qu’un bon vieux tigre peut toujours griffer ? Je dis ça, je dis rien, mais… prêt pour le round deux ?