Sanhadji entre loyauté, sécurité et affaires financières: ce que révèle l’enquête sur les Bleus
Mohamed Sanhadji a veillé sur la sécurité de l’équipe de France pendant plus de deux décennies. Arrivé en 2004 comme policier, il est rapidement devenu une figure de confiance pour les différentes générations de Bleus passant par le vestiaire. Les joueurs le surnommaient “Momo” et son poids dans l’effectif était tel que, selon L’Equipe, les internationaux auraient défendu sa présence au Mondial 2026 et Zinedine Zidane aurait ensuite insisté pour le maintenir dans son nouveau cadre technique. Cet article, rédigé pour LesNews, reprend les éléments publiés par L’Equipe et les remet dans une lecture claire et fluide en français, tout en conservant les nuances des faits et la présomption d’innocence qui demeure.
Aujourd’hui, Sanhadji est mis en examen dans une enquête judiciaire ouverte en 2024. L’ancien policier est notamment visé par des accusations de recel de détournement de fonds publics, corruption active et passive, trafic d’influence actif et passif, trafic d’influence international passif, escroquerie et blanchiment, tout en conservant la présomption d’innocence.
Une première mise au jour, publiée par L’Equipe, apporte de nouveaux éléments sur les liens économiques entre Sanhadji et plusieurs internationaux français, parmi lesquels Kylian Mbappé. Selon le quotidien, Mbappé, joueur du Real Madrid, lui aurait prêté 120 000 euros, via sa mère Fayza Lamari, dans le cadre d’un projet immobilier.
La même enquête précise que Sanhadji aurait sollicité des fonds auprès d’environ quinze joueurs et anciens joueurs et aurait ainsi obtenu au total 215 000 euros sous forme de prêts. Parmi les prêteurs figurent Raphaël Varane, Sabri Lamouchi et Laurent Blanc (20 000 euros chacun), Yann M’Vila (15 000 euros) et Mattéo Guendouzi (7 500 euros). Mbappé se taillant une part particulièrement importante dans ce tableau.
Selon L’Equipe, Sanhadji aurait cherché à gérer ces demandes avec discrétion. « Si cela sort, ce sera ma fin… », aurait-il écrit à Guendouzi le 25 octobre 2024, selon les messages consultés par le journal. L’enquête suggère que Sanhadji aurait ainsi reçu plus de 300 000 euros auprès de plusieurs internationaux entre 2020 et 2024, malgré les vacances et d’autres avantages en nature signalés par L’Equipe.
Une relation économique complexe autour de Mbappé
La relation économique connue entre Mbappé et Sanhadji remonte à avant 2023. En juin 2023, après le Mondial du Qatar, Mbappé aurait émis des chèques de 30 000 euros à quatre policiers affectés à la sécurité de l’équipe, ce qui aurait abouti à 60 300 euros pour Sanhadji lui-même. Le joueur l’aurait ensuite versé 180 300 euros au total, répartis entre plusieurs agents, selon l’enquête.
Les proches de Mbappé ont soutenu que ces gestes étaient des dons réalisés en reconnaissance des services rendus et destinés à récompenser la participation au Mondial, et que Mbappé avait choisi de puiser dans la prime liée au tournoi pour financer ces dons. L’enquête précise toutefois que Tracfin, le service d’information financière, a pointé ces opérations en 2024 et que le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment et travail dissimulé. Mbappé n’est pas visé par les accusations.
Outre Mbappé, l’enquête étudie d’éventuels déplacements réalisés par Sanhadji avec Mbappé en dehors de leurs fonctions officielles, notamment un déplacement privé à Cameroun en juillet 2023, peu après le versement des 60 300 euros.
Les éléments présentés indiquent que les deux premiers montants — 60 300 euros et 120 000 euros — correspondent à des opérations distinctes. Les 60 300 euros présentés par Mbappé comme une donation après le Mondial et les 120 000 euros, selon L’Equipe, alloués ultérieurement pour un projet immobilier, s’additionnent pour atteindre 180 300 euros versés à Sanhadji. Mbappé n’est pas mis en cause dans cette procédure.
De la Police à un rôle au sein de la FFF
Le chapitre des 60 300 euros a aussi eu des répercussions administratives pour Sanhadji. Le 19 décembre 2025, sa hiérarchie l’a informé de sa retraite anticipée après une enquête administrative de l’Inspection Générale de la Police (IGPN). La Direction générale de la Police nationale a reproché à Sanhadji de n’avoir informé ses supérieurs du chèque reçu de Mbappé que tardivement. À cette date, il avait déjà demandé à faire valoir ses droits à la retraite au 31 décembre 2025, fin de son détachement au service de l’équipe de France.
