lun. Juin 29th, 2026
Djokovic réclame des changements urgents dans le tennis et s’en prend au calendrier ATP

Novak Djokovic a dû batailler contre un adversaire coriace, Wu Yibing, pour s’offrir une place au tour suivant de Wimbledon 2026. Mais la vraie actualité est venue de ses déclarations en conférence de presse : le Serbe a livré l’une des analyses les plus denses qu’on ait entendues ces dernières années sur l’état du tennis pro, en pointant du doigt le calendrier, le fonctionnement de l’ATP et la direction prise par le circuit.

Septuple vainqueur à Londres, Djokovic a notamment exprimé son inquiétude face au nombre croissant de blessures. Il estime qu’il faut revoir la structure du circuit et s’est de nouveau montré critique envers l’extension des Masters 1000 sur deux semaines, une formule à laquelle il a toujours été opposé. Il a aussi évoqué l’avenir de la PTPA, a montré son soutien à Boris Becker et a salué le niveau affiché par Wu Yibing. En bref : la presse de Wimbledon 2026 n’a pas manqué de carburant.

Djokovic réclame des changements urgents dans le tennis pro et critique le calendrier de l’ATP

Un “reset” général, selon le Serbe

Pour Djokovic, le tennis est arrivé à un moment où il faut repenser en profondeur le fonctionnement du circuit, si l’on veut préserver son développement dans les prochaines années. Et, à l’en croire, la hausse des blessures n’est pas une simple coïncidence : elle serait la conséquence d’un problème plus structurel.

« Les statistiques montrent qu’il y a de plus en plus de blessures. Je pense qu’on doit l’analyser sous deux angles. D’abord, aujourd’hui, ce qui domine clairement le sport, c’est l’aspect commercial. On cherche à augmenter la valeur économique en créant des tournois plus longs, en allongeant leur durée, et en ajoutant de nouvelles compétitions dans un calendrier déjà saturé. »

Djokovic reconnaît qu’il a, lui, une certaine liberté dans le choix des tournois, ce qui le met moins à l’écart du calendrier que beaucoup d’autres joueurs. Mais il comprend les frustrations, y compris celles de Carlos Alcaraz et des autres qui disent passer trop de temps loin de chez eux.

« Je pense que le tennis a besoin d’un reset à grande échelle. Les circuits ne fonctionnent pas bien. Il se passe trop de choses dans l’ombre, trop de conflits entre les organismes qui gouvernent le sport, et pas assez d’unité. Les Grands Chelems resteront toujours les piliers, mais le circuit doit revoir le calendrier, les formats et plusieurs règles actuelles. Il faut que tout le monde se réunisse et réfléchisse à ce qui est le mieux pour l’avenir de ce sport. »

Masters 1000 : la décision qui “rapporte”, mais pour qui ?

Le Serbe a expliqué pourquoi il s’est toujours opposé à l’idée d’étendre les Masters 1000 à deux semaines. Son point principal : ce format n’aurait pas servi en priorité les joueurs, malgré l’argumentaire.

« J’ai toujours été contre ce format. D’un point de vue commercial, ça génère plus de valeur, d’accord. Mais la question est : valeur pour qui ? Principalement pour les propriétaires de tournois. »

Djokovic dit avoir souvent essayé d’expliquer aux joueurs le fond de l’accord de “trente ans”. Selon lui, les bénéfices pour les athlètes seraient moindres que ce que l’on imaginait. L’extension créerait davantage d’argent pour les tournois eux-mêmes, tandis que les investissements réalisés servent ensuite d’arguments lors des négociations de répartition.

« Les joueurs touchent les revenus du stade seulement pendant les deux semaines que dure le tournoi. Le reste de l’année – ces cinquante autres semaines – tout cet argent va directement au propriétaire de l’infrastructure. Quand j’étais président du Conseil des joueurs, j’ai tenté de bloquer cet accord, mais je n’avais pas assez de pouvoir. Finalement, ça a été adopté et maintenant, on doit vivre avec les conséquences. »

Attirer les jeunes : du spectacle plus dynamique (sans toucher aux Slams)

Djokovic s’est aussi interrogé sur la manière d’adapter le tennis aux habitudes de consommation actuelles, sans renier son héritage. Il reconnaît défendre l’histoire du sport, mais insiste sur la nécessité de rendre le tennis plus accessible aux générations qui arrivent.

« J’ai toujours défendu la tradition et l’histoire de notre sport, mais on doit aussi se demander comment on donne envie aux jeunes de s’y intéresser. Il y a quelques années, la PTPA avait réalisé une étude : l’âge moyen du public du tennis était de 61 ans. Avec tout le respect, on doit attirer un public plus jeune. »

Il estime que si les jeunes regardent les Grands Chelems, ils ne vont pas rester quatre ou cinq heures, chaque jour, devant un match. Et il rappelle que l’attention du public a changé.

