lun. Juil 13th, 2026
Kerry érige une statue en hommage au cycliste Murphy, héros de l’Iron Man

Dans le sud-ouest du comté de Kerry, on s’apprête à célébrer un héros du sport… et pas n’importe lequel : Mick Murphy. Une statue dédiée au cycliste sera dévoilée, rendant hommage à “l’Homme de fer”, surnom qu’il s’est forgé grâce à des méthodes d’entraînement pour le moins atypiques.

Originaire de Cahersiveen, Mick Murphy n’était alors presque pas connu sur la scène cycliste. Et pourtant : en 1958, il s’est imposé de manière improbable lors du Rás Tailteann. Deux ans seulement après l’achat de son tout premier vélo de course, l’homme qui venait pourtant d’un tout autre quotidien est devenu une figure marquante, à la fois légendaire et un brin mystérieuse, de l’histoire du cyclisme en Irlande.

La statue de Mick Murphy
La statue de Mick Murphy a été sculptée par l’artiste Mark Rode, basé dans le comté de Mayo.

Le triomphe de Mick Murphy s’inscrit dans une période “dorée” pour le cyclisme irlandais, où l’on croisait des noms comme Gene Mangan, Sé O’Hanlon ou Paudie Fitzgerald. Mais lui, sa présence soudaine et son tempérament excentrique ont donné à sa réussite une aura supplémentaire.

Pendant la course, il a été victime de plusieurs chutes. L’une d’elles l’a laissé avec une commotion, une autre avec une clavicule disloquée. Ses blessures étaient telles qu’il a dû être attaché à son vélo. Autant dire que son trajet vers le titre a alimenté les récits… et les conversations qui vont avec.

Lors de la troisième étape, il a d’ailleurs failli perdre le maillot de leader : sa chute a sérieusement endommagé sa machine. Dans un souvenir rapporté au fil des ans, il raconte notamment qu’après avoir cassé son vélo, il a couru environ deux miles avant de trouver, non loin d’un champ, un cycliste au volant… ou plutôt, un vélo, celui d’une fille. Il s’en est emparé, est reparti et a réussi à rattraper une grosse partie du retard avant l’arrivée à Clonakilty, défendant ainsi le maillot.

Mick Murphy blessé
Sur le parcours, Mick Murphy a dû composer avec plusieurs chutes.

Malgré ces blessures et cette série de contretemps, il a tenu la tête de la course dès la deuxième étape jusqu’à l’arrivée, six jours plus tard, à Dublin.

On le retient surtout comme cycliste, mais Mick Murphy ne se limitait pas à la petite reine. Il était aussi capable en course à pied, en boxe et en lutte. Et il a même passé du temps sur la route avec un cirque ambulant.

“J’étais un peu… un artiste de cirque un peu brouillon, comme ça”, expliquait-il. Sa spécialité ? Moins de “trucs” que certains artistes, mais deux belles routines : tenir debout à l’envers pendant des heures et réussir à équilibrer une échelle sur le menton. On comprend le principe : quand on a “le menton”, autant s’en servir.

En 1958, alors qu’il travaillait comme ouvrier agricole dans le nord du comté de Cork, Mick Murphy a décidé de se couper du confort pour se préparer. Il a quitté ses conditions d’hébergement pour établir un camp d’entraînement dans les bois, dormant dehors. Son régime d’entraînement se nourrissait de méthodes qu’il avait lues, inspirées d’un boxeur russe : exercices d’endurance, champs boueux, et même le fait de traîner un bloc de béton derrière son vélo. Sans oublier le sommeil en plein air, et un régime alimentaire particulièrement… audacieux, qu’il disait penser pour gagner un avantage sur la concurrence.

Mick Murphy à Srugreana, dans le comté de Kerry
En 1958, Mick Murphy a marqué les esprits au moment de sa victoire au Rás Tailteann.

Un passionné local, Liam Lynch, résume ce qui rend l’histoire encore plus marquante : “Il n’avait personne pour l’aider.” D’après lui, Mick Murphy faisait un travail physique lourd pendant la journée pour les grands agriculteurs, puis s’entraînait la nuit. Une organisation “impensable aujourd’hui”. Et l’image est parlante : difficile d’imaginer les footballeurs du Kerry courir la paille et la bêche en journée avant d’aller s’entraîner le soir… ce qui explique, au moins en partie, pourquoi on l’appelait “l’Homme de fer”.

La statue, elle, sera sculptée par Mark Rode, un artiste installé dans le comté de Mayo. Son œuvre sera dévoilée à Cahersiveen ce samedi, par Tom Daly, historien du Rás Tailteann et ancien président de Cycling Ireland. Mark Rode dit avoir été touché par la personnalité de Mick Murphy : une énergie propre, une volonté d’aller “à sa façon”, et l’idée de transmettre, à travers la sculpture, la force et l’indépendance de cet homme-là.

Mike Greaney, membre du comité local en charge du projet, rappelle aussi que la plupart des fonds ont été réunis par la communauté cycliste, par admiration. Comme dans les contes où l’on se demande si les héros ont vraiment existé, Mick Murphy a une histoire “réelle”, locale, presque “juste à côté”. Et si l’on cherche une motivation quand on se dit “je n’y arriverai pas”, son parcours reste une manière de répondre : Mick Murphy a décidé, il a fait, et le résultat a suivi.

Points à retenir

  • Son arrivée au sommet n’a rien d’un chemin classique : deux ans après l’achat de son premier vélo, il gagne le Rás Tailteann.
  • Entre les chutes, la commotion et la clavicule disloquée, il a littéralement dû “composer” avec son corps… et quand même tenir la tête.
  • Il ne se résumait pas au vélo : course, boxe, lutte, et même une vie de cirque ambulant. Autrement dit, un profil qui ne tient pas en une seule case.
  • Son entraînement faisait davantage appel à la débrouille qu’à la préparation “sur plan” : bois, sommeil dehors, exercices d’endurance, et régime très personnel.
  • Cette statue ne célèbre pas seulement une victoire, elle rappelle aussi une époque où l’effort physique comptait autant que la technique.

À mes yeux, l’histoire de Mick Murphy reste précieuse parce qu’elle désarçonne les récits trop propres : ici, il y a des blessures, des retards rattrapés, et des choix qui feraient lever un sourcil aujourd’hui. Alors, la vraie question que je me pose en écrivant ces lignes, c’est la suivante : et si le talent de fond, c’était surtout la persévérance, même quand tout n’est pas “prévu pour” ? Un rappel utile, et franchement inspirant, pour qui veut avancer sans attendre la permission.


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