La championne du monde du contre-la-montre, Marlen Reusser, a pris la tête du Tour de France Femmes après avoir remporté la 4e étape, entre Gevrey-Chambertin et Dijon.
Âgée de 34 ans, la cycliste suisse signe là sa troisième victoire sur le Tour. Elle relègue la détentrice du titre, Pauline Ferrand‑Prévot, et s’empare d’un avantage très confortable au classement. Spécialiste des épreuves “au chrono”, Reusser devance désormais la favorite d’avant-course Demi Vollering de 14 secondes. Kasia Niewiadoma‑Phinney, vainqueure du Tour 2024, pointe à 1 minute 9 secondes.
Dans un jour que la presse française a qualifié de “catastrophique”, Ferrand‑Prévot se retrouve à 2 minutes 13 secondes de la leader. Reusser a résumé l’objectif dès l’arrivée, après avoir enfilé le maillot jaune : « C’était notre “Project Dijon”. »
« C’est une idée qu’on avait depuis longtemps. J’avais le Tour comme objectif de l’année. Je l’ai vraiment ciblé. Je suis ici comme leader, et je savais que le Tour allait démarrer en Suisse, le jour de la fête nationale suisse, avec un contre-la-montre le quatrième jour. Donc c’était notre “Project Dijon”. »
De son côté, Vollering a reconnu avoir laissé des secondes : « Je savais que j’allais perdre du temps sur Marlen, mais je suis contente de ce chrono. Je savais que c’était vraiment une étape pour les spécialistes. Et garder l’écart aussi proche me rend heureuse. »
Pendant que Reusser et Vollering trouvaient leur meilleur rythme, Ferrand‑Prévot a davantage souffert dans les montées. Elle n’a jamais retrouvé la forme qui l’avait conduite au succès l’été dernier. Son inquiétude avant l’étape n’était donc pas un hasard. Sans assez de puissance, et comme sans véritable boussole, elle chute au classement général : elle occupe la 14e place, avec plus de deux minutes de retard sur Reusser, vainqueur cette année du Tour de Suisse.
Avant même le départ, en attendant de s’élancer, Ferrand‑Prévot semblait déjà sur des charbons. Elle serre un glaçon dans les mains, ferme les yeux pour se concentrer, puis lâche après l’étape : « Je ne peux rien faire. J’ai poussé de toutes mes forces. Il y avait énormément de stress. Je suis content que cette journée soit finie. »
La suite du Tour s’annonce plus rude pour la Française, car le peloton enchaîne des étapes avec de nombreuses difficultés, avant une montée déterminante vers le Mont Ventoux, ce vendredi. Si Ferrand‑Prévot avait dominé Vollering sur les pentes l’an dernier, elle semble, cette fois, courir après le bon tempo.
Reusser et Vollering ont placé un premier jalon. Pourtant, l’ancienne gagnante veut encore y croire : « Maintenant, je dois chasser, et j’adore ça », a-t-elle conclu.
Points à retenir
- Le maillot jaune s’explique surtout par un chrono : Reusser a fait ce qu’on attendait… et un peu plus.
- Vollering reste dans le coup : 14 secondes, ce n’est pas un gouffre, juste une invitation à ne pas relâcher.
- Ferrand‑Prévot a payé cher un manque de puissance : en contre-la-montre, le moindre doute se traduit au compteur.
- Le Tour continue avec des montagnes, donc la stratégie “attendre et espérer” risque de se compliquer près de Ventoux.
- Et oui, il y a des jours où même “Project” rime avec “plan sur le papier”… pas forcément avec les jambes du jour.
À mon avis, ce Tour de France Femmes vient de basculer dans une logique très intéressante : une leader crédible au chrono, des poursuivantes qui ne lâchent pas, et une Ferrand‑Prévot qui devra prouver qu’elle peut renverser la vapeur plutôt que la regarder passer. En tant que journaliste, je trouve que ce genre de moment dit beaucoup de ce sport : la préparation compte, mais le jour J décide — et il faut aussi donner la parole à celles et ceux qui se battent, pas seulement à celles et ceux qui gagnent.