Il s’est écoulé quelques jours depuis que Tadej Pogacar a remis le Tour de France dans ses roues lors de la sixième étape. Et pourtant, on n’arrive toujours pas à passer à autre chose tellement sa prestation a marqué les esprits. Le Slovène a carrément plié l’épreuve dès la première étape de montagne : attaque, record sur l’ascension du Tourmalet, record à la descente, puis une montée jusqu’à Gavarnie qui lui a offert une avance d’environ trois minutes à l’arrivée sur Jonas Vingegaard. Un scénario qui ressemble plus à un rêve qu’à une étape.
Comme on pouvait s’y attendre, les spécialistes du cyclisme ont réagi à ce type de démonstration. Mais une intervention a particulièrement retenu l’attention : les propos de Bradley Wiggins, au cours du videopodcast The Move. Le vainqueur du Tour de France en 2012 s’est montré dubitatif sur la suite pour Vingegaard :
« Nous ne savons pas comment ça va se passer pour Jonas dans les deux prochaines semaines… mais j’ai un pressentiment, après l’avoir vu aujourd’hui : il ne finira pas la course. Je ne dis pas que ça va arriver, je dis simplement que j’ai vu un homme brisé aujourd’hui. »
Vingegaard, encore une deuxième place au Tour ?
Wiggins a ensuite insisté, en rappelant que Vingegaard a souvent répondu présent. Il souligne que les deux dernières années, le Danois a réussi à être à la hauteur jusqu’à Paris, en mettant Pogacar sous pression. Mais la question, c’est le “combien de temps” :
« Combien d’années il veut continuer à faire ça et à terminer deuxième ? Il n’y a pas grand-chose de plus qu’il puisse faire sur ces courses. »
À titre de comparaison, Wiggins semble estimer qu’être second, aussi prestigieux soit-il, ne suffit pas à construire un véritable objectif. Lui-même n’a jamais terminé deuxième au Tour : en 2012, il a gagné, en 2009, il a pris la troisième place. Dans ses autres participations, il a fini 122e en 2006, 24e en 2010, et a abandonné à deux reprises (2007 et 2011). Il a toutefois terminé deuxième sur la Vuelta en 2011. La suite s’annonce donc intéressante : dans les prochains jours, on verra quelle attitude adoptera Vingegaard et si son cas donnera tort… ou pas à Bradley Wiggins.
Points à retenir
- Pogacar a transformé une étape de montagne en démonstration “complète” : montée, descente et arrivée ont été instrumentalisées… dans le bon sens du terme.
- La sortie de Bradley Wiggins n’est pas un jugement technique : c’est une lecture de l’état mental et physique, avec un doute frontal sur la capacité à aller au bout.
- La deuxième place, même au Tour, n’a pas le même goût pour tout le monde : Wiggins questionne la répétition, pas le résultat.
- Vingegaard devra gérer à la fois la course et les perceptions : quand tout le monde parle de ton avenir, ton corps n’a pas toujours envie de coopérer.
Pour ma part, je trouve que ce genre de commentaire met le doigt sur une réalité un peu inconfortable : au cyclisme, on ne gagne pas seulement avec des watts, mais aussi avec la capacité à encaisser quand le scénario bascule. Et si Wiggins a raison, ce n’est pas juste une “mauvaise journée” — c’est une alarme pour tout le monde. Je suis curieux de voir comment Vingegaard va se repositionner, et j’espère surtout qu’on cessera de réduire une course d’un mois à un seul verdict : ce serait passer à côté de l’essentiel. En tant que journaliste, je continue de croire qu’il faut regarder le fond — la compétition comme elle est vraiment, avec ses limites, ses choix et ses conséquences.