Le football et l’identité canadienne: quand le monde s’invite chez nous
On dépeint souvent ce sport comme le beau jeu, le plus aimé du monde, un événement qui, d’après les réseaux sociaux, sert à la fois d’unité et de marqueur d’appartenance. Pour moi, épargnez-moi les slogans prêtés au football. Contrairement aux réactions acides suscitées par quelques tweets mesurés sur le sujet (attendues, après tout, dans le sport des polémiques et des choses dites trop vite), je n’ai pas pour autant une aversion affichée pour le football. C’est seulement lorsqu’il s’impose dans mon fil d’actualité — et trop souvent par des amis qui paraissent sans histoire — que tout cela m’agace.
Pour situer mes références: j’ai joué au football lorsque j’étais enfant — y compris une courte période comme gardien dans une sélection de l’île de Vancouver — et j’ai suivi des matchs à travers les années, tout en regardant les grands championnats européens avec une distance détachée. Depuis 2021, je passe près de la moitié de l’année en Angleterre, pays où le football est omniprésent et inévitable dans le paysage public.
Mais il est une chose de suivre une passion étrangère à l’étranger, et une autre d’être confronté au moment où ce qui se passe ailleurs envahit votre propre pays, un Canada qui, à l’exception de quelques rares immigrés de première génération, n’avait jamais été passionné par le football. J’aime la compétition pour ce qu’elle est, et, en tant que sport, le football est plutôt « acceptable » — comparable à la Formule 1: une obsession étrangère qui fascine certains amis canadiens, souvent en parallèle avec des influences britpop. Je suis prêt à suivre, et parfois intrigué, mais ce n’est pas mon affaire.
Et c’est précisément ce qui me perturbe dans cette Coupe du Monde: le Canada a toujours eu une équipe de football — une équipe née de petits clubs comme celui de Galt, en Ontario, qui a remporté l’or olympique en 1904 face à une concurrence qui n’était pas vraiment redoutable — mais on ne nous avait pas demandé de nous sentir concernés. Après les défaites de nos équipes masculine et féminine lors des Jeux Olympiques, dans un sport national qui demeure le hockey, j’avais espéré que nous investirions massivement dans un véritable programme national de hockey: construire des infrastructures, rendre le jeu abordable pour les jeunes, attirer les nouveaux Canadiens vers ce sport.
Au lieu de cela, une partie non négligeable de la population est distrait par une compétition où nous sommes une simple épaisseur, et qui, s’il suffit d’y mettre l’argent nécessaire et de profiter de quelques coups de pouce, peut nous maintenir au bas de la deuxième division, à l’ombre de pays comme l’Iran ou l’Algérie. Ce n’est pas seulement l’absence d’appartenance nationale qui pose problème; le football n’est pas une discipline typiquement canadienne. Je ne reviendrai pas sur les doléances classiques liées à des tactiques jugées lourdes, au manque de buts, ou à des accusations de corruption (les dirigeants de la FIFA font passer Alan Eagleson pour un saint). Mon objection est ailleurs.
Je refuse d’adhérer à l’idée que le football est une expression naturelle de l’esprit canadien. C’est un sport où les joueurs peuvent simuler, s’effondrer et se débattre pour obtenir gain de cause; tout cela est toléré comme faisant partie des règles non écrites du jeu. Le football moderne semble refléter une culture où l’astuce et l’arrivisme deviennent des modes de vie, où contourner les règles est perçu comme maligne et où les règles elles-mêmes servent parfois les plus malins plutôt que l’équité. Ce phénomène ne correspond pas à l’essence canadienne — ou du moins, pas à celle qui m’est familière — et c’est là le cœur du malaise: le fait de devoir s’intéresser au football peut donner l’impression d’un Canada qui se détourne de lui-même, dans plusieurs sens.
Bon à savoir
– Le football est un phénomène culturel mondial qui peut influencer les identités nationales, mais son poids varie selon chaque pays et chaque culture sportive.
– Le hockey sur glace conserve une place centrale dans l’imaginaire sportif canadien; son avenir dépend d’un investissement soutenu et d’une accessibilité accrue pour les jeunes.
– La manière dont le football est joué et perçu (par exemple, les enjeux autour des fautes et des simulations) peut influencer l’image du sport et les attentes du public.
– L’émergence du football chez les jeunes peut nourrir un débat sur l’équilibre entre valorisation du sport national et immersion dans la culture sportive internationale.
– Les médias et les fédérations ont un rôle à jouer dans l’éducation du public sur les valeurs de fair-play, de respect des règles et d’éthique sportive.
– Il est utile d’encourager les jeunes à diversifier leurs pratiques sportives tout en préservant les particularités et les forces des disciplines canadiennes traditionnelles.
Note: Cet essai réinvente un point de vue personnel sur le football et son impact sur l’identité sportive canadienne, invitant à une réflexion collective sur la place du sport mondial dans une société bilingue et diversifiée comme la nôtre.