Tourreporter
Depuis neuf ans, aucun sprinteur allemand n’a remporté un sprint massif au Tour de France. Pascal Ackermann, Phil Bauhaus et Max Kanter y croient encore — et ils ont raison de s’accrocher.
Les sprinteurs vivent de la conviction. Parce qu’au sprint, ils n’ont pas vraiment le choix : à plus de 70 km/h, il faut s’infiltrer dans un paquet où tout se décide en fractions de secondes. Et à la fin, il suffit parfois de quelques centimètres… pour savoir qui lève les bras et qui rentre avec la sensation d’avoir “presque”.
À Bordeaux, c’est Tim Merlier qui a passé le premier la ligne sur la 7e étape du Tour de France. Il a décrit son sprint après coup comme un combat : « Ils m’ont expédié partout, comme dans un ring ». Puis, au lieu de se contenter d’encaisser, il a choisi d’y aller — et il a gagné.
Marcel Kittel, dernier sprinteur allemand vainqueur
Avec ce succès, Merlier a réalisé ce que les sprinteurs allemands n’arrivent plus à obtenir sur les sprints massifs depuis longtemps. André Greipel et Marcel Kittel, eux, avaient installé une forme de routine : à deux, ils comptaient 25 victoires d’étape.
Le dernier triomphe allemand dans un sprint massif remonte à neuf ans. À l’époque, Kittel avait gagné à Pau la 11e étape : son cinquième succès sur le Tour 2017. Et la veille, il avait déjà pointé le bout du nez à Bergerac, avec une arrivée en tête.
Le samedi, l’étape 8 mettra le cap de Périgueux vers Bergerac. Et c’est aussi l’un des moments où les trois sprinteurs allemands encore en lice — Kanter en tête — gardent la foi. Max Kanter, notamment, a terminé quatrième à Bordeaux après une belle adresse au sprint final de la 5e étape à Pau, où il avait pris la deuxième place.
Le mot d’ordre de la nouvelle génération
Après la course, Kanter a mis son doigt sur le problème : « Le timing n’était pas parfait aujourd’hui ». Son équipe est restée bien groupée longtemps, mais un trou ne s’est finalement pas ouvert au bon moment. Il a lancé son effort environ 400 mètres trop tôt, selon lui : « Je savais que ça serait trop tôt… mais c’est mieux de ramener un résultat que de ne pas être dans le coup. »
C’est le baptême du Tour pour Kanter cette année. Et il ne se trompe pas : sur le Tour, les sprints massifs mettent aux prises un plateau impressionnant. Pour gagner, il faut que “tout” tombe au bon endroit — synchronisation comprise.
C’est aussi la philosophie qu’essaient d’appliquer, à leur manière, Pascal Ackermann et Phil Bauhaus. Ackermann a été douzième à Bordeaux, comme à Pau avant le contrôle antidopage. À 32 ans, le coureur du Palatinat affiche aussi trois victoires d’étape sur le Giro d’Italia. Sur le Tour, où il participe pour la troisième fois, ses meilleurs résultats jusque-là sont trois troisièmes places (en 2024).
Prochaine opportunité dès Bergerac
En 2024, Bauhaus avait déjà trouvé la deuxième place à Nîmes. À Bordeaux, ça a basculé au rythme des circonstances : « Par moments j’étais bien placé, par moments trop loin », résume-t-il. Il s’est aussi appuyé sur le travail de son coéquipier Matej Mohorič, spécialiste des classiques. « Il n’est pas un coureur de sprint à la base, mais sur les grosses courses, il sait faire », a souligné Bauhaus. Et d’ajouter, avec ce mélange de gratitude et de prudence propre au peloton : il lui “doit” beaucoup depuis son arrivée dans l’équipe, et espère pouvoir un jour rendre la pareille.
La 8e étape sera donc une nouvelle occasion : une des rares opportunités — sans compter trop sur les miracles — où les sprinteurs peuvent réellement jouer leur carte. La pression monte, surtout pour des profils comme Jasper Philipsen et Biniam Girmay, déjà habitués aux arrivées et qui ont aussi ramené le maillot vert des meilleurs au classement par points.
De son côté, Tim Merlier a désormais son étape. Au moment de célébrer, il s’est frotté les mains et a passé du temps à essuyer la tension sur ses épaules. Avant le Tour, il dit avoir reçu un message de son équipe : « On m’a dit que j’avais trop de pression. Je l’ai essuyée, ni vu ni connu ». Pour les autres, le carburant reste le même : la confiance — celle qui ne s’explique pas toujours, mais qui aide à se jeter dans l’embouteillage.
Points à retenir
- Sur un sprint massif, la “bonne” décision n’est pas toujours à la première seconde : c’est souvent celle qui arrive au millimètre, quand le paquet se réorganise.
- Les Allemands visent encore l’étincelle : Kanter progresse, Ackermann continue de traquer le timing, Bauhaus mise sur le soutien autour de lui.
- Bergerac arrive vite : et quand il n’y a “que quelques” chances de sprinter, chacun joue avec la même idée—celle d’être là au bon moment, sans déclencher trop tôt.
- Dans ce type de course, même un plan bien préparé peut être décalé par un détail… et parfois ce détail vous coûte juste assez pour finir “presque”.
À titre personnel, je trouve ça presque rassurant : tant que les sprinteurs allemands continuent d’identifier les causes (trop tôt, trop loin, pas assez d’espace au bon moment), on sait que la démarche est solide. Et moi, je suis journaliste engagé : je veux qu’on parle autant du travail de ceux qui portent le sprint que des gagnants sur la ligne. Alors oui, je garde un œil sur Bergerac — parce que le Tour n’attend pas que l’histoire s’écrive toute seule.