En roulant sur l’Apennin, depuis chez moi, pour trouver un endroit où le dépassement est autorisé, je dois parcourir environ 20 km : les routes ne sont que trois ou quatre tronçons, et pour le respect du Codice della strada je suis censé rester derrière les cyclistes. Le problème, c’est que je dois garder une distance latérale qui, entre la voie et l’espace de sécurité, dépasse largement ce que je peux “prendre” sans empiéter : à partir de là, je me retrouve à devoir occuper la voie d’en face… ce qui n’est évidemment pas permis. Pendant ce temps, quand ce sont des véhicules agricoles ou des animaux et qu’ils voient la file, eux s’arrêtent et laissent passer.
Et côté Codice della strada, les vélos de course “devraient” ne pas circuler sur route en l’absence d’autorisations et de logistique : bref, comme pour tout véhicule de compétition. Selon cette logique, ils ne devraient pas rouler côte à côte, et devraient aussi respecter une distance de sécurité avec le véhicule qui les précède.
Je n’ai rien contre les cyclistes en tant que tels. Mon point de friction, c’est avec ceux qui prennent la route sans tenir compte des autres ni des règles : demie-voie sur autoroute, clignotants oubliés au moment du changement de file, dépassements approximatifs, ronds-points gérés “à l’instinct”… et les piétons au téléphone, évidemment.
Au fond, j’ai une question : pourquoi faut-il que certains semblent vouloir créer du danger pour eux et pour les autres ? Je roule environ 50 000 km par an, et j’ai l’impression que l’éducation routière se dégrade nettement.
Points à retenir
- Faciliter un dépassement, quand c’est possible et seulement quand les conditions le permettent, peut aussi passer par un simple geste ou un coup de pouce : pas besoin d’inventer des règles, juste du respect.
- Distinguer le “bon sens” de la règle : raconter que la loi doit marcher comme on l’imagine, ce n’est pas la même chose que l’appliquer correctement.
- Une déformation des normes est vite arrivée : “les vélos de course n’auraient pas le droit” (sauf exception) peut donner l’impression d’une règle générale alors que, sur le terrain, les réalités sont plus nuancées.
- Le respect doit être pour tous : ce qui s’applique aux automobilistes doit aussi s’appliquer aux cyclistes, et inversement. Sinon, on fabrique une règle “à la carte”.
- Quand on roule beaucoup, on voit les tendances : sur 50 000 km par an, on finit par repérer les comportements récurrents… et ceux qui sont plus accidentogènes que d’autres.
Au-delà de la controverse, je trouve que l’essentiel est là : ce n’est pas le fait de discuter de sécurité qui pose problème, c’est quand on commence à tordre les règles pour les faire coller à son ressenti. Pour ma part, en tant que journaliste, je veux bien débattre du “ce qu’on souhaiterait voir”, mais sans oublier un point simple : sur la route, il faut d’abord comprendre ce qui est écrit, puis vivre ensemble avec la même logique de respect. Et franchement, si on peut corriger les usages — pas seulement pointer du doigt — on évitera que la route devienne une négociation permanente.