Cependant, cette rupture avec la police n’a pas signifié la fin de son parcours avec les Bleus. La Fédération Française de Football (FFF) l’a directement reemployé jusqu’à fin juillet 2026 et Sanhadji a accompagné la France lors du Mondial organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Son rôle officiel dans le dispositif des Bleus témoignait d’une certaine importance, bien avant le tournoi.
Selon L’Equipe, les joueurs auraient même soutenu ne pas se rendre aux États-Unis sans sa présence. Le 2 juin, lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Clairefontaine, Mbappé aurait appelé personnellement Sanhadji pour l’intégrer à la photo de groupe avec le Président. Après le Mondial, Zidane a également défendu sa continuité et Sanhadji est resté dans l’organigramme, assumant des tâches liées à la logistique et à la sécurité privée. Le 15 septembre, la FFF le réintégrait dans le dispositif du nouvel entraîneur.
La mise en examen et ses implications
La situation a radicalement changé après l’imputation. Le 16 septembre, Sanhadji a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire strict. Il lui est interdit d’entrer en contact avec les joueurs actuels et passés de l’équipe de France, les membres du staff et les responsables et agents de la FFF. Il ne peut pas non plus fréquenter la demeure fédérale, Clairefontaine, le Stade de France ou le Parc des Princes sans autorisation judiciaire. En outre, il est interdit d’exercer une activité professionnelle dans le sport, que ce soit pour un club ou une fédération française ou étrangère, et il est soumis à une caution de 80 000 euros. Ces conditions limitent considérablement sa capacité à travailler avec l’équipe nationale pour le moment.
La FFF a décidé de se constituer partie civile dans la procédure. Alors que l’enquête judiciaire progresse, L’Equipe a révélé d’autres mouvements économiques qui, jusqu’alors, n’étaient pas rendus publics. Parmi eux, le prêt de Mbappé de 120 000 euros à Sanhadji pour financer son projet immobilier, une opération distincte des 60 300 euros initialement versés en 2023. Mbappé a d’ailleurs déclaré avoir décidé d’utiliser une partie de la prime obtenue au Mondial pour ces dons.
Au-delà de ces faits, les autorités avaient aussi examiné des déplacements privés réalisés par Sanhadji avec Mbappé hors de leurs fonctions officielles, notamment le voyage privé au Cameroun en juillet 2023. L’enquête distingue clairement les deux volets: les 60 300 euros présentés comme dons et les 120 000 euros prêtés pour un investissement immobilier, pour une somme totale de 180 300 euros versés à Sanhadji. Mbappé n’est pas visé par une inculpation dans ces éléments.
Cette affaire met aussi en lumière le défi de la sécurité et de la logistique autour d’un groupe d’élite, et soumet une question centrale: jusqu’où peut-on pousser le soutien matériel et logistique sans franchir les lignes de la transparence financière et du cadre légal?
Points à retenir
- Mohamed Sanhadji a assuré la sécurité des Bleus pendant plus de deux décennies et a été une figure de référence au sein du vestiaire.
- Les révélations de L’Equipe éclairent des liens économiques entre Sanhadji et plusieurs internationaux, avec Mbappé en tête.
- 121 000 euros ont été évoqués comme prêt et dons liés à Mbappé et d’autres joueurs, totalisant environ 180 300 euros pour Sanhadji.
- Ces opérations font l’objet d’un examen par les autorités: Tracfin et le parquet ont ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment et travail dissimulé; Mbappé n’est pas impliqué dans les imputations.
- Le Mondial 2026 a été évoqué comme contexte de soutien des joueurs à Sanhadji, selon L’Equipe et des personnalités comme Zidane.
- Des déplacements privés et des questions de dons et de paiements soulèvent des questions sur les modalités de soutien financier autour du staff.
- La carrière de Sanhadji a évolué, allant de la Police nationale à un rôle prolongé au sein de la FFF, tout en faisant l’objet d’un contrôle judiciaire et de mesures restrictives.
- La FFF s’est portée partie civile et demeure un acteur clé dans le suivi de ce dossier complexe.
En conclusion, ce dossier illustre les zones grises entre loyauté, sécurité et financement autour d’une équipe nationale. Pour moi, journaliste, il interroge la frontière entre soutien nécessaire et transparence requise, et invite à une réflexion plus large sur les mécanismes qui entourent les grandes équipes sportives et leurs entourages. Je continuerai à suivre l’évolution de l’enquête et à informer le public avec une exigence de clarté et d’équilibre, convaincu que l’information doit rester au service du collectif et de l’éthique professionnelle.