« À mon avis, sur le circuit, les tournois devraient tester des formats plus dynamiques : des matchs moins longs et des propositions plus attractives pour le spectateur. Les Grands Chelems, c’est une autre histoire. En dehors, il faut oser innover. »

La PTPA : pourquoi elle existe, et pourquoi Djokovic ne ferme pas la porte

Interrogé sur une période délicate pour la PTPA, Djokovic a expliqué que l’organisation est née avec l’idée de représenter tous les joueurs, notamment ceux dont la voix n’est pas souvent entendue.

« J’ai toujours dit que la structure actuelle de l’ATP crée un conflit permanent. Les joueurs et les tournois n’ont pas les mêmes intérêts. J’ai passé des années au Conseil des joueurs et je connais parfaitement le système. En tant que joueur, on ne peut pas vraiment tout changer de l’intérieur. »

C’est pour cette raison que la PTPA a été créée avec Vasek Pospisil : pour obtenir une place autour de la table, là où les décisions se prennent réellement. Mais, d’après Djokovic, tout a ensuite pris une direction qui ne lui correspondait plus, ce qui l’a conduit à s’éloigner.

« Je ne ferme pas la porte à un retour un jour. Je crois qu’une organisation de ce type est nécessaire et doit coexister avec les autres organismes du tennis. Là, beaucoup de sujets sensibles sont encore ouverts : je préfère observer l’évolution. »

Becker : Djokovic espère le revoir rapidement à Wimbledon

Djokovic a aussi affiché publiquement son envie de voir Boris Becker revenir à l’All England Club. Il a expliqué qu’il a parlé avec l’Allemand avant Wimbledon pour faire le point : Becker n’aurait pas encore l’autorisation d’entrer au Royaume-Uni.

« J’aimerais vraiment le revoir ici. C’est une véritable légende du sport : il a été mon entraîneur pendant l’une des périodes les plus réussies de ma carrière, et surtout c’est un ami. Il a un lien très spécial avec Wimbledon pour tout ce qu’il a accompli ici. J’espère sincèrement que les autorités reconsidéreront sa situation et qu’il pourra revenir rapidement. »

Wu Yibing a mené Djokovic au bout

Si la conférence a surtout tourné autour des sujets institutionnels, Djokovic a également tenu à souligner le niveau de Wu Yibing, qu’il décrit comme l’un des adversaires les plus exigeants rencontrés à Wimbledon.

« Je pensais pouvoir fermer le match en trois sets, puis d’un coup il a commencé à jouer un tennis incroyable. Il servait très bien, il renvoyait profond, avec une vitesse énorme, et à plusieurs moments je ne trouvais vraiment aucune faille. »

Djokovic explique aussi qu’il a baissé un peu l’intensité, mais seulement parce que son adversaire l’y obligeait par sa constance et son agressivité. Au quatrième set, il dit avoir été dans le dur, reconnaissant qu’il aurait probablement dû perdre ce set.

« À la fin, j’ai trouvé de bons services dans les moments importants et j’ai eu un peu de chance sur certains points décisifs. C’est un de ces matches où il faut creuser très profond pour s’en sortir. »

Au-delà de sa victoire sur Wu Yibing, Novak Djokovic a utilisé la conférence de Wimbledon 2026 pour se poser une nouvelle fois comme l’une des voix les plus influentes du tennis mondial. Il ne s’est pas limité à critiquer : il a lancé un appel à la réflexion sur le cap du sport, convaincu qu’une réforme en profondeur est nécessaire pour continuer à faire grandir le tennis et à le rendre plus attractif pour les nouvelles générations.

Points à retenir

  • Djokovic lie la hausse des blessures à l’organisation globale : calendrier saturé, formats plus longs, et logique avant tout commerciale.
  • Son opposition aux Masters 1000 sur deux semaines repose sur une idée simple : davantage de valeur, oui… mais pas forcément pour ceux qui jouent.
  • Le Serbe insiste sur l’attention plus courte du public : pour toucher les jeunes, il faudrait tester des matchs plus courts et plus “rythmés”.
  • La PTPA, pour lui, doit rester un outil de représentation. Il reconnaît que les orientations internes ne lui correspondaient plus, d’où sa mise en retrait.
  • Enfin, Wimbledon a aussi rappelé que sur le court, le tennis reste imprévisible : Wu Yibing l’a forcé à puiser dans ses ressources.

À lire ce qu’a dit Djokovic, je me dis qu’on tourne tous un peu autour du même problème depuis trop longtemps : le sport veut grandir, mais il semble parfois grandir “sur la facture” des joueurs. Et si l’on veut vraiment attirer une nouvelle génération, ce n’est pas en ajoutant juste des jours au calendrier qu’on y arrivera. En tant que journaliste, je trouve important que ces questions soient posées clairement : le tennis mérite un débat de fond, pas seulement des ajustements cosmétiques.


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