Article invité par Phil Grice, Responsable des Lieux, Custodian Golf, concernant la fermeture proposée du Ifield Golf Club et les enjeux de cette décision.
La discussion autour de la fermeture envisagée du Ifield Golf Club a été présentée comme si la relocalisation n’était jamais une option réalisable. Cette vision est à la fois trompeuse et préoccupante.
Ce qui se déroule au Ifield ne se limite pas à un simple conflit d’urbanisme local. C’est un exemple révélateur de ce qui se passe lorsque la relocalisation et la continuité à long terme sont écartées trop tôt ou jamais réellement examinées.
La couverture médiatique récente, montrant des membres exprimant leur tristesse face à la perte d’un actif communautaire, reflète des craintes que l’on entend dans tout le pays. Bien qu’il existe toujours une forte demande pour le golf, il manque un cadre qui garantisse des lieux de pratique.
Compter les terrains n’égale pas comprendre les besoins
(Crédit image : Ifield Golf Club)
L’un des arguments principaux en faveur de la fermeture est l’affirmation selon laquelle la région est déjà bien desservie par des installations de golf. Cette conclusion repose sur un comptage agrégé des parcours environnants, sans tenir compte de la réalité du golf tel qu’il est pratiqué.
Les offres de golf ne sont pas interchangeables.
Un club local, accessible, avec des parcours pour jeunes, une identité communautaire et des tarifs abordables ne peut pas simplement être remplacé par des clubs éloignés, avec des listes d’attente, des coûts plus élevés et un modèle économique différent.
La présence de plusieurs clubs dans une zone géographique ne révèle pas si les membres déplacés peuvent être absorbés. Cela ne garantit pas que les jeunes pourront continuer à se développer. Cela ne renseigne pas non plus sur la pérennité de la participation, qui pourrait être progressivement perdue.
Compter les installations n’est pas une preuve de surplus. C’est un raccourci qui néglige la réalité concrète.
Les données de Custodian Golf montrent que le Ifield se classe parmi les plus faibles au niveau national en matière de compétitivité locale. Dans sa zone de chalandise, on compte 16 parcours directement compétitifs, contre une moyenne nationale d’environ 31. En termes de densité de compétition, le Ifield se situe dans les 5 % les moins performants que nous analysons.
Atténuer les pertes financières ne signifie pas assurer la continuité
L’idée que des contributions financières à d’autres parcours ou des investissements dans des installations récréatives alternatives peuvent compenser la perte du Ifield Golf Club ne prend pas en compte ce que signifie véritablement la continuité dans le sport.
Améliorer le drainage ou les infrastructures d’enseignement à d’autres endroits ne remplace pas une base de membres perdue. Un centre de loisirs ne compense pas un parcours de 18 trous. La fermeture d’un club entraîne également la disparition de son écosystème.
Les clubs de golf ne sont pas de simples terrains. Ce sont des environnements où la participation, la progression, le bénévolat, l’entraînement et la connexion sociale se combinent. Si l’on retire l’endroit, le système s’effondre.
D’un point de vue sportif, cela représente une perte définitive, et non une atténuation.
La relocalisation : un processus à ne pas négliger trop tard
L’absence d’un plan de relocalisation pour le Ifield a été interprétée comme la preuve que cette piste était irréaliste. En réalité, cela témoigne d’une tout autre problématique.
Une relocalisation est rarement viable lorsque le contrôle foncier a déjà été perdu, que les cadres de développement sont déjà avancés et que les options se sont amenuisées.
Le transfert de propriété en 2020 a considérablement réduit la capacité du club à façonner son avenir. Au moment où l’on aborde la question de la relocalisation, il est souvent trop tard.
Cela ne signifie pas que la relocalisation n’était jamais possible. Cela indique qu’elle n’a jamais été explorée assez tôt, avec les bonnes données, l’expertise en planification et la stratégie foncière adéquate.
Nos données nationales corroborent ce point. Les clubs qui envisagent la relocalisation tôt conservent des options. Ceux qui ne le font pas se retrouvent finalement confrontés à des choix binaires.
Les enjeux plus larges soulevés par cette situation
Le Ifield Golf Club ne connaissait pas l’échec. Il était utilisé, apprécié et ancré dans sa communauté. La force de la protestation des membres en témoigne.
Son éventuelle fermeture met en lumière un problème plus large. Les décisions sont souvent prises en évaluant des installations vieillissantes uniquement sur leur état actuel, sans s’interroger sur leur potentiel futur. Un lieu fatigué est évalué isolément, tandis que l’opportunité de le remplacer par une offre de golf moderne et inclusive n’est jamais véritablement examinée.
Le golf est de plus en plus perçu comme une utilisation du sol jetable, plutôt qu’un actif sportif nécessitant continuité et planification à long terme.
Accepter « pas de relocalisation » comme résultat par défaut crée un précédent qui dépasse largement le cas du Ifield. Cela normalise la perte d’installations même lorsque la demande est une réalité et que la participation reste forte.
Position de Custodian Golf
Nous ne contestons pas le développement. Nous remettons en question pourquoi la continuité du golf n’a jamais été réellement examinée.
Les conseils d’administration et les propriétaires fonciers ont un devoir de diligence pour comprendre toutes les options viables avant de prendre des décisions irréversibles. Cela inclut la relocalisation, la réaffectation et une stratégie foncière à long terme.
Même si la relocalisation est finalement rejetée, cela doit se faire avec des preuves, et non sur des suppositions.
Croître en participation sans lieux de pratique n’est pas synonyme de croissance. C’est un recul reporté.
Le Ifield n’est pas un cas isolé. C’est un avertissement.
La question n’est pas de savoir si chaque club devrait se relocaliser.
La question est plutôt de comprendre pourquoi tant de clubs ferment sans jamais se demander s’ils le pourraient.
Points à retenir
- Le débat sur le golf ne tourne pas uniquement autour des chiffres, mais bien autour des besoins communautaires.
- Une fermeture a des répercussions qui vont bien au-delà de la simple absence de parcours.
- Réutiliser des lieux existants pourrait ouvrir la voie à de nouvelles opportunités.
- Les clubs de golf doivent être perçus comme des ressources, pas juste comme du terrain à bâtir.
- Ne pas interroger sur la relocalisation pourrait s’avérer être un choix préjudiciable.
Réfléchissons-y ensemble : il est crucial de se demander ce que nous souhaitons vraiment pour l’avenir de nos espaces de jeu. En tant que passionnés de sport, nous avons la responsabilité de défendre nos installations et d’explorer toutes les possibilités avant de sceller le destin d’un club.